Au Québec, ceux qui sont visés par un mandat d'inaptitude homologué sont des électeurs comme les autres. Seules les 13 000 personnes sous curatelle ne peuvent pas voter.

500 candidats au passé différent

Vaut-il mieux être un spécialiste de l'économie ou un parti qui ratisse large? En avance dans les sondages, le Parti libéral du Québec est celui qui présente le plus fort contingent de candidats provenant du monde des affaires. Mais il est aussi le moins «généraliste» des partis en lice, la palme du parti le plus «touche-à-tout» revenant à son rival péquiste, d'après un examen maison du passé professionnel de près de 500 aspirants députés.
Le Soleil a épluché la biographie de tous les candidats des quatre partis représentés à l'Assemblée nationale afin de savoir ce qu'ils faisaient avant d'entrer en politique provinciale. Évidemment, dans quelques cas, cela fait remonter à une époque trop éloignée pour être encore pertinente - la première ministre Pauline Marois, par exemple, a un passé de travailleuse sociale, mais cela date des années 70. Et bien sûr, dans ce genre d'exercice, il se trouve toujours des candidats qui tombent pile-poil entre deux catégories. Mais dans l'ensemble, analyse le politologue de l'Université de Sherbrooke Jean-Herman Guay, qui a jeté un oeil à nos données, «on voit vraiment une connexion avec les programmes des partis».
Ainsi, le PLQ est celui qui a recruté le plus de candidats au profil «affairiste», soit 40 sur 125, ce qui est considérable. «Le milieu des affaires a toujours été plus présent au PLQ», rappelle le politologue de l'Université Laval Réjean Pelletier, qui a lui-même analysé l'origine professionnelle des députés dans les années 80 et 90.
Mêmes «angles morts
On a souvent entendu, au cours de cette campagne, que la Coalition avenir Québec était relativement proche des libéraux, et nos chiffres confirment cette impression. Non seulement la formation de François Legault partage-t-elle son penchant pour les affaires, avec 38 candidats de ce milieu, mais elle montre aussi les mêmes «angles morts» : aucun artiste et un seul représentant du monde communautaire (zéro pour le PLQ).
Alors que l'emploi est un des principaux enjeux du 7 avril, cela pourrait s'avérer payant pour ces partis (enfin, au moins un...), mais nos chiffres font également ressortir le prix de cette «spécialisation», surtout pour les libéraux : les affaires représentent le tiers (32 %) des candidats du PLQ et, si l'on y ajoute les avocats (18 %t) et les communications et médias (14 %, surtout des relationnistes), on constate que les deux tiers des libéraux sont concentrés dans seulement trois catégories professionnelles (sur 12!).
À l'inverse, c'est le Parti québécois qui a l'équipe la plus diversifiée. Les trois catégories professionnelles les plus importantes au PQ (l'administration publique, les affaires et les sciences) ne représentent en effet que 43 % de ses candidats, alors qu'à la CAQ, le «big three» (affaires, administration publique et sciences) compte pour 55 % de l'équipe et chez QS (militants, sciences sociales et aide ou soins), pour 49 %.
M. Guay note tout de même la force de l'administration publique (21 candidats, incluant des élus d'autres paliers de gouvernement) dans l'équipe péquiste. «Ce n'est probablement pas étranger au fait que, davantage que les libéraux et les caquistes, le PQ défend un État fort, qui intervient dans plusieurs domaines. Québec solidaire défend lui aussi l'intervention étatique, mais n'a jamais exercé le pouvoir.»
Enfin, souligne-t-il, «une des caractéristiques principales que font ressortir les exercices de ce genre, c'est que les députés, ou ici, les candidats, n'ont pas un profil représentatif de l'ensemble de la population. Il y a des pans entiers qui ne sont pas là, comme les chômeurs, les petits employés, etc. Et les candidats sans formation universitaire sont rarissimes, alors que c'est à peu près la moitié de la population.»
Notons à cet égard que les métiers techniques - essentiellement des mécaniciens et des métiers de la construction, dans notre échantillon - sont effectivement peu représentés dans tous les partis, ne formant en moyenne que 3 % des équipes. De même, si l'on créait une catégorie «père ou mère à la maison», on n'y compterait qu'une seule personne (la candidate de QS dans Abitibi-Est).
Quelques mythes déboulonnés...
>> «Les aspirants députés sont presquetous des avocats.»
C'était peut-être vrai il y a un siècle, quand les députés provenaient presque tous des professions libérales, mais c'est aujourd'hui complètement faux: même en comptant la (petite) poignée d'étudiants en droit qui briguent les suffrages, les avocats et les notaires ne représentent même pas 1 candidat sur 10 (44 sur 495, ou 9 %).
>> «Le PQ est un parti de profs.»
Cela a déjà été le cas, dit le politologue Réjean Pelletier. «C'était plus un parti d'intellectuels, les candidats provenaient plus des milieux de l'éducation et des médias», dit-il. Il y a encore une certaine part de vérité là-dedans : comparé au PLQ, qui n'a que huit représentants des sciences sociales (3) et de l'éducation (5), le PQ en présente plus du double, soit 19 en tout. Mais nos chiffres nuancent beaucoup cette image, puisque la différence avec la CAQ (17 en tout) est très mince et que, surtout, les enseignants et les sciences sociales sont nettement plus présents chez Québec solidaire (28 en tout).
>> «Il y a pas mal d'artistes qui se lancent en politique.»
L'impression peut avoir été créée par l'espace plus grand que les médias consacrent aux artistes. Cette année, par exemple, peu de candidats ont joui d'une couverture équivalente à celle qu'a eue la directrice du Théâtre du Nouveau Monde, Lorraine Pintal, quand elle a décidé de se joindre au PQ. Mais cette image est fausse : les artistes sont même notre catégorie la moins bien représentée avec seulement 12 candidatures sur 495, ou 2 %.
>> «Les syndicats sont plus proches du PQ.»
Encore une fois, comparé au PLQ, qui ne présente aucun candidat provenant des milieux communautaires ou des syndicats, ou à la CAQ qui n'en a qu'un seul, c'est sans doute vrai. Mais l'arrivée de Pierre Karl Péladeau n'a rien pour amadouer une centrale, et c'est peut-être plus «par le sommet» que le PQ et les syndicats conservent des liens, comme l'illustre la candidature d'Élaine Zakaïb, ex-pdg des Fonds régionaux de la FTQ. Car, dans nos données, les liens qui partent de la base des syndicats (conseillers, leaders locaux, recherchistes, etc.) poussent assez majoritairement vers Québec solidaire. L'hypothèse mérite en tout cas d'être soulevée...