Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Les silos d’entreposage de granules de bois du Port de Québec ont trouvé un nouveau locataire.
Les silos d’entreposage de granules de bois du Port de Québec ont trouvé un nouveau locataire.

Un nouveau locataire pour les silos de l’Anse au Foulon

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
Presque inutilisés depuis la fermeture en 2017 des deux usines de production de l’entreprise Rentech, en Ontario, les silos d’entreposage de granules de bois du Port de Québec ont trouvé un nouveau locataire. Les deux dômes seront utilisés par l’usine La Granaudière qui a récemment signé un contrat d’approvisionnement de 40 millions $ par année pendant 10 ans avec le fournisseur d’électricité franco-belge Groupe ENGIE.

«On est revenu à l’usage primaire pour lesquels les silos avaient été construits», a lancé M. Yves Crits, le président de La Granaudière qui, avant de s’installer au Québec travaillait dans le monde de l’énergie en Belgique. «Et on espère leur donner une longue vie. Il y a un marché en Europe pour les granules de bois. Nous sommes dans les besoins de base.

«La granule de bois, c’est de l’énergie verte. En Europe, le marché des granules de bois se divise en deux. Il y a la moitié du marché qui touche le chauffage. L’autre moitié, c’est la production d’énergie verte, de l’électricité verte.»

M. Crits a indiqué que de plus en plus de pays européens avaient décidé d’interdire le chauffage à l’huile. Obligés de se tourner vers de nouvelles sources d’énergie pour se chauffer, plusieurs entreprises avaient opté pour une énergie propre et s’étaient procuré des poêles à granules. En France, ce changement s’est traduit il y a deux ans par une augmentation des besoins de granules de bois à plus de 200 000 tonnes.

De leur côté, les producteurs d’électricité ont été invités, à la suite de pressions des gouvernements, à éliminer l’utilisation du charbon. Les centrales au charbon coûtant des milliards à construite, plusieurs producteurs d’électricité ont cherché des moyens pour les garder en opération et la solution fut d’utiliser les granules de bois.

Selon l’entente qu’elle a conclue, La Granaudière, une entreprise forestière située à Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière, exportera la grande majorité de sa production qui devrait atteindre 200 000 tonnes de granules de bois par année dès 2022, soit sept à huit bateaux. La récolte de la matière première, l’exploitation de l’usine ainsi que le transport de la marchandise vers le terminal de granules de bois du Port de Québec, d’où se fera l’expédition vers l’Europe, permettront la création de plus de 150 emplois. Un premier chargement de 21 000 tonnes a quitté la Vieille Capitale vendredi.

«Une usine comme la nôtre servira peut-être à remplir la croissance annuelle dans un pays européen.»

Chargement de la cargaison pour les silos du Vieux-port

Des débuts en 2014

C’est en 2014 que s’est amorcée l’histoire de l’usine La Granaudière. Débarqué au Québec afin de profiter d’une préretraite paisible en produisant du sirop d’érable et de la nature, M. Crits s’est acheté une petite érablière à Saint-Michel-des-Saints. Le producteur forestier qui lui avait vendue lui demanda alors si, avec son expérience dans le domaine de la biomasse, il ne pourrait pas lui donner un coup de main afin de trouver des débouchés pour le bois qu’il ne pouvait pas transformer en bois d’œuvre et qui était auparavant acheté par les papetières. M. Crits a donc élaboré un projet qui fut soutenu par Investissement Québec d’abord,  puis par le gouvernement du Québec qui lui octroya un prêt de 27 millions $ venant de Prêts et Ressources Québec, filiale d’Investissements Québec, et du programme ESSOR pour la construction et le démarrage de son usine de granules de bois.

«Quand je me suis fait prendre au piège et que j’ai aidé le producteur forestier qui m’avait vendu mon érablière, je me suis aperçu qu’il y avait un marché propice pour développer un projet pareil. J’ai alors recontacté d’anciens collègues. Ce que je fais maintenant, c’est la continuité de ce que je faisais avant.»

C’est en août que devrait partir un nouveau chargement de granules de bois de du Port de Québec en direction vers l’Europe. En 2022, c’est un chargement à toutes les six à huit semaines qui devrait quitter la Vieille Capitale. Le chargement de vendredi dernier a été réalisé en deux jours. Les  21 000 tonnes de granules de bois ont demandé autour 550 transports de camions.

«Nous avons sept bitrains qui font les allez-retours entre notre usine à Saint-Michel-des-Saints et Québec quasi en continu. Les granules quittent notre usine dès qu’elles ont été produites de manière à remplir les silos avant l’arrivée des bateaux. Il y a donc 16 bitrains par cycle de 24 heures qui partent de Saint-Michel. Notre circulation est donc fortement diluée.»

Questionné si La Granaudière pouvait rapidement augmenter sa production, M. Crits a indiqué qu’il préférait prendre chaque chose en son temps. «Ma philosophie a toujours été d’apprendre à marcher avant de courir. Comme nous sommes au début des chemins forestiers, nous ne manquons pas de ressource première. Pour pouvoir exporter, il faut avoir une taille critique. Nous pourrions donc aider d’autres producteurs de granules qui ne l’ont pas à exporter. Ça serait un bel exemple de coopération.»

Construits dans la controverse au coût de 20 millions $, les deux dômes de 45 mètres de hauteur avaient été érigés en catimini à l’Anse au Foulon sans qu’aucune étude ne soit faite à la demande d’Arrimage Québec. Ils devaient être utilisés par Rentech qui avait signé un contrat de 15 ans pour les services de transbordement et l’usage exclusif des silos d’entreposage. L’entreprise américaine avait alors en poche un contrat de 10 ans avec la centrale électrique Drax Power à qui elle devait fournir 400 000 tonnes de granules de bois par année.

C’est en mai 2015 qu’un premier chargement de granules de bois était finalement arrivé à l’Anse au Foulon. Le dernier chargement y avait été expédié en janvier 2017, Rentech fermant ensuite ses deux usines de granules de bois d’Atikokanen et de Wawa, Ontario parce qu’elles n’étaient pas rentables. Par la suite, l’entreprise abandonna le marché des granules de bois mettant abruptement fin à ses contrats avec le CN et Arimage Québec.