Les capitaines-propriétaires, les frères Francis et Dan Dupuis, devant leur bateau-usine l'Émilien D.

Un premier crevettier-usine au Québec

Les frères Dan et Francis Dupuis de Rivière-au-Renard en Gaspésie, d'une famille de pêcheurs depuis trois générations, commenceront la saison de crevette avec un navire flambant neuf. À bord du seul bateau-usine crevettier au Québec, ils vont cuire et congeler le crustacé entier, fraîchement pêché, et tenter de percer un marché dominé par la crevette d'élevage asiatique.
Le chantier Méridien maritime de Matane a construit l'Émilien D., du nom du grand-père des Dupuis. La mini-usine se trouve entre le pont et la cale. Elle est notamment équipée d'un classeur par taille, d'un cuiseur et d'un tunnel de congélation. 
La crevette sera empaquetée à bord en boîtes de cinq kilos, prêtes pour l'exportation, surtout vers l'Europe. Les frères Dupuis travaillent en partenariat avec Crevette du Nord Atlantique, l'usine de transformation de L'Anse-au-Griffon en Gaspésie, qui commercialisera leurs captures.
Le crustacé ne sera pas décortiqué sur le bateau; il gardera sa carapace. «Ça prendrait plus de place, c'est plus compliqué. La crevette sera cuite en moins d'une heure [après sa pêche] et la crevette très fraîche est plus dure à décortiquer», dit Dan Dupuis.
Le capitaine mise sur un produit de meilleure qualité, parce que congelé sitôt capturé. Et la crevette nordique se distingue par «son goût et sa texture», souligne-t-il. 
Les frères Dupuis pêcheront 1,7 million de livres cette année dans le golfe du Saint-Laurent.
Prêt de 2,1 millions $
Investissement Québec prête 2,1 millions $ aux Dupuis, qui refusent de dévoiler le coût total du bateau. Le ministère québécois des Pêcheries leur a octroyé un permis de transformation.
L'Émilien D. mesure 27 mètres et est équipé de chaluts jumeaux. L'équipage comptera six personnes comparativement à quatre sur le vieux crevettier des Dupuis. 
Des bateaux-usines de 75 mètres et plus pêchent et transforment déjà la crevette au large des côtes du Labrador, mais pas dans le golfe du Saint-Laurent. 
«C'est un bateau qui est unique, le premier en son genre à être construit ici, au Canada», souligne le directeur des opérations chez Méridien Maritime de Matane, Simon Girouard. L'entreprise matanaise a fait la conception et la fabrication «de A à Z», ajoute-t-il. 
Travailleurs inquiets
L'expérience des Dupuis sera suivie de près par les autres pêcheurs, mais aussi par les travailleurs d'usines de transformation, qui s'inquiètent d'éventuelles pertes d'emploi si la tendance se généralise.
«Ça va ôter de l'ouvrage dans les usines», dit Omer Ouellet, travailleur d'usine à Rivière-au-Renard. Les emplois ajoutés sur les bateaux ne compenseront pas, croit-il. «La crevette va être cuite et empaquetée, pas décortiquée. C'est le décorticage qui prend du monde.»
L'Émilien D. partira pour la pêche vers la mi-avril. La saison de crevette commence le 1er avril, mais retarde lorsque les pêcheurs et transformateurs peinent à s'entendre sur un prix au débarquement.  Avec la collaboration spéciale de Johanne Fournier