Les étalages de vin chez Couche-Tard accueilleront bientôt des bouteilles hauts de gamme.

Vins chez Couche-Tard: le monopole de la SAQ attaqué

La compagnie d'importation de vin Julia Wine part en guerre contre le monopole de la Société des alcools du Québec (SAQ) en offrant des vins d'alimentation hauts de gamme dans 180 Couche-Tard de Trois-Rivières à Gaspé.
«Les gens ont une confiance aveugle en la SAQ, mais c'est seulement l'affichage des cépages qui tient le truc debout, c'est maintenant la fin de la prohibition», scande Alain Lord Mounir, président du conseil et chef de la direction chez Julia Wine, une entreprise québécoise qui importe, négocie et embouteille des vins provenant de petits lots de partout dans le monde.
La loi ne permet effectivement ni aux épiceries ni aux dépanneurs, depuis 1921, d'afficher le cépage et l'appellation du vin sur l'étiquette. La réputation dont profite la SAQ confine les consommateurs à ses points de vente, explique M. Lord. Julia Wine a détourné cette réglementation «douteuse» en offrant l'information complète sur son site Internet, croyant que les consommateurs souhaiteraient connaître ces détails.
La compagnie mise sur la variété de ses produits, sur un meilleur accès à des vins de qualité SAQ, mais vendu «au coin de la rue» et, surtout, sur l'accès à l'information. «Il y a quelques années, nous avons failli perdre notre permis, car nous inscrivions la provenance du vin sur la bouteille.»
Les premiers arrivages sont déjà présents sur les étalages des Couche-Tard participants. Les consommateurs trouveront des bouteilles entre 13 $ et 70 $, et la compagnie organise déjà le prochain arrivage, prévu pour le temps des Fêtes, lorsque des bouteilles à 150 $ seront vendues.
Pourquoi avoir choisi Couche-Tard parmi tant d'autres? Pour son esprit entrepreneur, mais surtout pour les trois millions de clients qui y passent chaque semaine. «Selon nous, un vin de consommation devrait se trouver à tous les coins de rue. Plus besoin de faire un détour par la SAQ, parfois de 20 kilomètres et plus pour les gens en région.»
Pas de surprise
À la SAQ, on ne se montrait pas surpris jeudi de la vente de vins hauts de gamme dans les dépanneurs. «Nous étions au courant de la vente de vins et nous considérons ce réseau comme complémentaire à notre offre», affirme Renaud Dugas, responsable des relations de presse.
«D'ailleurs, depuis des années, la SAQ s'investit pour dynamiser, pour mousser les ventes de vins d'alimentation dans les épiceries», remarque M. Dugas. En effet, les consommateurs trouvent un dérivé des pastilles de goût dans les épiceries.
Les consommateurs seront-ils au rendez-vous? Le président le confirme. Il croit réussir à faire tomber le monopole de la société d'État avec la notoriété que l'entreprise s'est forgée dans les Costco, où la marque y était exclusivement vendue depuis les cinq dernières années.
Des capsules audio de 30 secondes tournent déjà sur les ondes de CHOI 98,1, proclamant la fin de la prohibition dans le monde du vin (findelaprohibition.com). La compagnie, qui est commanditaire du Grand Prix de Trois-Rivières, y a aussi fait connaître sa publicité.
Des économies
Julia Wine affirme offrir des économies à ses clients de l'ordre de 35 à 40 % sur la valeur réelle du vin, malgré la taxe de vente harmonisée de 9,975 % et la taxe de vente de 5 %. «Puisque nous sommes verticalement intégrés, on évite plusieurs échelons, dont les frais de représentation», explique le pdg.
«Est-ce qu'il y aura privatisation dans le monde du vin? Ce sont les consommateurs qui vont décider», tranche M. Lord. L'Alberta a privatisé en 1993 la vente au détail des produits de l'alcool. Les consommateurs n'ont bénéficié d'aucun avantage, car la province prélève une taxe. Tout ce qui a baissé, c'est la marge de profit des détaillants.
Sans laisser entendre qu'un futur projet d'expansion à Montréal pourrait avoir lieu. Alain Lord stipule que son «objectif est de se concentrer sur l'Est-du-Québec étant donné qu'il y a moins de points de vente de vins».
****************
Québec n'y perd pas au change
Tous les vins importés passent par un contrôle à la Société des alcools du Québec, qu'ils soient en vrac ou en bouteille. L'importateur doit payer à la société d'État une majoration de 45,3 % sur le prix négocié avec le producteur. L'année dernière 321 millions $ de vin d'alimentation se sont vendus chez les grossistes et épiceries, ce qui équivaut à 40,4 millions de litres.