Virée entrepreneuriale en Chaudière-Appalaches

6h45. Les gens d'affaires arrivent dans le stationnement de Développement Économique Nouvelle-Beauce à Sainte-Marie. Dans quelques minutes, ils vont monter à bord d'un autobus scolaire. L'organisme de développement économique leur a préparé une virée dans la région de la Chaudière-Appalaches. Ils s'arrêteront dans trois entreprises innovantes de la région. D'abord, chez Jambette, à Lévis. Puis, chez Paber Aluminium, à Cap-Saint-Ignace. Finalement, chez Ressorts Liberté, à Montmagny. En route pour une sortie inspirante!
Jambette : pouvoir aux employés
Marie-Noël Grenier termine la tournée de l'usine de Jambette en invitant les gens d'affaires beaucerons dans les locaux administratifs du fabricant de modules de jeux et d'équipements récréatifs de Lévis.
«Là, c'est mon bureau. Au beau milieu de la place. Parmi ma gang.»
La pdg fait cependant remarquer la présence de panneaux séparateurs entre les bureaux. Elle fait la moue.
«Nous, les dirigeants, nous n'étions pas d'accord avec ça. Nous voulions un espace de travail totalement ouvert. Les employés, eux, y tenaient aux panneaux séparateurs. Nous les avons écoutés. Une chance, ils ne sont pas trop hauts!»
L'écoute des salariés est au centre de la philosophie de gestion de l'entreprise qui compte près d'une centaine d'employés.
«Nous ne faisons plus de séances traditionnelles d'évaluation avec nos employés. La plupart du temps, ça devenait une source de stress pour eux. Je préfère maintenant les rencontrer. Les questionner. Es-tu heureux chez Jambette? Qu'est-ce qui ferait que tu pourrais quitter, un jour, Jambette? Et j'ouvre grandes mes oreilles.»
«Steve Jobs [l'un des fondateurs d'Apple], aimait dire qu'il embauchait des gens qui lui diraient ce qu'il devait faire et non pas pour que lui leur dise quoi faire. J'applique ce principe», explique Marie-Noël Grenier, qui mène depuis deux ans une sérieuse réflexion en vue de réduire à leur plus simple expression les rapports hiérarchiques au sein de l'organisation fondée, il y a bientôt 35 ans, par Claude Caron, Guy Caron et Richard Boucher.
Déjà, Jambette mise sur une gestion décentralisée dans laquelle le travail d'équipe, la communication et la transparente des informations sont valorisés.
Elle veut maintenant devenir une entreprise sans patron. Redonner les pleins pouvoirs à ses employés qui, par ailleurs, ne manquent pas d'imagination. Au cours des dernières années, ils ont mis en marché pas moins de 400 nouveaux produits.
Pousser d'un cran les concepts d'intelligence collective et d'engagement des employés «qui ne rentrent pas au travail pour enrichir le patron, mais pour la raison d'être de l'entreprise.»
Ses états financiers, Jambette les montre et les explique à ses employés qui, à la fin de l'exercice empochent 5 % des profits réalisés par l'entreprise qui se fait aussi un devoir de remettre une autre tranche de 5 % de ses profits à la communauté.
Joueur incontournable au Canada dans le domaine des modules de jeux et des équipements récréatifs, Jambette a le vent dans les voiles et commence à se faire remarquer aux États-Unis, où elle vient de réaliser ses premières ventes.
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Paber Aluminium, une affaire de famille
«Bryan, ça se passe comment avec ta soeur?»
La question brûlait les lèvres des participants de la virée entrepreneuriale.
Bryan Paris, 34 ans, et sa soeur Geneviève, 37 ans, sont les actionnaires majoritaires de Paber Aluminium, une usine de transformation de l'aluminium de Cap-Saint-Ignace fondée par leur papa et leur maman, Luc Paris et Diane Collin.
Ils ont racheté les parts de leurs parents, il y a deux ans, au terme d'un processus de transfert d'entreprise qui a duré... 13 ans!
Bryan est vice-président des ventes. Geneviève est directrice générale de la compagnie qui compte un peu plus de 100 employés.
«La première règle est que nous ne parlons jamais des affaires de l'entreprise à partir du moment où nous sortons de l'usine. Nous retombons dans notre bonne vieille relation de frère et de soeur», explique Bryan Paris. 
