Antoine Bertrand considère que notre cinéma est à un moment charnière alors que ses parts de marché oscillent entre 5 % et 6 %.

32e Rendez-vous du cinéma québécois: un public à conquérir

«C'est rare qu'il y a une salle pleine quand on parle de cinéma québécois.» Le début de la présentation d'Antoine Bertrand au dévoilement de la présentation de la programmation des 32e Rendez-vous du cinéma québécois était une boutade. Mais elle avait des accents de vérité. Les Rendez-vous sont une occasion pour séduire un public qui se laisse désirer, mais aussi une opportunité pour chacun «de faire un examen de conscience pour voir là où le bât blesse».
Le populaire acteur, qui incarnait Louis Cyr dans le film éponyme, n'a pas l'intention de se voiler la face. Le cinéma québécois en arrache en salle depuis quelques années et «il faut se questionner là-dessus». Même les superproductions grand public comme Les Boys. «Il y a un mood un peu bizarre. Aller voir un film québécois, c'est perçu comme faire oeuvre de charité», constate-t-il.
La tendance doit être renversée. «Il faut provoquer l'envie, que ce soit le film le plus attirant à l'affiche. Et avec nos superproductions, on ne peut pas manquer notre coup. Si les gens se déplacent et sont déçus, on vient encore une fois de les décourager.» Et il admet «qu'on a notre part de responsabilité là-dedans - les scénaristes, les réalisateurs, les producteurs, même les diffuseurs».
Parlant de ces derniers, il n'est pas prêt à jeter la pierre à Vincenzo Guzzo, des cinémas du même nom, qui plaide depuis un an qu'il faut «recommencer à faire des films que le monde veut voir» et qui en a rajouté une couche cette semaine en disant que «souvent, je ne comprends rien... C'est déprimant, ça parle de suicide.»
On «aurait tort de rejeter ça du revers de la main, estime Antoine Bertrand. Il faut faire la part des choses, mais on peut s'en inspirer. Ça en prend pour tous les goûts. Une bonne histoire reste une bonne histoire et les gens vont toujours être friands de ça.»
Antoine Bertrand considère que notre cinéma est à un moment charnière alors que ses parts de marché oscillent entre 5 % et 6 %. «Il faut conquérir tous les spectateurs dans la salle, sinon ça va juste diminuer. Ceux qui viennent doivent passer un bon moment, qu'ils voient une bonne histoire bien racontée.»
Or, des bonnes histoires, il y en a. Le public doit aussi faire son examen de conscience parce que, ajoute le bon vivant en rigolant, l'appétit vient en mangeant. Les Québécois auront d'ailleurs un buffet gargantuesque à se mettre sous la dent du 20 février au 1er mars, alors que plus de 300 films seront présentés dans différents cinémas de Montréal.
Les gens de Québec et des régions n'auront pas nécessairement à se déplacer pour se régaler. À la télévision, les clients de Bell pourront voir des films (longs et courts métrages de fiction ou documentaires) sur demande. Sur Internet, le site de l'ONF (www.onf.ca) proposera 25 films des Rendez-vous. Une tournée provinciale des Rendez-vous se déroulera comme d'habitude à l'automne.
À Montréal, c'est à Miraculum, de Podz, que reviendra l'honneur d'ouvrir ces 32e Rendez-vous, le 20 février, et à Miron: un homme revenu d'en dehors du monde, de Simon Beaulieu, d'en faire la clôture. Entre les deux, la programmation comprendra plusieurs primeurs dont 3 histoires d'Indiens de Robert Morin et Que ta joie demeure de Denis Côté, tous deux sélectionnés au prochain Festival de Berlin. L'ange gardien de Jean-Sébastien Lord et Bunker de Patrick Boivin et Olivier Roberge, qui prennent bientôt l'affiche, en seront aussi.
Les cinq films retenus dans la catégorie du meilleur long-métrage de fiction aux prochains Jutra auront également droit à leur soirée animée par Rebecca Makonnen et Pénélope McQuade. Les artisans de Catimini (Nathalie Saint-Pierre); Le démantèlement (Sébastien Pilote); Diego Star (Frédérick Pelletier); Gabrielle (Louise Archambault) et Louis Cyr: l'homme le plus fort du monde (Daniel Roby) accompagneront leurs oeuvres.
L'événement présentera aussi des films qui ont marqué 2013 comme Sarah préfère la course (Chloé Robichaud) et Vic + Flo ont vu un ours (Denis Côté) ainsi que des documentaires notables comme Absences (Carole Laganière), Le prix des mots (Julien Fréchette) et Québékoisie (des Québécois Mélanie Carrier et Olivier Higgins). Le premier a obtenu un prix au Festival de cinéma de la Ville de Québec alors que les deux autres sont en nomination pour le Jutra du meilleur documentaire.
La sélection comprend aussi un vaste éventail de courts-métrages, des hommages, des tables rondes, etc. La programmation complète au www.rvcq.com.