La présidente de Voyages à Rabais, Sylvie Myre, a donné une conférence sur les risques et périls de s’indexer sur Internet, mercredi.

Une bataille de 12 ans pour Voyages à rabais

Douze ans. C’est ce qu’il aura fallu à Sylvie Myre pour obtenir sa marque de commerce Voyages à Rabais. Des millions de dollars et un nombre incalculable d’heures engloutis. Et même après avoir gagné cette longue bataille, l’entreprise doit maintenant jouer à la police pour faire respecter ses droits.

Le Soleil a discuté avec Sylvie Myre de son aventure (ou de sa mésaventure!) pour acquérir sa marque de commerce dans la foulée d’une conférence organisée par la Chambre de commerce de Lévis, mercredi dernier. La femme d’affaires est aussi fondatrice des entreprises de voyages Tours Amérique et Objectif Monde.

Qu’est-ce qui a été si complexe? Premièrement, l’Office de la propriété intellectuelle du Canada (OPIC), qui est en charge d’octroyer les marques de commerce, ou copyright en anglais, estimait entre autres que le nom était trop descriptif, explique Mme Myre. Par exemple, une entreprise qui voudrait s’appeler Collants pour filles parce qu’elle vend ce produit ne le pourrait pas, puisque ça nuirait aux autres entreprises du secteur.

«Ils nous ont dit, on ne peut pas vous l’octroyer parce que c’est une expression française. Or, il n’y a personne qui disait, avant qu’on adopte cette appellation-là, je m’en vais m’acheter un voyage à rabais ou je me cherche un voyage à rabais», fait valoir la femme d’affaires.

Le bras de fer s’est alors enclenché entre l’OPIC et l’entreprise, cette dernière faisant valoir que c’est elle qui avait popularisé cette expression. «Ça nous a demandé de sortir de nos archives toute la publicité, tous les logos, tout ce qu’on a fait pour publiciser la marque de commerce, année après année, et quels montants ont été investis», relate Mme Myre.

De nombreuses demandes ont été faites au cours des années, certaines acceptées, d’autres refusées. Au départ, vu les embûches, l’entreprise a fait enregistrer la marque «www.voyagesarabais.com», en espérant toutefois réussir éventuellement à obtenir l’expression.

«On a commencé par avoir la marque de commerce sur le nom en français, sur le nom en anglais, sur le logo, sur le site Internet, pour finalement, [à l’automne 2016], arriver à l’obtention de la marque Voyages à rabais, en trois mots distincts», explique-t-elle.

Combien a coûté la lutte? «Je pense que j’aime mieux ne pas le savoir...» Elle ajoute toutefois que ça se calcule en millions de dollars.

Faire valoir ses droits

Même avec cette victoire en poche, la guerre n’est pas finie. L’agence doit maintenant faire valoir ses droits sur le Web. «Il n’existe pas, au sein de l’OPIC, un mécanisme de vérification auprès du marché afin de prévenir l’utilisation de la marque de commerce enregistrée par d’autres», note l’Office. L’OPIC n’a pas l’autorité d’émettre d’amendes.

Chaque marque doit donc organiser sa défense. De nombreuses entreprises veulent surfer sur la notoriété de Voyages à Rabais pour mousser leurs propres services. Elles utilisent donc ces mots-clés dans leurs descriptions pour que leurs sites soient répertoriés sur les moteurs de recherche comme Google lorsqu’un client tape une demande.

Voyages à Rabais doit alors aviser l’entreprise fautive que c’est sa marque de commerce. Une mission qui occupe un employé tous les jours : surveillance, envoi de mises en demeure, suivis...

Des concurrents, mais aussi des fournisseurs, jouent dans ses platebandes, a pu constater Mme Myre.

Si la plupart d’entre eux respectent la marque de commerce et ont accepté de signer un contrat qui leur demandait explicitement de ne plus utiliser l’expression «voyages à rabais», d’autres se sont fait tirer l’oreille. L’entreprise a même dû fermer la porte à l’un de ses fournisseurs pendant près d’un mois parce qu’il bafouait les règles. Encore aujourd’hui, il ne se plie toujours pas en totalité aux demandes de l’entreprise.

«Il y a des gros joueurs pour qui c’est plus payant de s’indexer et de payer des amendes éventuelles que de cesser de s’indexer sur cette expression-là, qui est populaire, qui est reconnue, et qui leur rapporte des ventes», constate Mme Myre.

De plus, l’utilisation des mots «voyages à rabais» par d’autres entreprises crée aussi de la confusion chez les clients. Il arrive que des consommateurs insatisfaits se plaignent auprès de l’entreprise, alors qu’ils ont fait affaire avec un autre voyagiste, en pensant acheter sur Voyages à Rabais.

Malgré tout l’argent et l’énergie investis, Mme Myre ne regrette toutefois pas d’avoir livré bataille et de ne pas avoir laissé tomber son nom. Puisqu’elle est propriétaire de la marque de commerce, il lui en coûte maintenant 25 à 30 % moins cher pour faire le référencement, dans lequel l’entreprise investit plus de 500 000 $ par année. Comme moins de concurrents se risquent à utiliser les mots «voyages à rabais», plus de consommateurs achètent directement sur son site et ils sont moins nombreux à bifurquer par erreur chez des compétiteurs.

Mais Voyages à Rabais n’est peut-être pas au bout de ses peines. Le droit sur la marque de commerce n’est valide que pendant 15 ans. «On pourrait redevoir recommencer cette bataille-là.»

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TROIS CONSEILS AUX ENTREPRENEURS

À la lumière de son expérience, Sylvie Myre donne trois conseils aux entrepreneurs pour bien s’indexer sur le Web.

1/ Si vous n’avez pas encore choisi votre nom d’entreprise, prenez-en un dont il est facile d’obtenir la marque de commerce, recommande-t-elle. Si vous optez quand même pour une expression, ça peut être très positif parce que c’est facile à référencer et à retenir, mais il faut être prêt à démontrer que c’est vous qui l’avez popularisée.

2/ Indexez-vous et optimisez votre site, mais vous devez participer à son élaboration. Vous êtes celui qui connaissez la clientèle que vous visez. Que veulent et cherchent vos clients? Plus vos descriptions sur votre site et vos annonces seront détaillées, plus vous avez de chance de sortir dans les résultats de recherche, note-t-elle.

3/ Demandez votre marque de commerce dès que vous lancez votre entreprise.