La pdg de Naturmania, Stéphanie Bernadet, dénonce qu'une entreprise australienne ait pratiquement la même adresse qu'elle, même si elle a payé pour un domaine .com.

Votre domaine .com est-il unique?

Le distributeur d’articles de chasse et pêche Naturmania pensait avoir fait ses démarches dans les règles de l’art quand il a enregistré son nom de domaine bynature.com. Jusqu’à ce qu’il se rende compte que les clients étaient dirigés vers le site australien bynature.com.au, qui vend des vitamines et des poudres protéinées, quand ils tapaient son nom sur Google...

La pdg de Naturmania, Stéphanie Bernadet, en a encore gros sur le cœur. Son nom de domaine, acheté au prix de 15 000 $, était une dépense «colossale» pour une PME, dit-elle. Et il ne lui a jamais donné la visibilité et la protection escomptées. Pourquoi? Parce que les règles de certains pays permettent d’ajouter une extension nationale à un domaine .com. «Les noms de domaine .com perdent leur unicité, leur identité et, en même temps, toute la protection internationale que l’on croit associée à ce type de propriété», décrie-t-elle. Une «agression» qu’elle souhaite dénoncer pour éviter que d’autres entrepreneurs tombent dans le piège.

Lorsqu’elle a repris les rênes de l’entreprise familiale, il y a environ un an et demi, elle a voulu faire un virage numérique. Son équipe et elle ont donc établi une stratégie d’affaires, renouvelé les images de marque, fait des études de marché, entrepris de nombreuses démarches auprès de spécialistes, énumère la femme d’affaires.

Le distributeur souhaitait pousser plus loin son site naturmania.ca pour être mieux représenté à l’international. Puisque le nom naturmania.com n’était pas disponible, l’entreprise a finalement opté pour l’achat de bynature.com, malgré l’investissement important. Naturmania a fait ses devoirs et y a investi temps et argent pour marquer le coup sur le Web, affirme Mme Bernadet.

«Quand tu réalises que tout ça c’est comme un coup d’épée dans l’eau...» Surtout que l’entreprise en croissance aurait pu utiliser cet argent pour embaucher un employé de plus. «Si j’avais su que je me ferais engloutir de cette façon-là, je ne suis pas certaine que j’aurais pris la même décision.»

«Je ne m’appelle pas ni McDonald’s, ni Nike. Je n’ai pas une armée d’avocats à mettre contre cette compagnie-là. Et même si je leur envoyais une lettre avec une mise en demeure, ils n’ont rien fait d’illégal chez eux», déplore Mme Bernadet. Tout ce qu’elle peut faire, affirme-t-elle, c’est continuer à délier les cordons de sa bourse pour améliorer le référencement de son site et s’assurer de sortir dans les premiers résultats, et non en page 25.

Elle appelle toutefois les politiciens à s’intéresser au dossier, qui est «dramatique» pour les entreprises puisqu’il s’attaque à ce qu’elles ont de plus précieux : leur image de marque.

Évocateur et distinctif

Les pays ont le droit de créer, avec leur domaine de tête (comme .ca, .uk ou .fr), des sous-domaines, explique l’avocat et agent de marque au sein du cabinet Robic, Marcel Naud. L’Australie permet le .com.au, qui s’adresse aux entreprises, ce que ne permet pas le Canada.

«Le .com continue d’être l’extension la plus convoitée en général. C’est sûr qu’à la quantité d’utilisateurs et de services en ligne qui existent, on est arrivé à une sorte de saturation de cette extension-là et ça a créé un besoin pour certains territoires, certains autres domaines de tête, d’offrir des possibilités pour enregistrer des fois le même nom», fait-il valoir. Ces sous-domaines peuvent «créer une confusion, mais sans que ça soit nécessairement répréhensible», ajoute-t-il.

«À moins d’être dans un cas de concurrence déloyale, dans le sens où on veut faire passer ses services pour ceux de quelqu’un d’autres en utilisant des éléments de ressemblances visuelles et des techniques pour tromper les gens, c’est difficile de voir quelque chose de fautif.»

Les entreprises doivent donc jouer avec les règles du jeu. L’avocat les met entre autres en garde de choisir des noms de marques de commerce ou de domaines trop descriptifs ou généraux, qui peuvent s’appliquer à beaucoup de secteurs. Une plus petite entreprise peut ainsi se trouver noyée dans les résultats de recherche. L’idéal est souvent de trouver un nom évocateur, mais qui reste distinctif. «Ça donne des marques qui ont peut-être plus de facilité à être protégées au fil des ans. Parce qu’après ça, quand quelqu’un tape ce nom-là sur Internet, c’est sûr que c’est nous qu’il cherche.» Il concède toutefois qu’il faut parfois investir plus en marketing au départ pour faire connaître la marque.