Fluides de Scenocosme

15e Mois Multi: pour un instant, s'évader

Prendre le temps de parcourir les installations du Mois Multi (MM) est un cadeau à faire à ses sens et à sa tête. À travers neuf propositions, ce sont des vies et des univers fragmentés qui nous sont présentés cette année. Nous vous offrons une visite guidée en mots, à vous ensuite de traverser le miroir.
La salle Multi est habitée par quatre projets interactifs qui jouent avec la lumière et la vidéo, et où on joue sur la perception du temps.
Le projet 2012 de Line Nault est un journal vidéo réalisé dans l'appréhension de la fin du calendrier maya. «Histoire de marquer le temps, comme des capsules temporelles qui s'accumulent. Ce sont parfois des gestes dansés, des images, des mots qu'on va pouvoir explorer dans un système interactif», explique Viviane Paradis, directrice artistique du MM.
Notional Field, une installation que le duo Cuppetelli & Mendoza (États-Unis/Vénézuela) adapte selon les lieux où elle est présentée, est un mur de lignes de lumière avec lequel les visiteurs peuvent littéralement danser. «C'est très réactif, très basique, mais aussi un clin d'oeil au mouvement cinétique optique des années 60», note Viviane Paradis.
Fluides, du collectif français Scenocosme, réagit lorsqu'on plonge ses mains dans une grande vasque, ce qui provoque des mouvements dans l'eau, des ondes lumineuses et des sons. «Lorsqu'on est plusieurs personnes, on peut alors créer une sorte de composition», note la directrice artistique, qui a privilégié des installations réactives et ludiques, qui génèrent des expériences sensorielles.
Une maison, un souffle
Jean-François Côté, qui avait présenté La chorale en 2011, revient au MM avec Une maison, un souffle, une installation labyrinthique où les murs, qui servent d'écran, accueillent les plans d'un film à reconstruire par le spectateur qui déambule.
<p><em>Orphée 21</em> de Christian Lapointe </p>
«Je me suis inspiré de personnages de la mythologie, comme Narcisse ou Pénélope, pour créer des actions performatives, des figures en contre-jour animées seulement par des micromouvements», explique l'artiste. Les plus observateurs reconnaîtront les silhouettes des acteurs Steve Gagnon, Marie Gignac, Roland Lepage et Claudiane Ruelland.
Orphée 21
Orphée 21, pour le XXIe siècle, est composée de témoignages de quatre personnes qui ont voulu attenter à leurs jours par des moyens drastiques. Christian Lapointe a créé un confessionnal électronique, où ceux-ci étaient libres de répondre ou non à des questions posées par des voix de synthèse. Avec le verbatim de ces interrogatoires, Lapointe a ensuite écrit un texte autour du mythe d'Orphée, le personnage de la mythologie grecque descendu aux enfers pour y chercher sa bien-aimée. «J'ai ensuite fait en sorte que les quatre aient l'air de se répondre entre eux, en laissant des moments de lecture qui donne une perspective au contenu», explique-t-il.
<p><em>Notional Fields</em> du duo Cuppetelli and Mendoza </p>
Contretypes
En duo avec François Lamontagne, Caroline Gagné a fait des photogrammes à partir de morceaux de glace. La lumière a traversé l'eau gelée, circonscrite dans un contenant inusité - comme une ampoule de lampadaire de rue - et laisse une trace sur le papier photographique. «On s'est amusés à transposer ces images d'un support à l'autre, dans une série d'explorations qui n'a pas vraiment de début et de fin», indique Gagné. Le projet est un peu la suite du Projet 0 degré, où elle faisait entendre la glace en perpétuelle mutation, et de Cargo, les bruits et images d'une traversée de l'Atlantique en porte-conteneurs.
Tout à côté, dans l'Espace européen de Vu, Robyn Moody de Calgary propose Wave Interference, installation lumineuse, mécanique et sonore où des tuyaux de néon émergent d'un orgue, comme une vague. «C'est comme une mélopée, très contemplative», décrit Viviane Paradis.
<p><em>Instrumentation</em> de Peter Flemming </p>
Depuis quatre ans, Patrick Bernatchez poursuit une série d'explorations qu'il nomme 77K. Chez Avatar, il présente une vidéo qui fait un peu penser aux films d'Eisentein. En utilisant des médias obsolètes (tourne-disque, pellicule) et en réinterprétant des pièces de Bach, il crée une oeuvre d'une belle poésie.
À la Galerie des arts visuels, Instrumentation de Peter Flemming est une oeuvre in situ faite avec des matériaux de récupération (poubelles, bois, vieilles fenêtres). «Dans l'espace principal, on voit de grands diffuseurs en bois, et il y a une autre salle plus petite où se trouvent les mécanismes qui produisent du son et des vibrations», explique Viviane Paradis. L'assemblage des sons est erratique, puisque chaque machine suit un rythme différent et que les sons se conjuguent au hasard.
Vous voulez y aller?
Les installations 2012, Notional Field (Quebec City), Fluides et Une maison, un souffle sont présentées à la salle Multi et au studio d'essai de Méduse jusqu'au 23 février. Instrumentation, 77K, Wave Interference et Contretypes sont installées jusqu'au 16 mars, alors que Orphée 21 sera au studio d'essai du 26 février au 2 mars. Info : http://mmrectoverso.org/fr/mois-multi