Verreault Navigation souffre d’un manque criant de main-d’oeuvre.

Verreault Navigation vogue en eaux favorables

LES MÉCHINS – Avec quatre navires en cale sèche, Verreault Navigation a le vent en poupe. L’agrandissement de sa cale sèche, qui a doublé de largeur en 2015, a littéralement propulsé le chantier naval des Méchins vers une plus grande prospérité. En trois ans, Verreault Navigation, situé à 40 km à l’est de Matane, a connu un bond de 40% de ses contrats.

De 27 mètres de largeur qu’elle était, la cale sèche est passée à 55 mètres. Sa longueur est restée la même, soit 244 mètres. Cet agrandissement, qui a coûté 15 millions$, financés par l’entreprise et par la Banque fédérale de développement, représente la première phase des travaux de transformation du chantier maritime. «Originalement, on avait l’idée de faire une autre cale sèche à côté de celle qu’on avait déjà, explique le président et chef des opérations, Richard Beaupré. Mais, comme les bateaux sont de plus en plus gros, on s’est dit qu’il serait mieux d’élargir la cale sèche. Donc, on a plutôt décidé de doubler la largeur pour pouvoir prendre deux navires un à côté de l’autre. De cette façon, on peut prendre plus de contrats.»

Une fois les travaux complétés, les prévisions se sont avérées exactes. 

«Depuis qu’on a agrandi, on a beaucoup plus d’ouvrage, constate M. Beaupré. On est capables de prendre plus d’un contrat en même temps. Ça donne plus de flexibilité et plus de travail. On roule autour de 200 à 250 employés. Avant, ils étaient 150.» 

Actuellement, la cale sèche est remplie à pleine capacité avec le traversier Joseph-Savard, un bateau du Groupe Desgagnés, un NRV (bateau de recherche) de la Garde côtière canadienne et un bateau de croisière russe qui a été endommagé après s’être échoué dans l’Arctique.

Le chantier bas-laurentien peut compter sur une banque de clients réguliers: la Garde côtière canadienne, le Groupe Desgagnés, la CTMA, le Groupe CSL, la Société des traversiers du Québec, Algoma Central Corporation et certaines autres compagnies privées. «On a de très bons clients parce qu’on essaie de sortir leur bateau le plus vite possible», mentionne le président.

Richard Beaupré croit aussi que la réputation de Verreault Navigation repose sur la qualité de sa main-d’oeuvre. «On travaille fort pour avoir de l’ouvrage et les travailleurs sont ici pour travailler, indique-t-il. Ce sont de bons travailleurs.»

L’hiver s’annonce très occupé. «C’est la grosse période pour nous, affirme le patron du chantier naval. Les compagnies en profitent l’hiver parce que leurs bateaux ne naviguent pas. On va avoir une barge de lac de CSL pendant tout l’hiver. On va en avoir un autre de Desgagnés, en plus du Madeleine de la CTMA et plusieurs autres. Ça va bien. Ça roule! On essaie de rester occupés le plus possible. L’idéal, c’est qu’une fois les travaux terminés sur un bateau, il n’y ait pas d’arrêt de travail.»

Verreault Navigation est spécialisée dans la réparation de navires. «On n’est pas impliqués dans la construction», précise M. Beaupré. Dans la saga entourant la construction d’un nouveau navire pour remplacer Le Vacancier de la CTMA des Îles-de-la-Madeleine, pour lequel le chantier Davie réclame un plus grand pourcentage de contenu québécois, le chantier des Méchins ne prend pas parti dans ce débat, si ce n’est que de soutenir son client, la CTMA. 

«Peu importe où le nouveau bateau sera construit, que ce soit chez Davie ou en Italie comme le F.-A.-Gauthier, ça ne nous concerne pas, tient à préciser le président du chantier Verreault. La CTMA, c’est notre client et on le supporte.»

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VERREAULT NAVIGATION: MANQUE CRIANT DE MAIN-D'OEUVRE

LES MÉCHINS – Verreault Navigation souffre d’un manque criant de main-d’oeuvre, surtout des soudeurs. Le chantier naval des Méchins compte de 200 à 250 employés, selon les contrats. Mais, l’entreprise pourrait fournir du travail à plus de 300 personnes.

C’est ce que déclare le président et chef des opérations de l’entreprise du Bas-Saint-Laurent. S’il est surtout à la recherche de soudeurs, il y a aussi des emplois de mécaniciens, de peintres et de journaliers à pourvoir. «Ça dépend des jobs, mentionne le patron. Parfois, j’ai besoin de beaucoup de peintres parce qu’il y a beaucoup de peinture à faire sur un bateau. D’autres fois, j’ai besoin de beaucoup de soudeurs.» 

