Une baisse de production de 8000 tonnes à l’aluminerie d’Arvida de Rio Tinto

Jusqu’à une centaine de cuves précuites de l’aluminerie d’Arvida de Rio Tinto au Saguenay-Lac-Saint-Jean qui ont été fermées pour entretien ou qui devront l’être ne seront pas redémarrées en raison des impacts de la crise sanitaire. Cette mesure d’une durée indéterminée entraînerait une réduction de production de 8000 tonnes d’aluminium, soit 5% de la production annuelle de l’usine.

Rio Tinto a annoncé mercredi à ses employés la poursuite des mesures qui avaient été prises à la fin du mois de mars afin de diminuer ses opérations au minimum, dans la foulée de la suspension par Québec des activités non essentielles. La production d’aluminium, jugée essentielle, avait cependant pu se poursuivre.

La multinationale avait alors donné pour consigne dans ses installations régionales de ne pas redémarrer les cuves qui devaient subir un entretien. Ces mesures d’entretien, qui sont des activités courantes au sein des usines, permettent d’assurer la réfection d’une cuve, lorsqu’elle arrive à sa fin de vie, avant de la remettre ensuite en opération après qu’elle ait été temporairement arrêtée.

Dans un bulletin interne dont Le Quotidien a obtenu copie, Rio Tinto a annoncé à ses employés que cette mesure, « le non-redémarrage des cuves », était maintenue à l’Usine Arvida, située au sein du Complexe Jonquière, à Saguenay. Les difficultés économiques « sans précédent » de l’industrie de l’aluminium causées par la crise sanitaire et économique mondiale sont évoquées pour justifier cette décision.

Cette mesure vise à maintenir la position concurrentielle de la multinationale et « à améliorer sa compétitivité et à s’adapter à la demande du marché en Amérique du Nord », a-t-on indiqué du côté de Rio Tinto, dans une déclaration officielle transmise au Quotidien.

Selon nos informations, cette décision n’aurait pas d’impact sur les emplois et affecterait jusqu’à une concurrence d’une centaine de cuves. Une réduction de production allant jusqu’à 8000 tonnes en 2020, soit 5% de la production de l’usine, serait attendue. L’aluminerie d’Arvida compte 816 cuves précuites.

Cette mesure d’une durée indéterminée ne signifie présentement pas la fermeture définitive de cuves, alors que le non-redémarrage sera influencé par les conditions du marché et l’évolution de la crise.

19 cuves non redémarrées jusqu’à maintenant

Jusqu’à maintenant, 19 cuves n’ont pas été redémarrées à l’aluminerie d’Arvida depuis le début de la crise, a précisé le président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA), Donat Pearson. La situation n’est actuellement pas critique à ses yeux.

« Dix-neuf cuves, c’est négligeable en termes de production, c’est seulement que l’employeur ne met pas les efforts là-dessus pour le moment », a-t-il commenté, en assurant qu’il n’avait pas été question de fermeture définitive dans ses dernières communications avec Rio Tinto.

L’intention est de continuer « jusqu’à un seuil où ça ne met pas les salles de cuves à risque », a-t-il expliqué, en précisant que la fermeture de cuves, réparties dans différentes salles, demeure plus facile à gérer d’un point de vue technique. Environ 150 emplois sont reliés aux cuves précuites à Arvida.

Un marché difficile

Rappelons que le prix de l’aluminium a connu pendant la crise sanitaire sa plus importante chute depuis la crise économique mondiale de 2009. Il se situait à quelque 1570 $ constants la tonne, mercredi, tandis que l’augmentation des stocks mondiaux doit se poursuivre en 2020, selon les prévisions.

La baisse des activités dans les secteurs automobile et de la construction ont forcé Rio Tinto à réorienter sa production d’aluminium à valeur ajoutée pour augmenter sa production de produits standards, des produits « bruts » offrant une marge de profits moins intéressante.

Les pressions protectionnistes observées dans le dernier mois aux États-Unis ajoutent au contexte d’incertitude du marché canadien de l’aluminium, qui est exporté en majorité au sud de la frontière.

DURÉE DE VIE DES PRÉCUITES PROLONGÉE

La durée de vie opérationnelle des cuves précuites avait été prolongée jusqu’en 2025, à la suite d’une entente survenue en juillet 2018 entre Québec et Rio Tinto, en échange d’un plan d’investissements de 200 M$ de l’entreprise, notamment.

Les cuves précuites, une ancienne technologie jugée polluante, doivent ultimement être remplacées par la prochaine phase de la technologie AP60.

La préparation d’investissements pour l’usine AP60 à Arvida et pour l’Usine d’Alma, ensuite mis sur la glace à l’automne 2019, était également prévue dans cette nouvelle mouture de l’entente opérationnelle de 2006.