2 Frogs dans l'Ouest: le coeur ailleurs

Il s'en fait peu, des films sur la jeunesse sans caricature, sans rires gras, sans drame poignant. 2 Frogs dans l'Ouest a donc un petit côté rafraîchissant, d'autant que c'est un film qui fait du bien (presque un ovni dans le cinéma québécois de cet automne).
C'est l'histoire de Marie Deschamps, une étudiante de 20 ans, qui décide de prendre congé de cégep pour aller apprendre l'anglais dans l'Ouest. Abandonnée par sa copine, elle s'y rend toute seule, fauchée mais déterminée. À Whistler, elle est comme une immigrante qui arrive dans un pays dont elle ne connaît ni la langue ni les codes. Comment faire pour trouver du boulot? Même la recherche d'un logement est une mission presque impossible.
Les péripéties de Marie
On suit donc les péripéties de Marie et on vit avec elle son découragement. Mais au fil du temps, elle rencontre d'autres jeunes plus ou moins perdus, comme elle, en quête d'eux-mêmes ou en fuite de leur passé ou de leurs racines. Elle fait ses expériences; drogue, alcool, sexe, ski, vie en commune. C'est à travers tout cela qu'elle se définit et qu'elle découvre l'amour et un sens de sa vie. Au bout du compte, 2 Frogs dans l'Ouest, c'est un peu la version canadienne de L'auberge espagnole de Cédric Klapisch.
Le scénario de Dany Papineau reste parfois dans les lieux communs et il n'atteint pas toujours la profondeur qu'on pourrait souhaiter, mais il a le mérite d'être juste et il trouve un bel équilibre entre la drôlerie et les instants dramatiques. En fait, il possède une sorte de naïveté propre à la jeunesse, ce qui est à la fois une force (la fraîcheur) et une faiblesse (reste un peu trop en surface).
Le travail du directeur photo Christian Bégin, un Québécois qui a migré vers l'Ouest, est digne de mention. Son approche est vive et elle épouse merveilleusement le mouvement des personnages, qu'ils sautent en ski ou qu'ils dansent la nuit.
Par-dessus tout, le travail des comédiens est remarquable. Ils sont si naturels qu'on a parfois l'impression d'être dans le documentaire de leur propre vie.
Réussir à faire un film aussi bien avec si peu de moyens, ça tient de l'exploit. Et ça donne envie d'encourager un jeune cinéaste qu'aucune institution n'a voulu appuyer.