«Nous avons un coach qui nous aide à faire la part des choses. Ce n'est pas toujours évident, notre relation. Nous sommes frère et soeur. Nous sommes actionnaires majoritaires. Nous occupons des postes différents dans l'organisation. Geneviève est directrice générale. Moi, je suis vice-président des ventes», précise le frérot. «Heureusement, un fort lien de confiance nous unit. Nous sommes capables de nous dire les vraies choses.»
Affichant un chiffre d'affaires de 20 millions $, Paber ambitionne de devenir la meilleure fonderie en Amérique du Nord.
Ses clients, l'entreprise les recrute principalement aux États-Unis et au Canada, notamment dans le secteur des équipements médicaux. Par exemple, elle fabrique une partie de la structure d'appareils de tomodensitométrie. 
Paber recrute aussi des clients dans les secteurs des transports et de la défense et la sécurité.
«À nos débuts, notre marché était celui du mobilier urbain. Nous nous sommes ensuite tournés vers le moulage d'aluminium de haute complexité. Nous nous démarquons par la qualité et par la traçabilité de nos produits. Pour certifier chacune de nos pièces, nous recourons à l'inspection radiographique.»
Expansion bloquée par le manque de main-d'oeuvre
Sans grande surprise, les entrepreneurs beaucerons ont appris que Paber souffrait, elle aussi, de la pénurie de main-d'oeuvre généralisée dans la région de la Chaudière-Appalaches.
«Ça nous bloque dans notre expansion», rend compte Bryan Paris. 
C'est pourquoi l'entreprise va investir pour acheter des robots et pour automatiser certaines opérations exécutées par les fondeurs.
«Le métier de fondeur n'est pas de tout repos. C'est très exigeant physiquement. Nous voulons leur faciliter la tâche.»
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Ressorts Liberté : l'obsession de la qualité
Montmagny. Dernier arrêt de la virée entrepreneuriale.
Quatre membres de la haute direction de Ressorts Liberté attendent la délégation.
Une vingtaine de minutes suffisent à Mathieu Ouellet (directeur général), Simon Fleury (directeur de l'ingénierie et de la qualité), Patrick Leclerc (directeur de l'usine de Montmagny) et Jean Dubois (directeur de Système Ressorts Liberté) pour faire découvrir ce leader mondial dans la fabrication de ressorts de précision pour l'industrie de l'automobile et des produits récréatifs.
Des ressorts, l'entreprise magnymontoise qui possède aussi quatre autres usines au Canada, au Mexique et en Chine, en a expédié 225 millions en 2016 à ses clients ayant pignon sur rue aux États-Unis, au Mexique, au Brésil, en Allemagne, en Finlande, au Japon et en Chine.
«Un véhicule sur deux circulant actuellement sur les routes du monde entier est équipé d'au moins un de nos ressorts», informe Mathieu Ouellet. 
Les constructeurs automobiles et de produits récréatifs sont pointilleux à l'extrême.
Ils sont terrifiés par l'éventualité de devoir effectuer un rappel massif de véhicules en raison d'un ressort défectueux.
Ce qui fait en sorte que Ressorts Liberté et ses 666 employés - 450 d'entre eux s'activent à Montmagny - a développé une véritable obsession de la qualité.
«Toutes nos façons de faire sont standardisées afin de s'assurer de maintenir nos meilleures pratiques», indique Jean Dubois, le «maître» du Système Ressort Liberté (SRL), un système complexe de gestion de la production inspiré du Toyota Production System.
«Peu importe où vous vous trouvez dans le monde, le hamburger de McDonald's va toujours goûter la même chose. C'est la même chose pour nos ressorts, qu'ils soient fabriqués à Montmagny, à Toronto, à Suzhou, à Juárez ou à Querétaro.»
Le SRL ne laisse rien à l'improvisation. Les réunions d'équipe se tiennent toujours à une heure précise. Les tournées de plancher des gestionnaires sont planifiées à la seconde près. La détection d'un problème déclenche immédiatement un processus rigoureux visant à en identifier la source.
«Et les travailleurs dans tout ça? Comment s'accommodent-ils des exigences imposées par le SRL?» questionnent les visiteurs venus de la Beauce.
«Le SRL, ils s'en sont appropriés», répond Jean Dubois en signalant que la formation de la main-d'oeuvre et la communication entre la direction de l'entreprise et sa force de travail constituaient la pierre angulaire du système de gestion de la production.