Clément Bourgeois a lancé il y a un an avec ses partenaires Picks, une entreprise spécialisée en cryptomonnaies.

Une entreprise de Québec veut tirer profit de la popularité du Bitcoin

Moussée par la valeur grimpante du Bitcoin, une «cryptomania» semble balayer la planète depuis quelques semaines. Une entreprise naissante de Québec compte bien en profiter. Fondée en juillet, Picks prévoit notamment se doter d’une flotte d’un millier de machines électroniques destinées au minage de ces fameuses monnaies virtuelles.

Picks, c’est le projet de Clément Bourgeois, Philip Barclay, Hubert Perron et Xavier Farooghi. Âgés entre 29 et 39 ans, ils sont tous des joueurs connus du milieu du Web de Québec. S’ils s’intéressaient aux cryptomonnaies chacun de leur côté depuis un bon moment, ce n’est qu’il y a un an que l’idée est née de s’allier pour fonder une entreprise œuvrant dans le domaine. Le Bitcoin est la monnaie virtuelle la plus connue du monde, et de loin celle qui attire le plus d’investisseurs, mais les cryptomonnaies en général se multiplient. Dans ce monde complexe qui fascine et effraie bien des investisseurs, Picks a récemment lancé un fonds d’investissement.

«On propose d’investir avec nous dans des portefeuilles qui contiennent plusieurs cryptomonnaies. Ça permet de réduire les risques et d’investir dans les cryptomonnaies du futur», explique Clément Bourgeois, président de l’entreprise. 

C’est que ceux qui craignent que ces monnaies virtuelles soient une bulle économique qui explosera tôt ou tard n’ont pas tout à fait tort, estime-t-il. Seulement une partie des cryptomonnaies émergeront de cette vague comme les devises du futur, croit-il. D’où l’idée de diversifier ses investissements dans le domaine, et ne pas y investir plus de 5 % de ses actifs, pointe l’ingénieur informatique de formation. «Nous, on dit qu’il ne faut pas investir plus que ce que vous êtes prêts à perdre.»

Le potentiel de gain est énorme. La semaine dernière, la valeur d’une cryptomonnaie baptisée Einsteinium a grimpé de 1000 %, donne l’entrepreneur en exemple.  Mais les cryptomonnaies en général sont «très volatiles».

Minage de cryptomonnaie : l’Eldorado québécois

Le fonds d’investissement n’est cependant pas au centre du modèle d’affaires de Picks à court et moyen terme. C’est plutôt le minage de cryptomonnaie qui risque de rapidement remplir les coffres de l’entreprise. Les monnaies virtuelles nécessitent le travail en continu de milliers de boîtes informatiques dotées de microprocesseurs et cartes graphiques. En mettant leurs forces en commun, ces machines valident et effectuent chaque transaction à travers le système crypté d’une monnaie virtuelle. Un logiciel gratuit à télécharger permet à quiconque possédant une machine de la mettre au service d’une cryptomonnaie. C’est ce que l’on appelle miner. Le mineur est ensuite rémunéré sous forme d’un fragment de ladite cryptomonnaie. 

Picks possède pour le moment une cinquantaine de machines destinées au minage de trois monnaies virtuelles, le Litecoin, l’Ethereum et le Decred. «Ça a commencé dans un garage», raconte Clément Bourgeois. Mais dans le monde extrêmement énergivore du minage, le Québec a des airs d’Eldorado. Forte de son électricité à bas prix , la province offre un potentiel de profit considérable pour les mineurs. C’est en partie ce qui explique pourquoi Picks a récemment trouvé un investisseur qui lui permettra de s’équiper d’une flotte d’un millier de machines, en 2018, un investissement de plus de 1 million $. «Il nous reste à trouver un emplacement pour les entreposer. En raison de l’énergie consommée, ça ne peut pas être installé n’importe où.»

La blockchain, technologie du futur

Ce n’est pas que les cryptomonnaies qui intéressent Picks, mais la technologie derrière ces dernières : la blockchain. Dans le monde de la cryptomonnaie, la blockchain remplace les intermédiaires que sont les banques et les gouvernements pour les différentes devises. Cette technologie fonctionnant sans organe central de contrôle fera éventuellement son chemin dans divers domaines, annonce toutefois Clément Bourgeois. Il donne l’exemple d’une machine qui pourrait faire le travail d’un notaire lors d’une vente. «La blockchain, c’est comme une couche de confiance par-dessus l’Internet. Un grand livre ouvert que tout le monde peut consulter, mais qui est très sécurisé. Notre objectif est de devenir un leader canadien de la blockchain», lance Clément Bourgeois. 

Des investissements majeurs dans ce domaine seront annoncés à Shawinigan aussi tôt que lundi, annonce-t-il. «Shawinigan est en train de se positionner pour devenir la Silicon Valley de la blockchain», lance-t-il. Si tel est le cas, Picks ne sera pas très loin. 

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QUELQUES DÉFINITIONS

›  Cryptomonnaie : le terme cryptomonnaie désigne une monnaie virtuelle fonctionnant sans autorité centralisée, soit indépendamment de toute banque ou gouvernement. Grâce à la technologie de la blockchain, la monnaie est stockée et transigée dans des réseaux informatiques de pair à pair.

› Bitcoin : issu d’un logiciel créé en 2009 dans l’anonymat, le Bitcoin est la cryptomonnaie la plus populaire de la planète. Elle peut être utilisée pour effectuer des achats, payer des services ou encore acheter d’autres devises. 

Blockchain : technologie numérique sécurisée permettant le stockage et la transmission d’informations entre ses utilisateurs sans organe central de contrôle.