Clara Hughes, qui traverse le pays à vélo pour aider à faire tomber les préjugés liés aux problèmes de santé mentale, s'est arrêtée dans la région de Québec, hier. La médaillée olympique visitera 95 communautés, se présentera dans 250 événements et rencontrera des étudiants dans 80 écoles lors de son périple à travers le Canada.

12 000 km à vélo: «l'ultime défi» de Clara Hughes

Clara Hughes pédale depuis plus de deux semaines dans ce qu'elle appelle la «ride de sa vie», un périple de 110 jours et 12 000 km à vélo. Traverser le pays pour aider à faire tomber les préjugés liés aux problèmes de santé mentale. Son «ultime défi».
Celle qui a participé à six Jeux olympiques en remportant six médailles en cyclisme et en patinage de vitesse a roulé, lundi, de Trois-Rivières à Valcartier pour la 18e journée de son voyage entamé le 14 mars à Toronto, et prenant fin à Ottawa le 1er juillet.
Comme si la tâche n'était pas assez titanesque, la grande dame du sport canadien, âgée de 41 ans, ne se contente pas de rouler - ce serait trop facile. Elle ponctue son chemin de rencontres et de présentations pour rassembler les gens autour de sa cause. Elle visitera 95 communautés, se présentera dans 250 événements et rencontrera des étudiants dans 80 écoles.
C'est d'ailleurs pour les écoliers que le départ a dû être donné avant le congé estival. «Il y a le froid - parfois, c'est très froid -, la neige, la pluie et le vent. Ça rend le voyage épique. C'est comme le sport, si c'était facile, tout le monde le ferait. Pour moi, honnêtement, de traverser le Canada en vélo ne serait pas si difficile. Mais de le faire en 110 jours, dans ces conditions, avec tous les rassemblements est un défi incroyable. Et c'est là que la route prend tout son sens», a confié celle qui a souffert de dépression au début de sa carrière.
Lundi, elle a visité une école de Trois-Rivières avant de rouler 114 km, avec un bon vent de face. Elle a ensuite rencontré, vers 15h, les gens venus l'accueillir au Centre de la famille de la base des Forces canadiennes à Valcartier.
En soirée, elle a joué les invités d'honneur à un événement à l'Institut universitaire de santé mentale de Québec, où des dizaines de cyclistes ont roulé sur des vélos stationnaires pour amasser près de 20 000 $ pour la cause. Ce matin, elle est allée à l'école secondaire de Rochebelle avant de pédaler vers Saguenay. Ainsi s'écouleront ses trois prochains mois. 
Le rêve d'une vie
Avant les JO de Vancouver en 2010, Clara Hughes pensait bien qu'elle en était à ses derniers miles dans le sport de haut niveau. Après avoir participé aux Jeux d'Atlanta, de Sydney, de Salt Lake City et de Turin, elle espérait conclure sa carrière sportive en sol canadien avec une médaille, pour ensuite se retirer et enfin passer plus de temps à la maison. Son coin de paradis à Glen Sutton, en Estrie est le lieu qu'elle appelle depuis 14 ans, «la maison».
Sa médaille de bronze de Vancouver n'a cependant pas suffi pour éteindre son ardent désir de vaincre. Rencontrée un mois après les Jeux, elle m'avait confié qu'elle caressait le désir de revenir pour une dernière, dernière, fois. Avec une telle passion dans les yeux, j'étais convaincu qu'elle réaliserait son projet. Après tout, c'est Clara Hughes.
Une cause chère à Hughes
Elle a finalement participé aux Jeux de Londres, à 39 ans, ses sixièmes et derniers Olympiques, où elle a terminé avec une noble cinquième place au contre-la-montre sur route.
«Je le jure, tout ce que j'ai fait dans le sport m'a amenée ici, ça m'a donné la chance de réaliser un tel projet», a-t-elle lancé en parlant du Grand Tour de Clara, Bell cause pour la cause. «À mes yeux, je vis le plus grand rêve imaginable. Parce que [contrairement au sport] ce n'est pas à propos de moi, mais c'est dans le but de rassembler tout le monde autour de quelque chose qui nous affecte tous d'une certaine façon.»
Je me demandais bien comment Clara Hughes pourrait un jour ralentir. Clara, elle, ne s'est pas posé la question. Elle n'a tout simplement pas ralenti, canalisant désormais son incroyable force pour donner une voix à une cause qui lui est chère.
Elle utilise aujourd'hui sa notoriété «pour mettre fin à la stigmatisation qui entoure la maladie mentale». Son message a semblé particulièrement porteur de sens, lundi, alors qu'elle s'est adressée aux familles de militaires.
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Le français et le souci du détail
Janvier 2010. Clara Hughes est nommée porte-drapeau de l'équipe canadienne pour la cérémonie d'ouverture des Olympiques. Elle doit faire un discours dans les prochains jours. Perfectionniste, elle me demande un coup de pouce - j'étais alors son coéquipier - pour mettre la touche finale à la portion française de son allocution. Elle connait l'importance du geste pour les francophones du pays.
26 mars 2014. Le Grand Tour de Clara débarque au Québec pour une dizaine de jours. Cela fait maintenant plus d'un an que la rouquine s'est remise à l'affûtage de sa langue seconde. «Je suis tellement nerveuse quand je parle en français devant une foule. Mais je devais venir au Québec et parler aux étudiants dans une langue qu'ils comprennent», insiste la native de Winnipeg. «C'est Bell cause pour la cause, let's talk, après tout!»
Clara Hughes a été entourée de francophones durant toute sa carrière, elle sait qu'une anglophone parlant la langue de Molière sera toujours applaudie et félicitée pour ses efforts, et ce, malgré les petites erreurs. Mais on ne devient pas six fois médaillée olympique sans une dose extrême du souci du détail.
La méditation sur vélo
Clara Hughes peut compter sur l'indispensable aide d'une équipe qui la suit pour ces 110 jours. Les plus importants compagnons? Son conjoint Peter Guzman et son ami cycliste Burke Swindlehurst l'aident à franchir les kilomètres. Ils roulent constamment devant pour lui bloquer le vent et ainsi lui permettre de ne pas trop se vider puisque la portion sur la selle ne représente qu'une partie du défi.
«Le vélo est presque mon moment de paix, comme une méditation. Je profite du calme de la route pour retrouver mes énergies entre les rassemblements. Mais tous les gens que je rencontre me donnent aussi la motivation de continuer. Avec eux, c'est presque facile», a-t-elle lancé, lundi, avec son infatigable sourire.