L’airelle pousse le long du fleuve St-Laurent, surtout du côté nord.

Un marché prometteur pour l’airelle

BAIE-COMEAU – L’airelle, vous connaissez? Ce petit fruit rouge, très acidulé s’il est consommé cru, est de plus en plus populaire auprès des meilleures tables du Québec et l’offre est loin de répondre à la demande. La probable production commerciale que cherche à développer le Centre d’expérimentation et de développement en forêt boréale (CEDFOB) de Baie-Comeau tomberait donc à point.

L’organisme affilié au cégep de Baie-Comeau vient de recevoir une aide financière de 300 000 $ sur trois ans du Fonds d’appui au rayonnement des régions du gouvernement du Québec pour aller plus loin dans ce projet, mais il s’intéresse à l’airelle dite vigne d’Ida depuis six ou sept ans, a souligné la responsable du dossier, Ève-Catherine Desjardins.

Au fil de l’évolution du projet, le CEDFOB en est aujourd’hui à vouloir déterminer les variétés et les méthodes de production qui donneront le meilleur rendement pour passer à l’étape de commercialisation. Deux scénarios différents seront étudiés et l’objectif à terme est d’atteindre une production de 5000 à 8000 livres de fruit par hectare.

Cultivé en milieu naturel

«On va d’abord chercher à augmenter le rendement de l’airelle dans son milieu naturel, comme on le fait avec le bleuet, en appliquant un paillis, en donnant des nutriments et en faisant un contrôle des mauvaises herbes», a expliqué la chercheuse. «Dans le volet 2, on va plutôt créer des milieux de culture un peu partout dans la région et on va implanter différentes variétés pour voir ce qui fonctionne le mieux.»

Il faut savoir que l’airelle, aussi appelée graine rouge, pousse un peu partout à l’état sauvage le long du fleuve St-Laurent, surtout du côté nord. Dans la région, elle abonde particulièrement à l’est. On en retrouve aussi en Scandinavie.

Mme Desjardins, une entomologiste spécialiste des petits fruits nordiques, a fait valoir que le privé s’intéresse fortement à ce projet prometteur et met des sous. «On travaille avec des joueurs du domaine privé dans ce projet et en conséquence, on a quand même une bonne mise de fonds privés. Il y a des promoteurs intéressés et ils investissent», a-t-elle indiqué.

Grande demande

Et si le privé investit, c’est sûrement parce qu’il y a de bonnes opportunités d’affaires. Il n’y a présentement qu’un seul producteur commercial d’airelles au Québec, situé à Lac-Etchemin, et il est incapable de répondre à la demande domestique. Une grande partie de sa production est écoulée auprès de restaurateurs montréalais.

«Il (le producteur) a déjà été contacté par une entreprise de la Californie, qui demandait vraiment de grosses quantités», a affirmé la spécialiste, soulignant ainsi que le marché de l’airelle est ouvert à celui qui voudra bien le prendre.

Le CEDFOB dispose d’un riche arsenal pour maximiser ses recherches. Il compte notamment sur un laboratoire de micropropagation, ce qui lui permet de multiplier rapidement les individus les plus prometteurs pour les mettre dans les cultures.

La pollinisation est un autre aspect de la recherche. Ève-Catherine Desjardins, dont c’est le champ d’études, mène des tests avec l’abeille domestique et Osmia tersula, aussi appelée l’abeille du Nord, considérée comme une pollinisatrice hors pair pour les petits fruits nordiques.

Le Centre d’expérimentation et de développement en forêt boréale, l’un des 49 centres collégiaux de transfert de technologie du Québec, se spécialise dans la foresterie en région boréale, les petits fruits nordiques, la physique et chimie du bois ainsi que l’entomologie. Le partage des résultats de ses recherches aves l’entreprise privée fait partie de sa mission.