Des représentants de TransCanada Pipeline ont révélé aux maires de Bellechasse qu'ils envisageaient d'installer des réservoirs de pétrole aux abords de la raffinerie d'Ultramar ou des terres de Rabaska.

Un autre projet de terminal pétrolier à Lévis

Les abords de la raffinerie d'Ultramar ainsi que des terres à proximité de Rabaska font partie des sites potentiels identifiés par TransCanada Pipeline (TCP) pour implanter un nouveau terminal de réservoirs pétroliers à Lévis.
L'information a été communiquée par des représentants de TCP lors d'une rencontre avec des maires de la MRC de Bellechasse qui s'est tenue le 10 juillet. Le but était de renseigner les élus sur le projet et le tracé de l'oléoduc Énergie Est, qui doit traverser plusieurs municipalités de la Rive-Sud de Québec.
TransCanada planifie un pipeline reliant Hardisty, au nord de l'Alberta, à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, où se trouve le siège social d'Irving. En chemin se trouve la raffinerie Jean-Gaulin de Lévis, propriété d'Ultramar, elle-même propriété d'Énergie Valero.
Entre 500 000 et 850 000 barils de pétrole brut de l'ouest voyageraient ainsi sur plus de 4000 kilomètres pour approvisionner les raffineries de l'est du Canada. Les surplus seraient exportés aux États-Unis par bateau.
TCP ne fait pas de cachette de son intention d'aménager trois terminaux de stockage le long de son oléoduc. Un terminal est annoncé en Saskatchewan, un autre «dans la région de la ville de Québec» et le dernier à Saint-Jean.
Si ce sujet n'était pas à l'ordre du jour de la rencontre de la semaine dernière, des questions ont été posées par les représentants des municipalités de Bellechasse sur ce fameux terminal. Il a été confirmé par les représentants de la compagnie que celui-ci serait situé à Lévis.
«Eux autres, ils parlent d'installer des réservoirs près d'Ultramar ou de Rabaska», a rapporté Denis Labbé, directeur général de Saint-Charles-de-Bellechasse, précisant qu'une «quinzaine de réservoirs du type de ceux qu'il y a chez Ultramar» ont été évoqués. «Ils ont besoin d'avoir un lien maritime», a ajouté le dg, pour transborder les surplus de pétrole dans des navires à destination des États-Unis.
Ne pas ameuter la population
André Goulet, maire de Beaumont, a compris la même chose. Il ne dit pas clairement s'il s'inquiète de cette possibilité, le site de Rabaska étant voisin de Beaumont. Lors d'un référendum tenu en 2006, ses concitoyens ont voté à 72 % contre l'implantation d'un terminal méthanier dansle secteur.
M. Goulet y est toutefois allé de cette mise en garde à TCP : «Je leur ai mentionné qu'il ne faut pas ameuter la population. Je leur ai dit : "Essayez donc d'avancer votre projet et d'arriver avec des conclusions arrêtées plutôt que des sites hypothétiques."»
La Ville de Lévis, dont plusieurs fonctionnaires ont été rencontrés fin juin, affirme n'avoir pas d'indication quant aux sites projetés pour les réservoirs de pétrole, qui s'ajouteraient à la trentaine que possède Ultramar à Saint-Romuald. «Ils [TransCanada] nous ont informés qu'ils avaient l'intention de faire des forages dans le fleuve pour sonder le fond», a toutefois précisé Christian Brière, directeur des communications. On sait déjà qu'Ultramar fait accoster d'énormes navires à Saint-Romuald et que Rabaska prévoyait un quai en eaux profondes plus à l'est.
Au début du processus
Philippe Cannon, porte-parole d'oléoduc Énergie Est, a confirmé la tenue de séances d'information avec les maires de Bellechasse, comme il y en a eu avec Lévis et avec les maires du Témiscouata. Cela dans le but d'amorcer une collaboration très tôt dans le projet, dit-il.
Mais M. Cannon assure que l'entreprise albertaine ne peut pas déterminer de sites pour son terminal à Lévis, car elle n'a tout simplement pas arrêté son choix, même sur une courte liste. «On est encore au début du processus», insiste-t-il. De même il affirme qu'il est trop tôt pour préciser le nombre de réservoirs qui seront requis.
Quant aux forages, il n'y en a pas eu et il n'y en a pas de prévu à court terme, selon le porte-parole. «On a encore une série d'analyses papier à faire avant de passer aux analyses terrain», résume-t-il.
TCP se donne jusqu'à la finde 2015 pour poursuivre ses consultations, ses études, incluant les études environnementales, et obtenir les autorisations pour la construction de son oléoduc dans l'espoir de commencer la construction en 2016 et d'ouvrir les vannes à la fin de l'été 2017.
«Monstre de pétrole» anticipé
Michel Lessard, représentant du Groupe d'initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM) qui a mené la charge contre Rabaska il y a quelques années, n'attend pas pour se positionner contre tout «grossissement» d'Ultramar à Lévis, dont il dénonce l'implantation au coeur de la ville et qu'il anticipe devenir «un monstre de pétrole avec tous les dangers» afférents.
M. Lessard n'est pas plus enthousiaste de voir le site de Rabaska récupéré pour un terminal pétrolier.
«Avoir pensé implanter devant l'île d'Orléans, dans une zone verte et bleue, un terminal méthanier, c'était une aberration. [...] Les mêmes paramètres qui militaient en faveur du refus de Rabaska s'appliquent au projet de TCP», fait-il valoir. D'autant que le pétrole provenant des sables bitumineux de l'ouest du Canada est réputé encore plus polluant que les autres formes de brut.
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Ultramar et Rabaska tièdes à l'idée
Tant Rabaska qu'Ultramar nient toute collaboration avec TransCanada Pipeline pour établir un terminal de réservoirs pétroliers à Lévis. «Je peux vous dire très officiellement qu'il n'y a eu aucun contact entre TransCanada Pipeline et Rabaska», a déclaré son président, André L'Écuyer. Celui-ci admet que les conditions ne sont pas réunies pour réaliser le projet de terminal méthanier, mais ne désespère pas de voir le marché du gaz naturel liquéfié s'améliorer. Les partenaires de Rabaska, dont Gaz Métro et Enbridge, ont donc convenu de conserver les terrains dézonés de force par le gouvernement du Québec comme «police d'assurance».
À noter qu'il y a peu de terrains autour qui ne leur appartiennent pas. Michel Martin, porte-parole d'Énergie Valéro, affirme quant à lui que les terrains vacants bordant la raffinerie d'Ultramar, dans le quartier Saint-Romuald, sont nécessaires pour servir de «zone tampon». «Il n'est pas dans notre intention de les développer. [...] Il faut se garder du terrain, de l'espace libre», dit-il. M. Martin a entendu parler que TransCanada aimerait s'installer dans le secteur. «C'est une idée, une hypothèse qui semble avoir été avancée, mais qui n'a jamais été discutée», assure-t-il.
En ce moment, le projet le plus concret pour la raffinerie de Lévis est l'inversion du flux de la ligne 9 d'Enbridge qui permettrait d'amener le pétrole de l'ouest jusqu'à Montréal, puis vers Lévis en bateau.