Les États-Unis devraient envisager de prendre le contrôle des équipementiers de télécommunications Nokia et Ericsson pour arrêter le chinois Huawei dans la 5G.
Les États-Unis devraient envisager de prendre le contrôle des équipementiers de télécommunications Nokia et Ericsson pour arrêter le chinois Huawei dans la 5G.

Washington prêt à prendre le contrôle de Nokia/Ericsson

WASHINGTON — Les États-Unis devraient envisager de prendre le contrôle des équipementiers de télécommunications Nokia et Ericsson pour arrêter le chinois Huawei dans la 5G et endiguer les risques d’espionnage prêtés à Pékin, a proposé jeudi le ministre américain de la Justice.

Pour répondre aux inquiétudes d’espionnage, certains ont proposé que les États-Unis «prennent le contrôle (du Finlandais Nokia et/ou du Suédois Ericsson) soit directement, soit à travers un consortium d’entreprises privées américaines et alliées» et «nos plus proches alliés et nous-mêmes devons certainement envisager cette approche activement», a déclaré M. Barr dans la capitale américaine.

Ces déclarations sont venues comme une surprise même si les Américains mènent une intense campagne depuis de longs mois pour tenter de convaincre leurs alliés de leur emboiter le pas : bannir Huawei des futurs réseaux 5G.

Ni Ericsson ni Nokia n’ont réagi dans l’immédiat.

Washington soutient qu’une technologie Huawei donnerait aux services de renseignement chinois accès à des données sensibles transitant par le réseau. L’entreprise, leader dans cette technologie qui doit révolutionner la téléphonie mobile, n’a cessé de démentir.

«Si la Chine assoit sa domination sur la 5G, elle sera capable de saisir les nouvelles opportunités qui se présenteront avec une très large palette de technologies émergentes, qui dépendront et seront intimement liées à la plateforme 5G», a insisté M. Barr, lors de ce colloque consacré aux risques que présente la Chine pour le reste du monde.

Selon M. Barr, une domination de la Chine dans ce secteur donnerait à Pékin des moyens de pression sans précédent sur les pays utilisant cette technologie.

«Le pouvoir dont disposent aujourd’hui les États-Unis avec les sanctions économiques serait bien pâle comparé aux moyens de pression sans précédent donnés à Pékin», a-t-il ajouté.

Perfide Albion?

Cette proposition de M. Barr vient quelques jours seulement après que la campagne de l’administration Trump a essuyé un important revers et qui plus est avec leur plus proche allié.

Fin janvier, le gouvernement britannique a en effet donné son feu vert à une participation de Huawei au réseau 5G, sous une forme préservant la sécurité nationale selon lui.

Le ministère du Numérique a annoncé dans un communiqué que le Royaume-Uni autorisait l’accès d’équipementiers télécoms «à risque» comme Huawei à ses réseaux 5G, sans mentionner clairement le chinois.

Mais celui-ci a reçu le message 5 sur 5 et s’est dit «rassuré».

Dans le détail, le gouvernement britannique ne permettra pas à l’entreprise chinoise de prendre part au «cœur» du réseau, notamment les serveurs où transitent les données des utilisateurs, ni d’être présent dans des zones géographiques sensibles comme les sites nucléaires et les bases militaires.

Les équipements Huawei devraient toutefois être autorisés dans les infrastructures non stratégiques comme les antennes-relais, qui permettent la connexion des téléphones mobiles au réseau, avec une part de marché limitée à 35 % dans la 5G.

Washington a fait part de son déplaisir.

«Notre point de vue est qu’introduire Huawei dans le système crée un réel risque», a commenté Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine dans l’avion qui le menait à Londres au lendemain de la décision.

«Il s’agit d’une extension du Parti communiste chinois soumise à l’obligation légale de remettre des informations au Parti communiste chinois», a-t-il accusé.

24 heures plus tard, c’est l’Union européenne qui a emboîté le pas à Londres en ouvrant aussi partiellement sa porte à Huawei pour développer la 5G.

Le Commissaire européen à l’Industrie Thierry Breton a présenté une «boîte à outils», élaborée par tous les Etats membres de l’Union en collaboration avec la Commission européenne, qui contient des recommandations non contraignantes mais destinées à prévenir des risques d’espionnage ou de sabotage des réseaux 5G.