Les pêcheurs de crabe des neiges de la zone 17 ont connu, dans l’ensemble, une bonne saison.
Les pêcheurs de crabe des neiges de la zone 17 ont connu, dans l’ensemble, une bonne saison.

Une bonne saison de pêche au crabe des neiges dans la zone 17

MATANE — Les pêcheurs de crabe des neiges de la zone 17, qui ont pris la mer le 25 mars, ont pour ainsi dire terminé leur saison. Si les rendements sont inégaux selon les secteurs, les crabiers s’entendent cependant sur une chose: la pêche a été bonne.

La zone 17 s’étend de Trois-Pistoles, située au Bas-Saint-Laurent, jusqu’à Rivière-à-Claude, en Gaspésie. Sur la Côte-Nord, elle est délimitée entre Les Escoumins et Pointe-des-Monts. «Le quota a été atteint à 99 % à la fin mai», confirme le président de l’Association des crabiers de la zone 17, René Landry. Les crabiers avaient jusqu’au 24 juin pour atteindre leur quota. Mais, certains avaient terminé leur saison le 20 avril.

«Il y a d’autres secteurs où c’était plus dur à cause des courants», indique M. Landry. C’est quand même bien, même si, par rapport à l’année passée, on a subi une baisse.» Le pêcheur Ian Chouinard estime lui aussi que la pêche a été bonne. «Ça a été meilleur en début de saison. Après, c’était un peu plus tranquille, mais ça allait quand même bien.» Avec un quota global de 1277 tonnes, les pêcheurs de crabe de la zone 17 ont dû composer, cette saison, avec une diminution de 42 % du total autorisé des captures.

Pour le coordonnateur des pêches de la Première Nation d’Essipit, dont la saison s’est étirée un peu plus que celle des crabiers de la rive sud, les résultats des activités de pêche sont plus mitigés du côté ouest de la zone qu’à d’autres endroits comme Matane, Baie-Comeau ou Rimouski. Selon Pierre Léonard, la situation s’explique par la diminution du total autorisé des captures. «Avec les mesures de confinement des équipages, c’était un peu plus difficile à vivre, soulève-t-il. Mais, la pêche a suivi son cours et la saison a relativement bien été.»

Réajustements des prix et conditions de pêche

Un prix de départ est habituellement fixé au débarquement et est réajusté en fin de saison. Cette année, un réajustement s’est ajouté en mi-saison et un règlement final est attendu en décembre. Pour René Landry, les prix ne sont pas satisfaisants. «Ce sont les marchés et la COVID-19 qui mènent! C’est fou! Mais, on est avantagés dans le crabe des neiges parce que les inventaires étaient à zéro. Le marché est quand même bon. Ce n’est pas comme dans la crevette, où il y a encore des gros inventaires. C’est pour ça que la pêche à la crevette n’est pas commencée. Ce n’est pas la même situation.» «La COVID ne nous a pas aidés dans certains marchés», croit, pour sa part, Ian Chouinard.

Les conditions de pêche ont, dans l’ensemble, été plutôt favorables. «Ça a très bien été lors de la première semaine de la mise à l’eau, décrit le président de l’Association des crabiers. Après ça, il y a eu du froid et un peu de vent. Mais, ce n’est pas si pire, cette année.» Pierre Léonard raconte: «On a eu quelques épisodes de tempête comme chaque printemps et des périodes de courants, mais rien de mémorable […]. C’était venteux et il faisait froid en début de saison. Mais, sur la Côte-Nord et en Gaspésie, il faut s’attendre à ça à la fin mars!» Ian Chouinard a qualifié, quant à lui, le printemps de venteux.

Aucun cas de COVID-19 n’a été détecté au sein de la flottille de l’Association des crabiers. Son président reconnaît toutefois que, sur un bateau de 15 mètres (50 pieds), la règle de distanciation physique était difficile à respecter pour les équipages. Le lavage des mains n’a cependant pas représenté un défi puisque les navires sont dotés de lavabos. «Tout s’est bien déroulé», se réjouit M. Landry. Même s’il était soucieux de respecter les précautions pour freiner la propagation du virus, le capitaine Chouinard avoue que «ce n’était pas évident». «On travaille dans un endroit assez restreint. Mais, on faisait vraiment attention. On nettoyait le bateau à toutes les levées et on appliquait toutes les mesures possibles.»

Du crabe de qualité

Les crabiers interviewés par Le Soleil sont unanimes: la qualité de la ressource est exceptionnelle. «Très beau crabe, s’enthousiasme René Landry. Dans les catégories, c’était du 1 et 2: du crabe clair, d’une belle grosseur.» «Il était beau, gros et plein», soutient Ian Chouinard. Pierre Léonard constate que «c’était même mieux que l’an dernier». «C’était du crabe résiduel, mais c’était du crabe de belle taille.»

Du côté de la transformation, l’industrie se porte bien. «Dans les usines, ça fonctionne bien», affirme le directeur général de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP), Jean-Paul Gagné. Chez la Première Nation d’Essipit, c’est le même son de cloche. «Les usines opèrent dans notre secteur depuis le début, corrobore Pierre Léonard. On n’a jamais eu de problèmes du côté des acheteurs.»

Forte demande sur les marchés

La demande pour le crabe des neiges de la zone 17 provenait principalement du marché intérieur, dont les grandes bannières de l’alimentation. «On était la première zone à ouvrir, précise M. Landry. Les autres zones ont ouvert quasiment un mois après nous autres. Il s’est écoulé beaucoup de crabes sur le marché du Québec et un petit peu du côté américain. On a eu un mois et une semaine pour écouler notre stock; on n’a pas eu de problèmes. Comme on est toujours la zone à ouvrir en premier, c’est sûr que les usines de transformation ont moins de misère à écouler notre crabe.»

Les crabiers de la Première Nation d’Essipit ont eux aussi vendu presque toutes leurs prises sur le marché québécois. «En début de saison, on n’a même pas été capables de répondre complètement à la demande», mentionne M. Léonard.

L’AQIP constate le même engouement. «Selon le rapport des poissonniers, ils n’ont jamais vendu autant de crabes, signale M. Gagné. Ça commence à être une tradition d’acheter du crabe comme on achète du sirop d’érable. Les prix étaient là et les gens étaient prêts à payer.» Le reste des stocks s’est vendu sur les marchés des États-Unis et du Japon. Si la demande sur le marché américain est favorable, il n’en demeure pas moins que le marché du crustacé a souffert de la fermeture des casinos et des grandes chaînes de restaurants comme Red Lobster, de même que par l’arrêt des activités de l’industrie des croisières.