Maurice Quesnel, de la Chambre de commerce de la Baie-des-Chaleurs, Jean-Marie Perreault, Gilles Arsenault et Félix Perreault, dirigeants et actionnaires de Navigue.com, Andrée Côté, de la Caisse Desjardins Baie-des-Chaleurs, et Marc-Wayne Addison, directeur de Navigue.com, croient que l’expansion de la firme en fibre optique est prometteuse.

Une entreprise investit 1,2 M$ pour de la fibre optique en Gaspésie

NEW RICHMOND — Une entreprise de la Gaspésie, Navigue.com, investit 1,2 million $ sans subvention pour installer de la fibre optique dans une partie de la Baie-des-Chaleurs afin de faire concurrence à TELUS et Bell.

La firme gaspésienne répond ainsi aux subventions fédérale et québécoise totalisant 31 millions $ versées à TELUS en décembre 2017 afin de brancher à la fibre optique 7400 foyers de 148 localités situées sur la Côte-Nord, en Gaspésie, au Bas-Saint-Laurent, dans Chaudière-Appalaches, dans la région de la Capitale-Nationale et en Mauricie.

Navigue.com avait déposé une proposition aux deux gouvernements pour obtenir ce contrat d’installation de fibre optique dans ces six régions, mais c’est le géant des télécommunications qui l’a obtenu. Cette entente avec TELUS a affecté la base de clients abonnés au réseau sans fil de Navigue.com, puisque la fibre optique permet de gagner en vitesse.

Cofondateur de Navigue.com, Jean-Marie Perreault dit que son équipe devait réagir pour maintenir ses revenus et parce qu’il est nécessaire de concurrencer TELUS pour abaisser le prix des télécommunications en Gaspésie.

«On a perdu des clients à TELUS à cause de la subvention […] Ça fragilise, mais ce n’est pas parce qu’on a mis un genou à terre qu’on est mort», dit-il.

Navigue.com, qui s’est spécialisée dans l’installation d’Internet haute vitesse sans fil il y a 12 ans, débutera son installation de fibre optique dans quelques jours, dans l’un des secteurs les plus ruraux de la Baie-des-Chaleurs, soit à Hope Town, Saint-Godefroi, Shigawake et Port-Daniel-Gascons, comptant environ 3000 personnes.

«Nous y allons au rythme que nous pouvons nous permettre. Notre but n’était pas d’ajouter aux infrastructures existantes […] Il y a déjà trois fibres optiques en Gaspésie, celles de TELUS, Bell et le Réseau collectif, mais on ne peut embarquer dessus», précise Jean-Marie Perreault.

Le privilège des grands

Il touche ici le nœud du débat, à savoir le privilège dont jouissent les grands réseaux comme TELUS et Bell, qui n’ont pas à partager leur fibre optique avec des utilisateurs, alors qu’ils ont été forcés de partager leur réseau de fil de cuivre il y a plusieurs années, après de nombreuses pressions de firmes voulant offrir des services de téléphonie moins chers.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) avait accordé ce partage du réseau conventionnel de fil de cuivre. L’organisme étudie présentement la pertinence d’accorder aussi ce partage pour des réseaux de fibre optique.

«Le modèle australien, le modèle néo-zélandais et d’autres sont ouverts. Au Canada, ce n’est pas le cas, et les télécommunications sont très dispendieuses», précise Félix Perreault, président de Navigue.com.

La firme gaspésienne n’entend d’ailleurs pas attendre la décision du CRTC pour ouvrir, elle, son réseau de fibre optique à des clients extérieurs.

«Notre réseau ouvert permet à n’importe quel fournisseur de service de se connecter à notre infrastructure de fibre optique. Nous ne mettons pas de veto. Ils utilisent l’interconnexion satellite à Saint-Godefroi pour apporter ici leurs services, que ce soit la télé Internet, la téléphonie, la réalité virtuelle et des services qui n’existent pas encore», précise Félix Perreault.

Son père Jean-Marie croit que d’ici 15 mois, Navigue.com pourra recruter comme clients de fibre optique 600 des 1200 foyers situés de Hope Town à Port-Daniel-Gascons. Ils s’ajouteront aux 500 nouveaux clients dénichés au cours des derniers mois entre la Mauricie et Québec pour compenser les pertes subies aux mains de la fibre optique subventionnée de TELUS.

Navigue.com a confiance en sa capacité de recrutement «parce que notre projet appelé Fibre G est conçu à 100 % par des Gaspésiens. Cet argent reste dans le milieu […] Nous sommes aussi conscients que nous devons être compétitifs, moins cher», assure Jean-Marie Perreault.

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PAS DE POSSIBILITÉ D'UTILISER LE RÉSEAU COLLECTIF

NEW RICHMOND — Depuis 13 ans, il existe en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine le Réseau collectif des communications électroniques, qui a assuré l’Internet haute vitesse à un ensemble d’organismes publics, comme les bureaux municipaux, les bibliothèques et les écoles. Il s’agit d’un réseau de fibre optique ceinturant la région. Navigue.com aurait aimé l’utiliser.

«Il reste sept ans avant que l’entente d’exclusivité du Réseau collectif vienne à échéance», signale Jean-Marie Perreault, à propos d’un contrat liant ce réseau à … TELUS. Organisme régional issu de la défunte Conférence régionale des élus, le projet du Réseau collectif a bénéficié de 20 millions $ de fonds publics pour passer la fibre optique le long de la péninsule. Le partenaire TELUS n’investissait qu’un million $ à l’origine, pour des avantages bien supérieurs à cet investissement.

Jean-Marie Perreault espère que ce type d’entente, «fort discutable», est révolu, tout comme le temps que prend le CRTC à «ouvrir» la fibre optique des géants comme TELUS. «Ça va ouvrir l’intelligence de nos politiciens […] Nos gouvernements n’ont pas compris que ça n’a pas de sens que ces réseaux ne soient pas ouvert, avec les fonds publics qui y ont été investis».

Navigue.com compte 3000 clients en téléphonie, télévision et Internet haute vitesse sans fil, surtout en Gaspésie. Il y a un an, la firme a gagné le prix des Mercuriades dans la catégorie «contribution au développement économique et régional-PME».

Évoluant aussi dans la conception et l'hébergement de sites Web, de même que dans les systèmes de sécurité, elle emploie 40 personnes. Son investissement courant devrait procurer du travail à six personnes de plus.