Comme plusieurs employeurs sont dans la même situation que le chantier Verreault, les travailleurs savent qu’ils ont le beau jeu. «On a en qui restent trois semaines et qui repartent parce qu’ils n’aiment pas ça, observe M. Beaupré. Il y a aussi les mines dans le nord qui ramassent ces gens-là. Heureusement, on a toujours une bonne base de travailleurs qui proviennent de la région entre Sainte-Anne-des-Monts et Matane.»

Le manque de personnel est si grand que l’entreprise se tourne régulièrement vers des travailleurs de l’Alberta qui sont habitués d’oeuvrer pour des oléoducs. «On fait affaire avec une compagnie qui nous fournit la main-d’oeuvre, explique Richard Beaupré. C’est comme un sous-traitant. En plus des salaires, on doit fournir le transport et le logement. Ça nous coûte cher! Mais, on ne peut pas refuser des contrats ou de nouveaux clients!» Le dirigeant donne comme exemple un bateau russe qui est actuellement en cale sèche et qui requiert le changement d’une grande quantité d’acier. Comme son nombre de soudeurs permanents est insuffisant, il a dû recourir à cette agence pour lui fournir le nombre de travailleurs requis.

Pour pallier à sa pénurie de soudeurs, Verreault Navigation a déjà offert des cours de soudage pour les femmes dans les années 90. «On s’est dit que certaines femmes seraient intéressées à travailler avec leur mari au chantier, raconte M. Beaupré. Comme il y a de plus en plus de femmes en soudure et en mécanique, on a pensé que ça serait une bonne idée, d’autant plus que les femmes sont normalement beaucoup plus méticuleuses.» Une dizaine de femmes se sont inscrites à la formation et quatre sont restées dans l’entreprise. «On voit aussi des filles en mécanique de diesel, en architecture navale ou comme journalières, souligne-t-il. On a une couple de filles peintres. Dans les bureaux, les femmes sont majoritaires.»

L’une des causes qui explique également le manque de personnel repose notamment sur l’absence d’employés réguliers. «Le problème, c’est le «turn over», soit des gens malades ou qui ont des accidents», indique le président. Aussi, comme le chantier maritime est au coeur d’une région giboyeuse, la saison de la chasse se transforme en véritable casse-tête pour l’entreprise maritime. M. Beaupré accepte mal que le chantier doive fonctionner au ralenti pendant cette période, alors qu’il a des délais de livraison à respecter. «Certains préfèrent perdre leur emploi pour aller à la chasse, s’étonne-t-il. Ici, la chasse, c’est une religion!»


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VERREAULT NAVIGATION: UN PROJET D'EXPANSION 40 MILLIONS$

LES MÉCHINS - Une deuxième phase d’expansion du chantier Verreault Navigation des Méchins est prévue d’ici 2020 au coût de 40 millions$. 

Pour que ces travaux puissent se réaliser, l’entreprise doit acquérir le quai fédéral des Méchins afin de pouvoir installer une porte beaucoup plus large à sa cale sèche. «On doit bâtir une section au quai qui est, dans un sens, une extension de la cale sèche, explique le président et chef des opérations, Richard Beaupré. Pour pouvoir avoir de plus gros navires, ça nous prend un quai «top shape». Dans ses programmes, le fédéral est prêt à injecter de l’argent. On est en négociations.» 

L’ensemble des travaux comprend l’extension du quai ainsi que l’achat de la porte et son installation au coût de 40 millions$. «On espère que le fédéral et le provincial vont être là pour nous aider», fait savoir M. Beaupré. L’acquisition et l’installation de la porte s’élèvent à elles seules à 25 millions$. Les plans projettent de faire passer la porte actuelle de 27 mètres à 55 mètres. «On a le design et les plans», précise M. Beaupré. Selon lui, cette porte sera plus large que celle du chantier Davie. 

De l’avis de M. Beaupré, une fois les travaux finalisés, la cale sèche sera en mesure d’accueillir des mastodontes, tels que des panamax et des «shuttle tankers». «Ces bateaux-là ne trouvent pas de chantiers assez gros au Canada, estime-t-il. Ils doivent aller en Europe. Ils perdent alors de l’argent parce que c’est loin. C’est là que c’est intéressant pour nous!» Avec l’extension du quai et l’installation de la nouvelle porte, le nombre d’employés pourrait grimper jusqu’à 350.

Le président et chef des opérations de Verreault Navigation voit l’avenir de son chantier avec beaucoup d’optimisme. Si certains estiment que la navigation est en croissance, Richard Beaupré croit plutôt qu’elle est stable. Quoi qu’il en soit, il précise que c’est le moyen de transport de marchandises le moins coûteux entre le Québec, l’Europe et l’Asie, en plus d’être moins polluant. «Les bateaux sont de plus en plus verts, spécifie-t-il. Avec l’intention du gouvernement de réduire les gaz à effet de serre d’ici 2020, il y a de l’avenir!»

Le président et chef des opérations de Verreault Navigation, Richard Beaupré, voit l’avenir de son chantier avec beaucoup d’optimisme.