Claude Collin et sa conjointe Anastasija.

Un Québécois au pays des steppes

«En Russie, les clients sont méfiants. Au début d'une relation d'affaires, ils vont chercher à savoir si vous n'essayez pas de les enfirouaper. Et pour avoir l'esprit en paix, ils vont vous faire boire. Après chaque verre de vodka, ils vont vous poser des questions. Toujours les mêmes questions. Alors si vous voulez réussir à leur vendre votre salade, vous avez intérêt à toujours donner les mêmes réponses!»
Claude Collin est représentant européen pour Valmétal, un manufacturier d'équipements de ferme de Drummondville.
Il connaît bien les Russes. Il a marié l'une des leurs, Anastasija, en mars dernier. Ils habitent à Ust-Labrink, un «village» de 50 000 habitants situé à 1600 kilomètres au sud-ouest de Moscou.
«Ne vous présentez jamais, non plus, devant un futur client avec un large sourire resplendissant accroché au visage. Il va vous prendre pour un imbécile heureux! Affichez plutôt un air sérieux et confiant.»
Ce natif de Repentigny - qui a résidé dans la région de L'Islet pendant une quinzaine d'années - estime que le marché russe n'est pas facile à percer pour une entreprise étrangère. «Heureusement pour nous, les produits fabriqués au Canada ont la cote auprès des clients russes. Ils jugent que nous fabriquons des produits d'une grande qualité.»
N'empêche qu'il ne suffit pas de montrer son drapeau affichant la feuille d'érable - ou la fleur de lys - pour faire pleuvoir les commandes.
«Au Canada, nous réglons souvent une affaire sur le coin d'une table. Ici, en Russie, c'est la relation entre les individus qui prime d'abord et avant tout. Si tu ne réussis pas à établir une bonne relation au départ avec ton client, tu ne réussiras pas à lui vendre ton produit. Ça peut prendre plusieurs rencontres avant qu'il ne décide de te passer une première commande.»
Claude Collin a aussi constaté que la Russie, c'est immense. Avec une superficie de 17 millions de kilomètres carrés, elle est le plus grand pays du monde. C'est pratiquement deux fois plus vaste que le Canada (9,9 millions de kilomètres carrés) qui arrive pourtant au deuxième rang.
L'été dernier, Claude Collin a décidé d'aller faire une tournée pour rencontrer ses clients et en recruter de nouveaux. Un périple de 6000 kilomètres en automobile. «C'était la première fois que je faisais une telle randonnée et, croyez-moi, c'était aussi la dernière fois!»
La vodka coûte cher!
Claude Collin a commencé à apprendre le russe. «Anastasija me dit que j'en ai encore pour deux ans avant de pouvoir m'exprimer correctement dans cette langue.»
Avec ses clients, il échange en anglais. Il peut aussi compter sur sa conjointe qui, elle aussi, est représentante des ventes en Russie pour deux entreprises québécoises, Machinerie AM, de L'Islet, et la Compagnie Normand, un fabricant de souffleuses à neige de Saint-Pascal de Kamouraska.
M. Collin est en attente pour l'obtention de sa résidence permanente. «Ce n'est pas évident de transiger avec la bureaucratie russe. Il y a beaucoup de paperasserie. On dirait que tous les fonctionnaires au pays doivent apposer leur étampe. Un jour, vous faites un pas en avant. Le lendemain, vous en faites cinq par en arrière!»
N'allez surtout pas suggérer à Claude Collin de rentrer au Canada.
«Nous sommes heureux à Ust-Labrink. Le climat est fantastique. L'été, la température monte à
40 degrés. Et l'hiver, le mercure descend rarement en bas du point de congélation. Cet hiver, c'est différent. Nous gelons. Il fait - 8. Des fois - 10.»
Et le coût de la vie est raisonnable.
«En juin, j'achetais un pain, du lait, des oeufs et du beurre pour 3 $. Aujourd'hui, les prix ont augmenté à cause des Jeux olympiques qui nous coûtent une fortune. La bouteille de vodka que je payais 3 $ il y a quelques mois encore me coûte aujourd'hui 7,25 $.»
Les Jeux olympiques? Bof...
Habitant à 400 kilomètres de Sotchi, Claude Collin n'a guère le coeur à la fête. Le fait d'apprendre que les Jeux olympiques de Sotchi coûteront plus de 50 milliards $US - ça sera les JO les plus coûteux de l'histoire - a choqué les Russes. «Les gens ont été abasourdis d'entendre cette nouvelle. Ils ont hâte que tout revienne à la normale.»