Le portefeuille de placements privés extrêmement solide au dire du président et directeur général du Fonds de solidarité FTQ, Yvon Bolduc, a permis à l'action d'enregistrer une autre hausse.

Yvon Bolduc quitte la direction du Fonds de solidarité de la FTQ

Le président-directeur général du Fonds de solidarité de la FTQ, Yvon Bolduc, quittera son poste le 31 mars prochain, alors que l'institution annonce une importante refonte de sa gouvernance à la suite de révélations faites à la commission Charbonneau.
Le président de la FTQ, Daniel Boyer.
Le nom du futur pdg n'est pas encore connu. Un comité s'affairera à trouver la perle rare, capable de diriger ce fonds de travailleurs qui dispose d'un actif de 10 milliards $ pour stimuler le développement économique et dont la mission première est de maintenir ou de créer des emplois.
La haute direction a annoncé, jeudi, lors d'une rencontre avec la presse, que le président de la FTQ ne portera désormais plus les «deux chapeaux», soit aussi celui de président du conseil d'administration du Fonds de solidarité. Cette question avait été maintes fois soulevée à la commission Charbonneau, particulièrement par le commissaire Renaud Lachance, qui y voyait un risque de conflit entre des intérêts parfois divergents.
L'actuel président de la FTQ et président du conseil d'administration du Fonds par intérim, Daniel Boyer, sera donc remplacé par une figure émérite et respectée du milieu de l'assurance et des affaires : Robert Parizeau. Ce vieux routier s'est engagé à occuper son poste jusqu'en septembre 2015 et à rester comme administrateur pour appuyer ensuite le nouveau président du conseil qui sera nommé «et qui devrait être un peu plus jeune», a lui-même dit M. Parizeau. Autre changement majeur : la FTQ ne nommera plus la majorité des administrateurs au conseil d'administration du Fonds de solidarité. Elle en nommait 10 sur 17 avant la réforme; elle en nommera désormais 7 sur 19.
De même, le nombre d'administrateurs indépendants passera de quatre - qui étaient désignés par les 10 nommés par la FTQ - à sept qui seront élus par les actionnaires.
Le nombre d'administrateurs élus par les actionnaires après un appel public de candidatures passera aussi de deux à quatre. Fait à noter, ces quatre administrateurs élus par les actionnaires ne seront pas nécessairement indépendants, puisque tous pourront tenter leur chance. 
Tout candidat devra obtenir la signature d'au moins 50 actionnaires pour postuler. Théoriquement, il serait donc possible que des représentants de la FTQ sollicitent et obtiennent ces postes d'administrateurs élus. Mais ils n'auront pas été nommés par la FTQ, étant plutôt élus par les actionnaires à la suite d'un appel public. Le dernier membre du conseil d'administration est le pdg du Fonds.
Le départ d'Yvon Bolduc s'est fait avec une sorte de résignation devant l'évidence, à la suite des extraits d'écoute électronique entendus à la commission Charbonneau. «On a mis fin au contrat. M. Bolduc est serein», a résumé M. Boyer. Il ajoute que le départ de M. Bolduc était effectivement devenu «inévitable si on voulait se redonner un élan; on devrait trouver une nouvelle personne».
M. Bolduc partira le 31 mars avec plus de 1,1 million $, soit l'équivalent de deux ans de salaire, en plus des vacances qui lui étaient dues, a précisé M. Boyer. Il touchait
566 000 $ par année. «Ça peut sembler beaucoup pour les membres qu'on représente, mais c'est un pdg d'une grande institution financière. Ce sont les conditions qu'on retrouve. Le salaire d'un pdg d'une institution qui gère 10 milliards $ d'actifs qui est à 566 000 $, si vous en trouvez, vous me direz c'est où. Je n'en connais pas. Ils gagnent tous dans les millions», a justifié M. Boyer.
Le poste de président du conseil d'administration du Fonds aurait dû revenir automatiquement à
M. Boyer, puisque jusqu'ici, ce poste était occupé par le président de la FTQ. Bien que ce poste doté d'un lustre certain lui échappe, M. Boyer s'est montré pratiquement soulagé. «Je ne cherche pas le travail hein? J'en ai en masse», a lancé le président de la plus grande centrale syndicale du Québec, avec ses quelque 600 000 membres.
D'autres modifications ont également été apportées. Ainsi, trois nouveaux comités ont été formés : gouvernance et éthique, ressources humaines, gestion des risques. La majorité des membres de ces comités seront indépendants du Fonds et de la FTQ. Les membres du conseil d'administration seront élus pour un mandat maximal de 12 ans.
Ces règles sont en fait des propositions faites par le Fonds,
a-t-on expliqué. Il appartiendra au gouvernement du Québec et à l'Autorité des marchés financiers de trancher.
Nicolas Marceau, ministre des Finances du Québec.
Réactions préliminaires favorables
Les modifications annoncées à la gouvernance du Fonds de solidarité de la FTQ ont été bien reçues par le gouvernement Marois ainsi que les partis d'opposition à l'Assemblée nationale.
Le ministre des Finances et de l'Économie, Nicolas Marceau, a notamment souligné la proposition de séparer les fonctions de président du conseil d'administration du Fonds et de président de la FTQ.
«Cela aura pour effet d'améliorer la gouvernance du Fonds et d'augmenter son indépendance», a déclaré le ministre par voie de communiqué.
Du côté de l'opposition libérale, la porte-parole Lise Thériault a vu «un pas dans la bonne direction» dans les changements «significatifs» annoncés au Fonds de solidarité. Elle a dit estimer que «le Fonds envoie un bon message aux gens» qui veulent acheter ses actions.
Le porte-parole de la Coalition avenir Québec pour ce dossier, Christian Dubé, a salué les changements annoncés, s'en disant «très satisfait». Il a toutefois insisté sur le fait qu'un projet de loi concrétisant ces changements au Fonds de solidarité devait être adopté rapidement, avant le déclenchement probable d'élections printanières.
À cet égard, le ministre Marceau a dit vouloir déposer «prochainement» un projet de loi afin de modifier la Loi constituant le Fonds de solidarité.
La première ministre Pauline Marois, qui s'exprimait peu avant la conférence de presse du Fonds, avait dit «souhaiter beaucoup de transparence et une gouvernance au-dessus de tout soupçon» au Fonds de solidarité.