Les actionnaires de Transat A.T. ont accepté l’offre de 18 $ par action d’Air Canada, mais à la Bourse de Toronto, le titre du voyagiste se négociait, jeudi après-midi, à 6,43 $.
Les actionnaires de Transat A.T. ont accepté l’offre de 18 $ par action d’Air Canada, mais à la Bourse de Toronto, le titre du voyagiste se négociait, jeudi après-midi, à 6,43 $.

Voyages annulés à cause de la COVID-19 : Transat prête à rembourser, mais...

MONTRÉAL — Transat A.T. est prête à rembourser ses clients dont les vols ont été annulés en raison de la pandémie de COVID-19, à condition qu’un soutien financier des gouvernements soit au rendez-vous, fait valoir son président et chef de la direction, Jean-Marc Eustache.

«Je dis clairement aux différents paliers de gouvernement: aidez-nous à trouver une solution qui soit acceptable pour toutes les parties prenantes, nous ne demandons pas mieux», a-t-il lancé, jeudi, au cours d’une conférence téléphonique visant à discuter des résultats du deuxième trimestre.

Parallèlement à une perte nette de 179,5 millions $ ou 4,76 $ par action, au terme de la période de trois mois terminée le 30 avril, le voyagiste, qui était à l’arrêt depuis le 1er avril en raison de la crise sanitaire, a annoncé qu’il comptait graduellement reprendre du service à compter du 23 juillet. Il a également adopté un ton très prudent à l’égard de la transaction devant lui permettre de passer sous l’aile d’Air Canada.

Plutôt que d’offrir des remboursements, les compagnies aériennes canadiennes ont généralement offert des crédits aux clients qui ont payé des voyages n’ayant jamais eu lieu en raison de la crise sanitaire. Cette approche a été vivement critiquée par plusieurs membres de la classe politique et des groupes de défense des consommateurs.

«Nous comprenons tout à fait que certains d’entre eux n’ont pas l’intention ou la possibilité de voyager et souhaiteraient un remboursement, a dit le patron de Transat A.T. Nous souhaiterions également pouvoir le proposer, à condition que le fardeau ne soit pas excessif.»

À la fin avril, les «dépôts de clients et revenus différés», essentiellement des sommes versées pour des voyages a venir, reçus par la société mère d’Air Transat s’élevaient à 605 millions $.

Si les autorités des transports aux États-Unis et dans l’Union européenne ont exigé des compagnies aériennes, y compris celles de l’étranger, qu’elles offrent des remboursements pour les vols annulés, M. Eustache a souligné que cela s’était accompagné d’importants plans d’aide spécifiques, ce que le Canada n’a pas encore fait.

Contrairement aux gouvernements américain et européens, Ottawa n’a pas annoncé de fonds ou de prêts visant le secteur du transport aérien en particulier. Les sociétés peuvent néanmoins faire appel aux programmes plus larges, comme celui sur les subventions salariales, ou demander un des prêts d’au moins 60 millions $ réservés aux grandes entreprises.

De l’incertitude

Si elle demeure «fermement engagée» à l’endroit de la transaction avec Air Canada, Transat A.T. a prévenu que «certains facteurs hors de son contrôle et liés à la pandémie» pourraient influencer le «résultat» de l’arrangement proposé de 720 millions $.

Puisque le secteur aérien s’est effondré en raison de la COVID-19, il pourrait être plus difficile de parvenir à un accord avec les autorités réglementaires à propos des concessions souvent nécessaires afin d’obtenir leur feu vert.

Les actionnaires de Transat A.T. ont accepté l’offre de 18 $ par action d’Air Canada, mais à la Bourse de Toronto, le titre du voyagiste se négociait, jeudi après-midi, à 6,43 $.

«Il y a des craintes que la transaction ne soit menacée, d’autant plus que le secteur de l’aviation est durement touché et risque de mettre entre trois et cinq ans à se relever», a souligné l’analyste Mona Nazir, de Valeurs mobilières Banque Laurentienne, dans une note envoyée aux investisseurs.

Après le Bureau de la concurrence du Canada, la Commission européenne a également soulevé des préoccupations à l’égard de la transaction, qui, à son avis, pourrait se traduire par une hausse des prix. Elle a décidé de l’étudier de manière plus approfondie en se donnant jusqu’au 30 septembre pour trancher.

La décision du gouvernement Trudeau est toujours attendue. Initialement prévue pour le deuxième trimestre, la clôture de la transaction, si elle obtient les approbations nécessaires, devrait survenir vers la fin de l’exercice.

Retour progressif

En ce qui a trait à la reprise graduelle du service d’Air Transat, il se fera au fur et à mesure que les restrictions de voyage le permettent.

Au Canada, par exemple, une quarantaine de 14 jours est obligatoire pour toutes les personnes qui entrent au pays. Transat A.T. espère que le gouvernement Trudeau apportera des assouplissements rapidement.

Transat A.T. offrira 23 liaisons internationales pendant l’été, de même qu’un programme de vols intérieurs. Depuis Montréal et Toronto, 13 destinations européennes — en France, au Royaume-Uni, en Grèce, en Italie et au Portugal — seront accessibles. Cela pourrait toutefois changer si les restrictions de voyage demeurent trop contraignantes.

Des vols sont également prévus vers cinq destinations soleil, soit le Mexique, la République dominicaine, Cuba, Haïti et la Floride, dans le sud des États-Unis.

En plus d’avoir creusé sa perte nette au deuxième trimestre, Transat A.T. a vu ses revenus fléchir de 36 %, à 571,3 millions $.

Abstraction faite des éléments non récurrents, la perte ajustée de Transat A.T. s’est chiffrée à 38,8 millions $, ou 1,03 $ par action, par rapport à une perte ajustée de 6,4 millions $, ou 17 ¢ par action, au deuxième trimestre l’an dernier.