Une grève sans débordements

Fonctionnaires, travailleurs de l'éducation et de la santé ont tenu des piquets de grève devant leur milieu de travail toute la journée mardi, résolus à obtenir de meilleures conditions de travail.
Le débrayage était visible un peu partout à Québec, dans la Chaudière-Appalaches et dans l'Est-du-Québec. Le plus gros rassemblement a été celui d'environ 3000 enseignants qui ont manifesté devant le bureau de circonscription du ministre de l'Éducation, François Blais, au Carrefour Charlesbourg.
«Cette année, ils [les enseignants] ont pris leur bâton de pèlerin pour expliquer ce qu'ils vivaient [...] On ne voulait pas aller jusque-là [en grève], mais on a assez expliqué!» a soutenu Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement, exhortant le gouvernement à reprendre de véritables négociations.
Près des piquets de grève, comme devant le CHUL, à Sainte-Foy, les automobilistes étaient nombreux à klaxonner pour offrir leur appui. «Les gens sont très présents et on sent vraiment un appui populaire», s'est félicité Francine Lévesque, vice-présidente à la CSN. 
Le Complexe G ciblé
Des grévistes ont interdit tôt mardi matin l'accès à l'édifice Marie-Guyart, symbole même de la fonction publique à Québec. La présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), Lucie Martineau, demande une fois de plus au gouvernement de bonifier son offre de hausse salariale de 3 % sur cinq ans s'il souhaite un règlement.
«Il n'a rien d'autre à offrir que 0 %, 0 %, 1 %, 1 % 1 %. Écoutez, on s'est appauvri au cours des dernières années et tout ce qu'il nous offre, c'est de s'appauvrir encore. C'est inconcevable.» À l'autre bout du spectre, la présidente justifie les demandes syndicales de 15 % sur cinq ans. «On est en retard de 7,3 % sur les autres salariés québécois. À cela, il faut ajouter l'indice du prix à la consommation qui augmente de 1,7 %, 1,8 %, 1,9 % par année», explique-t-elle.
Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, dit qu'il n'y a pas d'argent pour bonifier les offres et que les demandes syndicales sont «irréalistes». À cela, Mme Martineau répond qu'il devrait écouter les propositions syndicales. Selon elle, le gouvernement épargnerait des milliards en réduisant la sous-traitance en informatique et en créant Pharma-Québec pour faire l'achat regroupé de médicaments.
Consciente que les infirmiers et les enseignants sont beaucoup plus populaires auprès de la population, elle écarte la possibilité que le gouvernement fasse signer ces groupes de travailleurs pour isoler les fonctionnaires. «On est en front commun. On est solidaire. Ils ne nous laisseront pas tomber», conclut-elle.
Policiers en renfort
Ce n'est qu'en milieu d'avant-midi que des travailleurs non affiliés au SFPQ ont pu rentrer au travail. C'était le cas au Complexe G où des dizaines de travailleurs ont patienté dans le parc adjacent pendant près de deux heures. Ils ont pu réintégrer l'édifice à l'arrivée des policiers.
La même situation s'est produite à l'édifice de la Société de l'assurance automobile, boulevard Jean-Lesage. Les policiers ont dû intervenir pour permettre aux professionnels et cadres de la fonction publique de pénétrer dans les locaux. La police ne rapporte aucun débordement.
<p>Au Centre jardin Paradis de Québec, Evan Hamelin, 6 ans, et Rosalie Drolet, 10 ans, s'amusaient pendant que leurs mamans respectives travaillaient.</p>
Les enfants au travail de papa ou maman
Le grand dérangement ne s'est pas seulement fait sentir dans les piquets de grève mardi, mais dans les familles et les entreprises qui ont accueilli un nombre anormalement élevé d'enfants.
C'était le cas au Centre jardin Paradis de Québec, alors que Naomie Lavoie, 5 ans, Evan Hamelin, 6 ans, et Rosalie Drolet, 10 ans, circulaient au coeur des allées remplies de décorations d'Halloween et de Noël, pendant que leurs mamans respectives travaillaient.  
Parfois, ils grimpaient les escaliers pour rejoindre la salle de repos où des beignes (gracieuseté d'un collègue de travail) et des bonbons (gracieuseté du patron) les attendaient.
«J'en ai trois. Les deux plus jeunes restaient avec papa, qui a son entreprise. Ici, c'est un commerce, alors amener juste ma grande [Rosalie], ça avait plus de bon sens», explique Marie-Lison Otis, une employée.
Gabrielle Patry, mère monoparentale, gardait Naomie près d'elle à la caisse. «Normalement, c'est mamie qui s'en serait occupée, mais là, mamie, elle ne peut pas tout le temps», lance-t-elle.
Leur patron leur a permis d'amener leur progéniture au travail, étant donné que c'est une période plus tranquille de l'année. «On n'aurait pas pu les amener si ça avait été le rush du printemps», soutient Mme Otis.
Les clients, eux, souriaient à la vue de ces petites bouilles. «Evan, il a foncé dans une madame tantôt et la madame a trouvé ça drôle!» raconte la grande Rosalie.
Bien qu'elles comprennent la grève des enseignants, «qui en ont déjà plein les bras», Marie-Lison et Gabrielle trouvent que comme mamans, elles écopent davantage que le gouvernement, qui est visé dans ce conflit.
«Le ministre Blais, lui, il n'en a pas d'enfant de cet âge-là, il est pas obligé de se débrouiller. C'est plus nous qui est dans la schnoutte», commente Gabrielle Patry. Alors que François Blais, comme tous les députés de l'Assemblée nationale, a pu faire sa journée de travail sans être dérangé, nombreux sont les parents qui ont dû s'organiser. «Si on s'absente, on ne sera pas payé. On n'a pas de journée de maladie ici, alors il faut s'organiser comme on peut», soutient Marie-Lison Otis.
Des entreprises et des groupes communautaires ont aussi organisé à la dernière minute des camps d'un jour pour accueillir les enfants. C'était le cas entre autres du Domaine Notre-Dame, à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, de l'école de danse Indépendanse, à Beauport, et des Loisirs Montcalm.
Avec Patricia Cloutier