Les six mamans derrière la Vitrine Familiale, qui viennent des quatre coins du Québec. À gauche, Marie-Claude et Michèle; au centre, Marie-Pier, Émilie et Karine, debout à droite, Marie-Pier.

Une plateforme d’achat local pour la famille

Pas de soldes du Vendredi fou pour éviter la surconsommation. Des délais de livraison d’une à six semaines pour accommoder les artisans. Des démonstrations où on ne peut rien acheter sur place pour éviter les achats irréfléchis. La Vitrine Familiale fait un pied de nez à tout ce qui définit le marketing traditionnel. Et la plateforme d’achat local fait le pari qu’elle ne manquera pas de consommateurs qui partagent ses valeurs.

Émilie Champoux a laissé son emploi de comptable pour devenir représentante Tupperware en 2017. Elle était une bonne vendeuse, mais reste très critique des façons de faire de l’entreprise, qui encourage selon elle la vente et le recrutement sous pression.

Maman de quatre enfants (bientôt cinq!), la femme de 28 ans a aussi fait plus d’un achat pour eux qui s’est avéré décevant.

Alors quand l’idée de lancer une plateforme d’achat local a germé, ses cinq associées et elle ont établi des valeurs à respecter. La famille, l’achat local, l’approche durable et responsable, l’éducation populaire, le bris de l’isolement social et les milieux de travail adéquats sont au cœur de leur démarche. Elles viennent des quatre coins de la province : Montérégie, Beauce, Saguenay et Rimouski. Elles ont ensemble 15 enfants.

Transparence

Lancée à la mi-octobre, le site transactionnel rassemble quelque 1500 produits d’une soixantaine d’artisans canadiens ou québécois. La marchandise est toutefois offerte en rotation pour éviter que deux artisans offrant le même produit se concurrencent ou parce que certains fabricants ne produisent pas en assez grande quantité pour fournir à l’année.

Les entrepreneures se sont rendu compte à quel point il était difficile de savoir si des produits qui s’affichent comme «locaux» le sont réellement.

«Les gens ne savent pas qu’un produit de textile, du moment qu’il est fait à 51 % ici, on peut dire “fait au Québec”. Comme la plupart du temps il y a beaucoup d’étapes qui ont été faites en Chine, s’assurer qu’un produit est vraiment fait ici ça devient difficile. Nous, on fait cette enquête-là.» On mise sur la transparence, note-t-elle.

Changer les mentalités

Alors que le consommateur est roi en général, sur La Vitrine Familiale, on tente de créer un équilibre entre le client et l’artisan.

«Il y a vraiment une volonté que [les artisans] fassent de l’argent et qu’ils ne donnent pas leur stock. Ils ont aussi dans la grande majorité du temps des familles. On veut leur donner un délai raisonnable.» C’est pourquoi certains produits ont des délais de livraison de quatre à six semaines.

À l’ère de l’instantanéité, où tout le monde veut avoir en main le produit le plus rapidement possible, ne craint-on pas que les consommateurs boudent le site?

«On essaie de changer les mentalités», avance Mme Champoux. Que les achats soient plus réfléchis pour éviter la surconsommation et qu’on laisse suffisamment de temps aux artisans pour faire leur travail convenablement.

«On est prêtes à prendre le risque marketing de se dire qu’on va bien faire les choses.»

En regroupant de nombreux artisans, la plateforme permet au consommateur de combiner ses achats dans une même commande, donc il n’a pas de frais de livraison à payer à chaque commerçant, précise Mme Champoux.

Un coût fixe de 10 $ est exigé. La livraison est toutefois gratuite pour les membres à l’achat de 100 $ et plus. Être membre coûte 20 $ par an et octroie un rabais de 10 % sur tout. Les artisans y gagnent aussi, même avec le rabais, puisqu’ils n’ont pas à gérer les commandes individuelles, remarque-t-elle.

Les femmes d’affaires voulaient donner l’occasion aux clientes de toucher, sentir et voir les produits. C’est pourquoi environ une vingtaine de démonstrations ont lieu chaque mois dans la province.

Dans la région, quatre représentantes organisent ces rencontres où l’on présente la marchandise. On ne peut toutefois rien se procurer directement, ce qui évite les achats impulsifs. Comme les employées n’ont pas à vendre, elles donnent réellement leur avis sur les produits, ce que les clients apprécient, remarque Mme Champoux.

Une réunion d'équipe des copropriétaires de La Vitrine familiale

Les profits sont divisés également entre les employées, un peu comme une coop, dit-elle. «Il n’y a personne qui est exploité dans le processus, que ce soit l’artisan ou l’employé.»