Sans trop d'amertume, Audrey Robichaud confirme cependant qu'elle s'est retrouvée isolée de ses trois coéquipières.

À l'ombre des médaillés

Fin septembre, la saison de ski à leur porte, Audrey Robichaud et Philippe Marquis se sont assis pour un café avec l'auteur de ces lignes. Le buzz maintenant derrière eux, c'est devant un verre de vin et une bière qu'ils ont partagé, la semaine passée, leurs souvenirs des derniers mois vécus au rythme effréné d'une piste de bosses.
«En l'espace d'un mois, j'ai connu le pire et le meilleur moment de ma carrière», se rappelle Marquis. Initialement exclu de l'équipe olympique, il a obtenu de justesse son précieux laissez-passer pour les Jeux, y terminant finalement au neuvième rang. «De la catastrophe à Val Saint-Côme [la dernière Coupe du monde servant de qualification], au moment d'extase après ma run pour atteindre la finale des 12 à Sotchi!»
Gravement blessée au genou au début janvier, Robichaud a fait fi des obstacles et s'est qualifiée pour l'équipe olympique canadienne, mais la skieuse de 25 ans représentant Le Relais aura manqué de temps pour arriver en Russie à son meilleur. Elle a conclu ses deuxièmes Olympiques au 10e rang. À Turin, à 17 ans, elle avait pris le 8e échelon.
La saison de Coupe du monde s'est conclue en France à la mi-mars sans que les deux skieurs acrobatiques montent sur le podium. L'objectif ultime était de se qualifier pour les Olympiques et de jouer les trouble-fêtes. Sans avoir connu des résultats magiques, ils ont prouvé avoir amplement mérité leur place à Sotchi.
Une fierté et une raison en soi pour célébrer. Et les festivités auront duré deux semaines - les épreuves de bosses s'étant conclues au troisième jour de la quinzaine. Deux semaines de fête. Deux semaines alors que l'intense pression de la performance vient de tomber. Deux semaines au point focal de la planète.
Les meilleurs moments de leur séjour? «La médaille de Kim!» C'est sans hésitation qu'Audrey Robichaud parle de la troisième position de son amie Kim Lamarre en descente acrobatique (slopestyle) comme d'un moment inoubliable. «J'étais sur place. J'ai été hystérique quand elle a atterri son zero spin [son dernier saut].»
Le pendentif de bronze s'est d'ailleurs avéré très utile pour la suite des célébrations. «Aux Jeux, une médaille, c'est un accès V.I.P.» lance Robichaud avec le sourire. «Je me rappelle d'une soirée au Sky Club. Je ne pouvais pas aller au deuxième étage, Kim a brandi sa médaille et est venue me chercher.» Facile comme ça.
Parlons-en de ce fameux Sky Club. «Ceux qui avaient terminé leurs Jeux se retrouvaient à ce bar, mais on y arrivait tard parce qu'on allait assister à des compétitions qui pouvaient se terminer en fin de soirée. Et la dernière gondole qui retournait à notre village partait à 2h30. Si on la manquait, on devait attendre celle de 6h30. On manquait toujours celle de 2h30!» a expliqué Marquis, amusé. «Finalement, on est restés à l'heure du Québec.»
Pour le skieur de 24 ans de la station de Stoneham, la dernière soirée à Sotchi représente l'un de ses plus beaux souvenirs. «On a fêté au village de la côte, avec toute l'équipe canadienne. Même les joueurs de hockey étaient là!»
«Moi, j'étais l'autre»
Deux Dufour-Lapointe au sommet du podium. La troisième invitée à former le trio qui fait un tabac depuis. Et, il y a l'autre. «Moi, j'étais l'autre», insiste Audrey Robichaud. Sans trop d'amertume, elle confirme cependant qu'elle s'est retrouvée isolée de ses trois coéquipières. «Les soeurs ont fait leurs choses, et moi les miennes.»
«Aux Jeux, il y a les médaillés et il y a les autres. Quatrième ou neuvième, ça ne change rien. C'est la médaille qui fait une différence», a renchéri Marquis, non sans une pensée pour son frère, Vincent, quatrième des Jeux de Vancouver.
Qu'à cela ne tienne, l'expérience de Sotchi leur donne les ailes pour s'élancer dans les bosses pour au moins une saison. Leur passion pour le ski dictera par la suite, année après année, le plan de carrière des deux jeunes vétérans.