Quelques exemples de yogourts moins sucrés qui se retrouvent maintenant sur les tablettes

Vague de yogourts moins sucrés sur les tablettes

Chouchou des petits et des grands au déjeuner, en collation ou comme dessert, le yogourt a une aura de produit santé, même s’il contient souvent beaucoup de sucre. Sur les tablettes des épiceries, des yogourts moins sucrés commencent à se frayer une place, à la demande des consommateurs.

Juste ce mois-ci, à temps pour la rentrée scolaire, Iögo a sorti ses yogourts pour enfants «sans sucre raffiné ajouté». Riviera a mis sur le marché son yogourt ferme réduit en sucre, après avoir lancé en janvier son grec «réduit en sucre de 40 %» en comparaison aux produits de ses compétiteurs. Liberté a opté pour un yogourt islandais, qu’on vante parce qu’il contient 45 % moins de sucre que son yogourt grec. Danone compte aussi des produits moins sucrés, dont son grec Triple zéro sorti il y a quelques mois.

Bref, le sucre semble être le nouvel ennemi à abattre, après la guerre au gras. Car il est vrai que, même si le yogourt reste un aliment de choix parce qu’il compte plusieurs nutriments, il contient souvent beaucoup de sucre, constate Amélie Charest, coordonnatrice de la Chaire de nutrition à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF). 

En moyenne, on peut compter quelque 10 grammes de sucre ajouté pour 100 grammes, en plus du sucre présent dans le lait (4-5 grammes). C’est beaucoup quand on sait qu’on ne devrait pas manger plus de 50 grammes de sucre par jour selon l’Organisation mondiale de la santé.

Chez Riviera, on indique suivre les tendances en Europe et aux États-Unis. «On voyait qu’il y avait vraiment un intérêt pour tout ce qui est réduit en sucre», explique Kathleen Hébert, chef de marque pour Riviera. 

Son yogourt grec, son premier produit réduit en sucre, a connu un vif succès. L’entreprise a donc décidé de changer aussi la recette de son yogourt ferme, son produit phare qu’on retrouve entre autres en petits pots. Il vient d’arriver sur les tablettes. Les versions «régulières» ne sont d’ailleurs plus disponibles, le produit a été carrément remplacé parce que la différence de goût n’était pas perceptible et que le produit était ainsi meilleur pour la santé, fait valoir Mme Hébert.

«Quand vient le temps de choisir [un yogourt], les parents sont vraiment sensibles à la quantité de sucre que les enfants avalent dans une journée», remarque Émilie Laurin, vice-présidente innovation et développement de produits chez Agropur, qui produit le nanö. 

L’entreprise a donc voulu répondre à cette demande, en retirant le sucre raffiné de ce yogourt pour enfant. La quantité de sucre a été diminuée du tiers, de 6 à 4 grammes par pot de 60 grammes. 

On espère ainsi habituer les jeunes, dès leur jeune âge, à un goût moins sucré. On travaille maintenant sur un équivalent pour adulte, qui devrait être commercialisé dans les 6 à 18 prochains mois.

Même prix

Côté prix, Agropur et Riviera ont tous deux indiqué que la formulation moins sucrée coûte plus cher à produire, mais que le produit est vendu au même prix pour le consommateur.

Les produits des quatre différentes marques que Le Soleil a testés — mentionnés ci-haut — contenaient entre 6 et un peu plus de 8 grammes de sucre pour 100 grammes. Quand on regarde les glucides totaux, on arrive entre 7 et 10 grammes. Et le goût était au rendez-vous, bien que les arômes étaient parfois plus subtils.

La nutritionniste Catherine Lefebvre, qui avait déjà collaboré avec Riviera lors de la sortie de son yogourt grec 40 % moins sucré, se félicite que de plus en plus d’entreprises écoutent le consommateur en leur offrant des produits réduits en sucre. Surtout qu’on mange souvent le yogourt sans trop se poser de questions, remarque-t-elle.

Elle dénonce toutefois la confusion dans le message dans le cas du nouveau nanö, puisqu’on utilise la mention «sans sucre raffiné ajouté». Pour elle, il y a très peu de différence entre le jus de fruits utilisé pour sucrer le yogourt et le sucre de canne, puisque les deux sont hautement transformés et sont absorbés très rapidement par l’organisme. 

«Non seulement ça porte à confusion pour le consommateur dans le sens qu’il croit peut-être que le sucre “naturel” des fruits transformés est mieux pour la santé que le sucre provenant de la canne à sucre. Mais, cela joue aussi avec la réglementation de Santé Canada quant à l’allégation “sans sucre ajouté”», déplore-t-elle. L’auteure du livre Sucre, vérités et conséquences avait d’ailleurs commenté sur son blogue la sortie du produit.

