La compagnie Vacances Phénix, qui a obtenu son permis d’opération en septembre dernier, a ouvert un premier bureau à Brossard en novembre quelques semaines après la faillite de Sinorama.

Vacances Phénix, un risque, selon CAA-Québec

Voyages CAA-Québec tourne le dos aux produits de Vacances Phénix et invite ses conseillers à faire preuve de prudence au sujet du nouveau voyagiste ayant des liens avec Sinorama.

Dans un courriel interne obtenu par Le Soleil, la directrice principale pour les produits de voyages chez CAA-Québec, Angelina Miconiatis, demande aux directeurs des 14 agences de l’organisation à travers le Québec d’informer ses équipes «qu’ils ne doivent pas vendre les produits de Vacances Phénix, et surtout de ne pas enregistrer l’agence auprès de ce fournisseur».

«Pour votre information : La détentrice du permis de Vacances Phénix, Mme [Lei] Gao, est l’épouse du principal actionnaire de Sinorama Corporation. Plusieurs ex-employés et ex-cadres de Sinorama travaillent aujourd’hui pour Phénix, donc Sun Pen (Léon) qui était le bras droit des fondateurs de Sinorama, c.a.d. Hong Qian (Simon (et Wenjia Jing (Martine)», écrit-elle dans sa missive.

Tout comme Sinorama, Vacances Phénix se spécialise dans les voyages organisés vers l’Asie, entre autres en Chine.

Coïncidence ou pas, la compagnie, qui a obtenu son permis d’opération en septembre dernier, a ouvert un premier bureau à Brossard en novembre quelques semaines après la faillite de Sinorama.

Cette dernière devait environ 13,5 millions $ à ses créanciers, peut-on lire dans un article de La Presse qui dévoilait cet automne les liens entre les deux organisations. Dans ce reportage, Mme Gao assurait que son mari n’avait aucun lien avec la nouvelle compagnie.

Jointe par Le Soleil, Angelina Miconiatis de CAA-Québec affirme qu’il s’agit «du pareil au même» lorsqu’on compare les deux entreprises, d’où sa mise en garde.

Pour information, CAA-Québec offrait les produits de Sinorama depuis environ quatre ans. Une centaine de leurs clients ont été touchés par la fermeture de la compagnie qui éprouvait des difficultés financières depuis plusieurs mois. En août, l’Office de la protection du consommateur (OPC) avait choisi de suspendre son permis.

«Lorsque nous avons décidé de faire des affaires avec eux, plus personne [ou presque] ne vendait de produits pour la Chine. Sinorama avait sorti les autres entreprises du marché avec ses faibles prix. Nous voulions faire plaisir à nos membres», explique Mme Miconiatis, précisant que son organisation a perdu de l’argent dans l’aventure. Plusieurs commissions pour la vente de forfaits n’ont pas été versées.

Au total, ce sont plus de 6000 clients qui ont été touchés par cette faillite. Certains consommateurs ont été indemnisés via le Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages (FICAV). La facture devrait être de plusieurs millions de dollars. Le processus pour les réclamations n’est pas encore complété. C’est la firme PricewaterhouseCoopers qui a été mandatée pour analyser les dossiers.

«Aujourd’hui, si le modèle est semblable et qu’ils fonctionnent de la même façon, force est de croire qu’éventuellement, ils vont arriver au même résultat. Ce n’est pas une nouvelle agence. Il faut faire attention. Si l’histoire se répète, c’est le client qui va de nouveau être impacté», prévient Mme Miconiatis, espérant que l’Office de la protection du consommateur (OPC) ait bien fait ses devoirs avant d’octroyer les permis nécessaires à la nouvelle entité.

Prudence

Deux autres propriétaires d’agence de voyages avec qui Le Soleil a discuté au cours des derniers jours ont également indiqué qu’il ne prévoyait pas collaborer avec Vacances Phénix.

«C’est certain qu’il y a un certain risque», dit le propriétaire de l’une des agences, préférant taire son nom. «Les consommateurs devront être prudents. Cela se discute dans le milieu», ajoute-t-il.

Même son de cloche chez Voyages Paradis de Québec, qui a déjà vendu à des clients des voyages de Sinorama. «C’était surtout de façon occasionnelle», précise le patron, Charles Paradis. «C’est certain qu’on ne vendra pas ce produit. Nous avons maintenant nos propres voyages vers la Chine», poursuit-il.

Du côté de l’OPC, la direction assure qu’elle va garder un œil attentif sur les finances et les activités de cette nouvelle compagnie.

«Pour tout détenteur de permis, l’Office peut en tout temps suspendre ou retirer le permis si des faits nouveaux l’amènent à la conclusion que les exigences liées au permis ne sont plus respectées», affirme le porte-parole, Charles Tanguay. «Le cas échéant, il devra soutenir sa décision en apportant les motifs et les preuves au soutien devant les autorités administratives et judiciaires compétentes», poursuit-il.