Un numéro inspiré de Louis Cyr

16e Soirée des Jutra: Louis Cyr terrasse la compétition

L'homme le plus fort du monde a terrassé la compétition dimanche soir lors de la remise des 16es prix Jutra. Le long métrage de Daniel Roby a remporté neuf statuettes dont celle du meilleur film et, surprise, celle du meilleur acteur, décernée à Antoine Bertrand. C'est toutefois Louise Archambault qui a prévalu dans la catégorie du meilleur réalisateur ainsi que du meilleur scénario. Gabrielle a obtenu cinq Jutra en tout.
<p>Claude Robinson, que Laurent Paquin a présenté comme «l'homme le plus fort du monde»</p>
<p>Micheline Lanctôt a reçu le prix Jutra-Hommage 2014.</p>
À la différence des trois années passées, où Incendies, Monsieur Lazhar et Rebelle avaient triomphé, Louis Cyr n'a pas fait de razzia dans les prix principaux, mais plutôt dans les prix techniques (direction artistique, costumes, coiffure, maquillage, son). Il a tout de même remporté la principale catégorie, à la grande surprise de son producteur Christian Larouche. «C'est assez rare qu'un film grand public réussit à être film de l'année.» Le film a coiffé Gabrielle et Le démantèlement, notamment.
La victoire d'Antoine Bertrand a causé plus d'émoi : tous les critiques avaient prédit le prix du meilleur acteur à Gabriel Arcand, pour son émouvant portrait de Gaby dans Le démantèlement. L'acteur de 37 ans a d'ailleurs tenu à saluer d'emblée les quatre autres nommés avec des commentaires bien sentis. Et aussi de déclarer sa flamme. «Merci mon amour de me faire sentir bon, beau et fort.» En soulignant que «Louis Cyr nous faisait vivre un colossal sentiment de fierté» et qu'il tirait sa force de sa mère, le touchant et attachant Antoine Bertrand a souligné la mémoire de sa propre mère.
Ironiquement, la victoire de son acolyte Guillaume Cyr comme meilleur acteur de soutien a aussi déjoué les pronostics des experts qui prévoyaient Gilles Renaud dans... Le démantèlement. Cyr endossait les habits d'Horace Barré, l'ami lâche de Louis Cyr. L'acteur, très ému, a invité les gens à aller voir les films en salle. «Ça s'appelle le cinéma québécois; pas le DVD québécois.»
<p>Mélissa Désormeaux-Poulin, qui joue avec beaucoup de justesse la soeur de Gabrielle dans le film éponyme, a été récompensée par le Jutra de la meilleure actrice de soutien.</p>
<p>Consacrée meilleure actrice, Pierrette Robitaille était criante de vérité en ex-détenue dans l'exigeant et inventif <em>Vic + Flo ont vu un ours</em>, Ours d'argent à Berlin.</p>
Le sacre de Louise Archambault à la réalisation et au scénario a été accompagné de celui de meilleure actrice de soutien de Mélissa Désormeaux-Poulin, qui joue avec beaucoup de justesse la soeur de Gabrielle dans le film éponyme. On sait que l'absence deGabrielle Marion-Rivard, qui joue le rôle-titre, comme meilleure actrice a fait beaucoup de bruit alors que quatre acteurs du film étaient nommés... Mélissa Désormeaux-Poulin n'a pas manqué de le relever : «Gabrielle, ce prix-là, je le partage avec toi. Tu représentes l'espoir. Tu m'as changée. Je te souhaite une longue carrière de comédienne.»
Gabrielle a aussi obtenu le Jutra du meilleur montage et celui du film s'étant le plus illustré hors du Québec.
Avec autant de trophées, il restait encore moins de Jutra pour les autres films. Ainsi, l'exigeant et inventif Vic + Flo ont vu un ours, Ours d'argent à Berlin, aurait été écarté du palmarès sans la consécration de Pierrette Robitaille comme meilleure actrice. Sous la direction de Denis Côté, elle est criante de vérité en ex-détenue. «Il n'y a pas un acteur qui ne rêve pas un jour de rencontrer son Denis Côté. Vive l'audace, le talent et la passion de Denis Côté.»
Michel La Veaux a quant à lui sauvé l'honneur du Démantèlement de Sébastien Pilote (six nominations) avec le Jutra de la meilleure direction de la photographie. Un prix fort mérité - ses images sont absolument magnifiques.
Contrairement à l'an passé, le Jutra hommage à Micheline Lanctôt, présenté par Patrick Huard, s'est avéré un bon moment. On avait confié à Jean-Philippe Duval (le réalisateur d'Unité 9) le soin de concocter le court film hommage qui réunissait ses grands moments comme actrice et réalisatrice. Mais c'est Ted Kotcheff (L'apprentissage de Duddy Kravitz) qui a présenté le trophée à la réalisatrice de Sonatine. «Elle traduit l'essence même du Québec dans ses films. Elle en est l'image et l'âme», a souligné le réalisateur.
Micheline Lanctôt a d'abord rendu hommage à ses deux enfants et à ses étudiants, puis à tous ceux avec qui elle a collaboré devant et derrière la caméra. «J'espère que ce ne sera pas le seul Jutra de ma carrière», a-t-elle dit, pince-sans-rire. S'adressant aux politiques dans la salle, la grande dame du cinéma québécois leur a rappelé que «les artistes et la jeunesse sont les forces vives de notre société».
D'autres aussi devront patienter pour leur premier Jutra : Diego Star, Chasse au Godard d'Abbittibbi et Catimini, avec chacun cinq nominations, ont tous été blanchis.
Les candidats de Québec sont repartis les mains vides. Québékoisie, le pertinent film de Mélanie Carrier et Olivier Higgins, s'est incliné devant En attendant le printemps de Marie-Geneviève Chabot dans la catégorie du meilleur long métrage documentaire. Quant au film La légende de Sarila, de Nancy Florence Savard, il était en nomination pour le meilleur son, mais c'est Louis Cyr qui a gagné.
Bonne idée de confier l'animation de la fête du cinéma québécois à l'animatrice Pénélope McQuade et à l'humoriste Laurent Paquin. Malgré plusieurs longueurs, l'ensemble était dynamique et s'est déroulé rondement.
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Petite précision en terminant. J'écrivais vendredi que les nominations sont choisies par un jury de pairs. C'est plutôt un jury de 25 professionnels du cinéma et de trois membres indépendants.