L'opération Projet Machine vise l'arrestation de 50 personnes reliées au crime organisé.
L'opération Projet Machine vise l'arrestation de 50 personnes reliées au crime organisé.

46 personnes arrêtées dans l'opération Machine

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Après les opérations Axe et SharQc, les policiers ont mené mercredi une autre charge contre les Hells Angels en démantelant un réseau de trafic de stupéfiants et de contrebande de tabac que la bande de motards dirigeait dans plusieurs régions du Québec.
Quelque 600 agents de quatre corps policiers ont participé à l'opération, qui a permis d'arrêter 46 personnes, dont deux membres en règle des Hells Angels. Les autres étaient tous des sympathisants du groupe criminel.
Dès 3h, une trentaine de perquisitions ont été menées dans les régions de Québec, Montréal et des Laurentides. Les policiers ont saisi un kilo de cocaïne, 860 roches de crack, 900 grammes de marijuana, 4000 comprimés de métamphétamine, 80 comprimés d'ecstasy, 34 800 livres de tabac et une douzaine d'armes à feu, en plus de 130 000 $ en argent et 11 coffres-forts, dont on ignore le contenu.
Déjà arrêté lors de l'opération SharQc, l'ancien chef des Rock machine, Salvatore Cazzetta, qui s'est joint aux Hells Angels il y a quelques années, a été arrêté dans sa cellule au pénitencier de Donnacona. Vingt des suspects arrêtés feront face à des accusations de gangstérisme. Des accusations de trafic de stupéfiants, de possession en vue de faire du trafic, de fraude de plus de 5000 $, de recel de plus de 5000 $ et de complot seront également portées.
Outre le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), la Gendarmerie royale du Canada, la Sûreté du Québec et les Peacekeepers de Kahnawake ont participé au projet Machine, qui s'inscrivait dans une enquête toujours en cours, amorcée en mars 2007.
C'est à ce moment que les activités de revendeurs de drogue de Montréal avaient attiré l'attention des policiers, a indiqué l'inspecteur Bernard Lamothe, chef de la division du crime organisé du SPVM. «On estime qu'environ 2000 roches de crack par semaine étaient écoulées dans le centre-ville», a-t-il précisé.
Un entrepôt sécurisé à Kahnawake
Un énorme entrepôt de la réserve mohawk de Kahnawake faisait l'objet de l'une des 36 perquisitions de mercredi. Il semble que la drogue, le tabac et l'argent récolté par leur vente transitaient par l'un ou l'autre de ses quatre bâtiments.
«Au cours des quatre dernières années, ils avaient fait de cet entrepôt un véritable endroit fortifié, a dit l'inspecteur Lamothe. La présence et les activités du crime organisé avaient soulevé des inquiétudes au sein de la communauté. Plusieurs citoyens de Kahnawake avaient d'ailleurs manifesté leurs préoccupations aux Peacekeepers.»
L'entrepôt était doté de caméras de surveillance, de portes aimantées, d'une clôture de 10 pieds, d'un système d'alarme, et deux gardiens de sécurité avaient été embauchés pour surveiller l'endroit tous les jours de la semaine. Beaucoup d'argent, des gilets pare-balles, des articles à l'effigie des Hells Angels, du tabac et trois armes à feu y ont été trouvés.
L'enquête ne visait pas directement la contrebande de tabac, a assuré l'inspecteur Lamothe. Il s'agissait simplement pour les trafiquants d'un mode de financement. «C'est comme ça qu'on a pu obtenir le partenariat avec les Peacekeepers, a-t-il ajouté. Ce sont des non-autochtones qui profitaient du commerce du tabac.»
L'opération Machine est survenue un mois et demi après celle baptisée SharQc, qui a mené à l'arrestation d'une centaine de membres en règle et sympathisants des Hells Angels. À cette occasion, 156 individus de 10 régions distinctes avaient été visés par des mandats d'arrestation.
Selon Julian Sher, journaliste d'investigation spécialisé dans les bandes de mortards criminalisés et auteur du livre Angels of Death, la rafle de mercredi porte un autre coup dur aux Hells parce que les policiers se sont attaqués à leur base.
«Le nombre de membres en règle des Hells au Québec, c'est pas plus qu'une centaine, et au Canada, 400 au top, dit-il au Soleil. La force des Hells, c'est leur réseau.»
Avec La Presse Canadienne