Le soeurs Sylvie (Charlotte Gainsbourg) et Sophie (Chiara Mastroianni) vont tomber successivement amoureuses du même homme dans 3 coeurs.

3 coeurs : de battre mon coeur s'est arrêté

Le nouveau film de Benoît Jacquot explore un tabou bien particulier, celui du désir d'un homme pour deux soeurs, en y ajoutant une twist - le malheureux ne sait rien de leur lien familial lorsqu'il en tombe successivement amoureux. La prémisse pique la curiosité et l'action subséquente compte sur un formidable trio d'acteurs, mais, déception, 3 coeurs ne remplit pas pleinement ses promesses.
Marc (Benoît Poelvoorde), un banal inspecteur des impôts en déplacement professionnel dans une petite ville de campagne, y fait la rencontre de Sylvie (Charlotte Gainsbourg), une antiquaire qui vit une situation conjugale trouble. Ils tombent rapidement amoureux et se donnent rendez-vous à Paris. Mais le coeur de Marc arrête de battre - littéralement : victime d'un infarctus, il ne se présente pas au rendez-vous. 
Sylvie, le coeur brisé, se réfugie aux États-Unis. Quelque temps plus tard, Marc revient dans la petite ville où il l'a rencontrée. Il tombe alors fortuitement sur Sophie (Chiara Mastroianni), avec qui il se console peu à peu. Une chose en amenant une autre, il finira par l'épouser. Sans savoir qu'elle est la soeur de l'autre. Mais Sylvie est invitée au mariage...
Avec 3 coeurs, Benoît Jacquot explore sensiblement les mêmes zones que son adaptation de La fausse suivante (2000) de Marivaux - un homme coincé entre deux femmes - et s'avère une variation de Villa Amalia (2009) sur les soubresauts amoureux qui peuvent changer une vie. À défaut d'être original, Jacquot ne tombe pas dans les bêtes clichés du drame amoureux. Ses personnages ont assez d'épaisseur pour être crédibles, même s'il faut vouloir pour croire que le fade Marc puisse réussir à séduire deux belles femmes matures (qui ont leurs insécurités, il est vrai). 
Étrange triangle amoureux
Le leitmotiv musical oppressant traduit bien le malaise persistant qui entoure cet étrange triangle amoureux. Tout comme le suicide professionnel de Marc symbolise son mal de vivre (le personnage est aussi souvent filmé à contre-jour pour souligner ses zones d'ombre).
Le style de Jacquot est assez hétérogène et varie parfois énormément d'un film à l'autre. Après les films d'époque (Au fond des bois, Les adieux à la reine), le voici de retour dans un cinéma contemporain très dénudé, mais noir, où priment les éclairages naturels, les travellings discrets et où le réalisateur est aussi capable de cadrages inhabituels.
Malheureusement, 3 coeurs, tel un soufflé qui se dégonfle à la sortie du four, aspire à la tragédie alors qu'il finit par retomber à plat malgré - ou à cause, plutôt - de la simplicité de ses ingrédients. La mise en scène de Jacquot est précise, la direction artistique conséquente, mais il y a un déficit de crédibilité dans cette histoire dont les ficelles dépassent. Ce qui est un peu embêtant quand on veut monter son drame romantique comme un suspense...
Reste le formidable quatuor d'acteurs - il ne faut pas oublier Catherine Deneuve dans le rôle de la mère bourgeoise. Une telle qualité d'interprétation de groupe n'est pas si courante. Leur performance, très convaincante, rehausse l'appréciation du film qui, sinon, aurait pu s'avérer un brin convenu et terne.
Au générique
Titre : 3 coeurs
Genre : drame
Réalisateur : Benoît Jacquot
Acteurs : Benoît Poelvoorde, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg et Catherine Deneuve
Salle : Clap
Classement : général
Durée : 1h46
On aime : le formidable trio d'acteurs
On n'aime pas : le manque de punch du récit, des invraisemblances