Un écart de pauvreté croissant avant la pandémie, selon Statistique Canada [VIDÉO]

La Presse Canadienne
OTTAWA — Le fossé s'est accentué pour les Canadiens sous le seuil de la pauvreté dans les années ayant précédé la COVID-19, selon un portrait actualisé de la pauvreté de Statistique Canada qui, selon des experts, pourrait s'aggraver en raison de la pandémie. 

Les chiffres de Statistique Canada indiquent que «l'écart moyen de la pauvreté», qui évalue le déficit moyen entre le seuil officiel de la pauvreté au Canada et le revenu des personnes vivant dans la pauvreté, est passé de 31,8 % en 2015 à 33,4 % en 2018.

Tout de même, au cours de la même période, le pourcentage de personnes ayant le plus grand écart avec le seuil de pauvreté, soit avec des revenus à 75 % moindres que le niveau officiel, est passé de 7,4 % à 5,4 %.

Les chiffres sont différents de ceux publiés plus tôt cette année, après que Statistique Canada a mis à jour sa façon de calculer le seuil de pauvreté.

Cet indice calcule le minimum qu'une personne ou une famille devrait gagner pour s'offrir un panier de biens et de services nécessaires pour atteindre un niveau de vie modeste ou élémentaire. Jusqu'à récemment, il n'incluait pas le coût des services sans fil.

L'agence affirme que ces données révisées laissent croire que moins de gens au Canada vivent avec de faibles revenus, mais que ceux qui vivent toujours dans la pauvreté n'ont pas vu leur situation s'améliorer.

L'envers des mesures d'aide

Des experts affirment que la pandémie pourrait creuser l'écart de pauvreté cette année, et que les taux de pauvreté augmentent malgré un afflux massif de prestations gouvernementales destinées à remplacer les revenus des gens ayant perdu leur emploi, des heures de travail ou leur entreprise.

Les dépenses fédérales au titre de la Prestation canadienne d'urgence (PCU) ont dépassé 72,5 milliards $ depuis avril, et ont atteint 33,7 milliards $ pour le programme de subventions salariales aux entreprises admissibles.

La Banque du Canada a déclaré mercredi dans le cadre d'une annonce prévue sur les taux d'intérêt que les mesures fiscales avaient contribué à un rebond plus rapide que prévu de l'activité au troisième trimestre. Elle a également mis en garde contre des indicateurs anticipant une reprise lente et instable.

Cela inclut un rebond inégal de l'emploi et une confiance modeste des entreprises, laissant entrevoir la teneur des propos du gouverneur de la banque centrale Tiff Macklem jeudi dans un discours axé sur les effets inégaux de la pandémie sur les personnes et les secteurs.

Garima Talwar Kapoor, directrice des politiques et de la recherche à la fondation caritative Maytree, a rappelé que les mesures fédérales visaient à empêcher les personnes qui avaient une certaine participation au marché du travail de sombrer dans la pauvreté.

«Là où les mesures ont failli, c'est pour les personnes qui vivent dans la pauvreté, qu'elles aient ou non un engagement au travail», a-t-elle fait valoir.

Une expérience différente de la pauvreté

Elle a également souligné à quel point l'expérience de la pauvreté peut avoir changé durant la pandémie, avec des augmentations marquées du nombre de personnes utilisant les banques alimentaires parce qu'elles ont du mal à payer la nourriture ou le loyer - ce que l'on appelle l'insécurité alimentaire ou du logement.

Les taux de pauvreté vont probablement augmenter cette année en raison de la COVID-19, qui a provoqué une baisse historique du marché du travail canadien qui est toujours de 1,1 million d'emplois en deçà des niveaux d'avant la pandémie.

«Il ne fait aucun doute que les pertes d'emplois liées à la COVID-19 feront grimper les taux de pauvreté», a déclaré David Macdonald, économiste principal au Centre canadien de politiques alternatives, précisant que les chiffres officiels pour cette année ne seront pas disponibles avant 2022.

«Je pense que l'histoire montrera que la PCU a été un rempart important contre un impact bien plus grand sur les taux de pauvreté en ces temps sans précédent», a-t-il dit.

Les libéraux de Justin Trudeau s'attendent à ce que quatre millions de personnes aient besoin d'aide une fois que la PCU viendra à échéance le mois prochain. La majorité d'entre elles passeront à un programme d'assurance-emploi (AE) élargi et les autres pourront se tourner vers une nouvelle prestation de relance.

«Le prochain passage de la PCU à l'AE pourrait avoir un impact supplémentaire sur les taux de pauvreté dans la dernière ligne droite de 2020», a déclaré M. Macdonald. «Si cela se passe bien, les familles pourraient être tenues à l'écart de l'aggravation de la pauvreté. Sinon, les gens passeront à travers les filets de sécurité et glisseront dans la pauvreté.»