Une offre excédentaire de cannabis dès 2019?

TORONTO — L’offre canadienne de cannabis légal pourrait devenir excédentaire dès la fin de cette année, tout dépendant de l’impact du développement des produits comestibles et des autres produits dérivés de la marijuana, a estimé un analyste américain de l’industrie.

Selon le directeur général et principal analyste de BDS Analytics, Tom Adams, la tendance observée sur d’autres marchés et l’habileté des producteurs autorisés du Canada à augmenter leur capacité, laisse présager une progression «très rapide» du marché.

«Le point d’équilibre durera environ 10 secondes. [...] Nous entrerons ensuite dans une bataille concurrentielle à laquelle les consommateurs peuvent avoir hâte, bien sûr, puisque cela entraînera une baisse des prix», a-t-il affirmé lors d’une entrevue.

Dans son plus récent rapport de recherche, la firme BDS, établie au Colorado, prévoit que les dépenses légales en cannabis à des fins récréatives et médicales au Canada augmenteront pour passer de 570 millions $US en 2018 à environ 5,2 milliards $US d’ici 2024.

BDS avait initialement prévu que les dépenses en cannabis au Canada atteindraient 5,9 milliards $US d’ici 2022, mais avait déjà réduit cette projection en raison de la pénurie de chaînes d’approvisionnement et des goulots d’étranglement réglementaires.

La légalisation du cannabis au Canada en octobre dernier a été accueillie par la forte demande des consommateurs ainsi que par des pénuries d’approvisionnement, ce qui a incité certaines provinces à limiter le nombre de licences de vente au détail ou les heures d’ouverture des magasins.

La situation de l’offre s’est améliorée au cours des derniers mois, ce qui a notamment permis à l’Alberta de lever son moratoire sur les nouvelles licences de vente au détail et au Québec de renouer avec des heures d’ouverture plus régulières pour ses magasins de cannabis.

Mais la semaine dernière, le gouvernement fédéral a annoncé que la réglementation liée aux produits dérivés du cannabis, tels que les produits comestibles et les produits de consommation courante, entrerait en vigueur le 17 octobre.

Puisque les titulaires de licences fédérales seront tenus de donner à Santé Canada un préavis de 60 jours au sujet de la vente des nouveaux produits, ces derniers ne devraient ainsi arriver sur les tablettes qu’à compter de la mi-décembre, au plus tôt.

Déploiement en 2020

Des observateurs et acteurs de l’industrie ont indiqué s’attendre à ce que le déploiement complet de ces produits de nouvelle génération survienne en 2020.

Le calendrier de mise en place du marché des produits à base de cannabis au Canada a déjà été pris en compte dans leurs prévisions, a indiqué M. Adams.

Bien que l’introduction de ces nouveaux produits à base de cannabis puisse exercer une pression sur l’approvisionnement en cannabis du Canada, cela ne représente qu’une «minorité» du marché, a-t-il ajouté.

«Cela ne devrait pas créer une hausse de la demande qui mettrait de nouveau en péril la fourniture de plantes», a affirmé M. Adams.

Les dernières statistiques de Santé Canada montrent qu’en date du 31 mars, alors que les ventes mensuelles de cannabis séché s’élevaient à 7627 kilos, les stocks finis et les stocks non finis s’élevaient à 30 802 kilos et à 143 773 kilos.

M. Adams a indiqué s’attendre à une augmentation de la pression concurrentielle et à une baisse des prix du cannabis «à coup sûr, d’ici le premier semestre de l’année prochaine».

«Mais il se peut que cela se produise avant même que les produits comestibles n’entrent en jeu. (...) Les capacités et les financements sont suffisants pour augmenter la capacité, ce qui entraînera inévitablement un moment d’équilibre pour l’offre, puis à la surabondance», a-t-il prédit.