«On ne va pas s'engager dans une discussion de c'est quoi une entreprise québécoise. Si, après 112 ans, on n'est pas québécois, il faut combien de temps? 500 ans?» - Le ministre Carlos Leitao, à propos de McKesson Canada et de son siège social montréalais

Vente d'Uniprix: pas un enjeu pour le gouvernement Couillard

En dépit des craintes des partis d'opposition, le gouvernement Couillard semble peu préoccupé par la possibilité de voir la filiale canadienne du géant pharmaceutique américain McKesson mettre la main sur les 330 pharmacies du Groupe Uniprix.
Après avoir affirmé la veille que Québec n'avait pas l'intention de bloquer une éventuelle transaction, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a rappelé, jeudi, lors de son entrée au caucus libéral, que le siège social de McKesson Canada était établi à Montréal «depuis 112 ans».
«On ne va pas s'engager dans une discussion de c'est quoi une entreprise québécoise, a-t-il lancé. Si, après 112 ans, on n'est pas québécois, il faut combien de temps? 500 ans?»
Le Groupe Uniprix, qui a vu le jour en 1977, a conclu une entente avec McKesson Canada, qui avait tenté sa chance une première fois, sans succès, en 2009. Les pharmaciens-propriétaires devront toutefois donner leur aval à la transaction dans le cadre d'un vote prévu le 16 mai.
McKesson est déjà propriétaire de 275 pharmacies Proxim au Québec. Le rachat des succursales d'Uniprix permettrait au distributeur de médicaments d'exploiter plus de pharmacies que les 382 du Groupe Jean Coutu (TSX: PJC.A).
De son côté, le ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette, a affirmé qu'il ne se considérait pas responsable de cette vente, ajoutant que sa principale préoccupation était d'obtenir le meilleur prix possible pour les médicaments.
L'effet de la réforme
En entrevue à La Presse canadienne, le président et chef de la direction d'Uniprix, Philippe Duval, avait affirmé que la réforme de la santé avait «accéléré la réflexion» de l'entreprise, ce qui a mené à l'entente avec McKesson.
«Nous nous sommes demandé quelle était la meilleure option, dans le contexte réglementaire actuel, pour assurer la croissance de l'enseigne», avait-il raconté.
Celui-ci s'est toutefois gardé d'évoquer certains changements législatifs apportés par le gouvernement Couillard, mais la hausse des allocations professionnelles - les rabais offerts par les fabricants de médicaments génériques - versées aux pharmaciens-propriétaires, ainsi que le projet de loi 92 sur la ventilation du prix des médicaments, ont certainement dû peser dans la balance.
Ses commentaires survenaient avant la conclusion d'une entente entre le gouvernement Couillard et les membres de l'Association québécoise des pharmaciens-propriétaires (AQPP) entourant la rémunération et les allocations professionnelles de ces derniers.
«Je peux vous dire une chose, comme ministre de la Santé [...] ce qui m'importe, c'est l'accès aux meilleurs prix possibles [des médicaments], a dit M. Barrette lorsqu'il a été appelé à commenter. La propriété québécoise, pour moi, est un enjeu commercial. C'est leur enjeu.»
Déjà distributeur des médicaments pour Uniprix depuis près de trois décennies, McKesson dit vouloir préserver l'indépendance de la chaîne québécoise. La société affirme qu'il n'est pas question, pour le moment, de toucher à son siège social situé dans l'arrondissement montréalais de Saint-Léonard, ou de procéder à des réductions d'effectifs.
Uniprix, dont les ventes annuelles sont estimées à un peu plus de 1,6 milliard $, compte quelque 5000 employés.