Éric Martel
Éric Martel

Une tâche considérable attend Éric Martel aux commandes de Bombardier

MONTRÉAL — En prenant les commandes de Bombardier, Éric Martel pourrait rapidement se retrouver en zone de turbulences, alors que l’entreprise s’apprête à se tourner exclusivement vers les avions d’affaires - un secteur vulnérable aux aléas de l’économie.

Certains analystes se demandent si l’entreprise sera en mesure de renouer avec la croissance alors que le contexte économique se dégrade rapidement en raison de la propagation du nouveau coronavirus.

«Nous croyons que le marché aura besoin de détails supplémentaires quant au potentiel de croissance et la résilience des avions d’affaires», a écrit Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, dans une note envoyée jeudi.

Les incertitudes réglementaires entourant la vente de Bombardier Transport au géant français Alstom - une transaction de 8,2 milliards $ US - figurent également parmi les risques qui pourraient compliquer la tâche à celui qui dirige Hydro-Québec depuis 2015.

M. Martel deviendra le président et chef de la direction de Bombardier le 6 avril, alors qu’il remplacera Alain Bellemare. Jeudi, les deux hommes n’étaient pas disponibles pour accorder des entrevues.

Il s’agit d’un retour au bercail pour ce titulaire d’un baccalauréat en génie électrique de l’Université Laval, puisqu’il a occupé diverses fonctions au sein de la multinationale, dont la direction de la division des avions d’affaires.

«Nous sommes familiers avec M. Martel en raison des nombreux échanges que nous avons eus avec lui lorsqu’il était chez Bombardier avant 2015 et nous croyons qu’il a les compétences nécessaires pour diriger le secteur des jets d’affaires», a écrit Fadi Chamoun, de BMO Marchés des capitaux, dans une note envoyée à ses clients.

L’analyste a toutefois prévenu que le nouveau patron de la multinationale devra mener à terme trois grandes transactions: la vente des jets régionaux CRJ à Mitsubishi, les usines de Belfast et Casablanca à Spirit Aerosystems et la division ferroviaire à Alstom - dont la clôture est prévue l’an prochain et qui fera l’objet d’un examen minutieux des autorités européennes.

Ces transactions ont été annoncées sous la gouverne de M. Bellemare dans le cadre des nombreuses ventes d’actifs qui ont été annoncées depuis sa nomination, en février 2015. Elles doivent aider Bombardier à réduire sa lourde dette à long terme de 9,3 milliards $ US.

Pour Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux, le changement ne constitue pas une surprise en raison des problèmes d’exécution persistants chez Bombardier Transport et le cours actuel du prix de l’action.

«Une tâche considérable attend M. Martel et nous allons tenter de déterminer quelles seront l’orientation et la stratégie de la société sous sa gouverne», a estimé l’analyste, dans une note.

Au moment de l’embauche de M. Bellemare, l’action de Bombardier se négociait à 2,63 $. Jeudi le titre a clôturé à un creux historique de 68 cents, en baisse de près de 23 %. Les investisseurs devraient accueillir favorablement le changement de garde annoncé tard mercredi soir, selon M. Poirier.

Tous les concurrents de Bombardier dans l’industrie des luxueux jets d’affaires, comme les compagnies derrière les Gulfstream et Falcon, sont également présents dans d’autres secteurs, comme la défense, ce qui leur permet de mieux résister aux périodes de turbulences.

Bombardier s’affaire actuellement à augmenter la cadence de production du Global 7500, l’appareil sur lequel l’entreprise mise pour asseoir sa croissance. La société s’attend à livrer 160 appareils en 2020 alors que la croissance des revenus de cette division devrait être supérieure à 10 %.

L’an dernier, Bombardier a livré 142 jets d’affaires de ses familles Global, Challenger et Learjet - soit cinq de plus qu’en 2018 - pour une valeur estimée à 5,7 milliards $ US, selon les plus récentes données de la General Aviation Manufacturers Association (GAMA).

Toutefois, les livraisons de son principal concurrent, Gulfstream, ont atteint 147 unités, ce qui représente un montant de 7,85 milliards $ US.