Sans se prononcer sur des produits précis, Amélie Charest note aussi que lorsqu’on regarde la liste d’ingrédients, vaut mieux choisir un produit le plus près possible du fruit. Une purée sera ainsi mieux qu’un jus. Mais le jus demeure préférable au sucre raffiné.

Par ailleurs, il est préférable d’éviter les produits sucrés à l’aide d’édulcorants (sucralose ou stévia, par exemple), dit-elle, qui entretiennent le goût du sucre. On finit souvent par manger plus de sucre à la fin de la journée, fait-elle valoir.

Les deux nutritionnistes mettent les consommateurs en garde pour qu’ils restent vigilants devant le marketing des produits en général. 

Souvent, la mention réduite en sucre se fait en comparaison avec un autre produit. Vaut mieux se fier à la quantité réelle de sucre dans le produit plutôt qu’aux pourcentages accrocheurs. On peut avoir des «versions allégées qui vont contenir plus de sucre que des versions régulières», remarque Mme Charest.

Le meilleur choix selon les deux nutritionnistes reste toutefois un yogourt nature auquel vous ajouterez vous-même des fruits et peut-être un peu de sirop d’érable. Si vous êtes raisonnables, bien sûr...

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DES RECETTES RÉINVENTÉES

Il a fallu revoir tous les ingrédients pour avoir un produit réduit en sucre.

Pour réduire le sucre dans le yogourt, il ne suffit pas d’enlever du sucre raffiné pour le remplacer par des fruits. Il a fallu réinventer les recettes.

Chez Agropur, un an de recherche et développement aura été nécessaire pour arriver au nouveau nanö sans sucre raffiné ajouté, explique Émilie Laurin, vice-présidente innovation et développement de produits chez Agropur. Retirer deux grammes de sucre sur six, pour 60 grammes de yogourt, «c’est énorme». 

Le sucre contenu dans un yogourt régulier provenait en parts à peu près égales du lait, des fruits et de sucre ajouté. Maintenant, les deux tiers proviennent du sucre naturel du lait et un tiers de jus de fruits.

L’entreprise a choisi un lait entier (3,25 %) puisque le produit s’adresse aux enfants, et a opté pour des ferments moins acides. «On n’est pas allés enlever du sucre et le rajouter via des fruits. On est allés travailler la perception globale en bouche du produit. Les matières grasses un peu plus élevées, une texture plus onctueuse, un pH moins acide nous a permis d’arriver à nos fins.» Le nombre de calories est passé de 60 à 50 calories par pot.

Moins d’acidité

«Ce sont tous les ingrédients qui avaient un impact sur le pourcentage final de réduction du sucre», note aussi Kathleen Hébert, la chef de marque chez Riviera. 

Son collègue et directeur de la recherche et du développement, Nicolas David, indique que le fabricant a travaillé beaucoup ses yogourts nature, pour qu’ils soient plus doux à la base. «Lorsqu’on retire le sucre, ce qui va choquer en premier lieu c’est le côté acide du produit.» 

Les ferments choisis sont aussi plus doux. Pour la préparation, on utilise des fruits bien mûrs, donc plus goûteux. On peut donc en mettre un peu moins pour garder le même goût. Le sucre de canne, présent dans la préparation pour conserver les fruits, est ainsi réduit aussi.

Finalement, on a aussi ajouté de la lactase pour scinder le lactose, le sucre du lait. Le goût est alors plus sucré.

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DE NOUVELLES NORMES INCITATIVES

Riviera et Agropur ont aussi signalé les changements à la réglementation de Santé Canada comme un incitatif à réduire la teneur en sucre de leurs produits, même si la décision était déjà prise. En effet, d’ici la fin de 2022, les produits riches en sucre, mais aussi en gras ou en sel, devront avoir un logo bien visible à l’avant du produit. «Ça semble être un incitatif, effectivement. [Les entreprises ne veulent pas] devoir inscrire le logo riche en sucre sur leur produit», remarque la nutritionniste Amélie Charest.

Les tableaux nutritionnels vont changer. La valeur en sucre sera clairement indiquée et la mention «5 % ou moins c’est peu, 15 % ou plus c’est beaucoup» ajoutée. Les portions seront aussi standardisées, de manière à rendre la comparaison plus facile pour le consommateur. Dans les ingrédients, tous les types de sucre seront regroupés, quoiqu’encore détaillés, au lieu d’être pris en compte séparément. Les sucres se retrouveront alors plus haut dans la liste d’ingrédients pour certains produits qui utilisaient différentes formes de sucre, ce qui aura pour effet de mieux indiquer leur présence.