Selon le gouvernement terre-neuvien, la série de quatre centrales, dont la construction coûterait 6,5 milliards $, provoquera des répercussions sur la portion de la rivière qui prend sa source sur le territoire que Terre-Neuve-et-Labrador estime posséder depuis 1927. Le Québec n'a jamais reconnu cette frontière.

Ultime effort de Terre-Neuve pour bloquer la Romaine

Terre-Neuve-et-Labrador a ressuscité sa vieille querelle avec le Québec sur les frontières du Labrador dans l'espoir de bloquer le projet hydro-électrique de La Romaine. Les chances du gouvernement de Dany William d'y parvenir sont minces.
Les objections sont contenues dans une lettre, déposée en novembre, devant la commission chargée d'étudier les impacts sur l'environnement provenant du complexe qu'Hydro-Québec veut ériger sur la Romaine, une rivière coulant sur la Côte-Nord.
Selon le gouvernement terre-neuvien, la série de quatre centrales, dont la construction coûterait 6,5 milliards $, provoquera des répercussions sur la portion de la rivière qui prend sa source sur le territoire que Terre-Neuve-et-Labrador estime posséder depuis 1927. Le Québec n'a jamais reconnu cette frontière.
Le mémoire soutient qu'Hydro-Québec ne respecte pas les limites territoriales «conformes à la Constitution» canadienne. Il trouve «inacceptable» qu'Ottawa juge «suffisant un document comportant une erreur en droit et en fait aussi flagrante».
Pour les procureurs terre-neuviens, le complexe hydroélectrique entraînera un impact sur une espèce menacée, le caribou des bois, en ouvrant à la chasse ce secteur.
Ils plaident qu'Hydro ne les a pas convaincus que «des crues soudaines n'entraîneront pas d'inondations au Labrador». Ils croient que le petit secteur qui sera inondé pour La Romaine-4 entraînera une contamination au mercure des poissons qui se retrouvent au nord comme au sud de la frontière.
Les autorités de Terre-Neuve se plaignent du comportement d'Hydro et de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale. La société d'État québécoise a refusé de rencontrer les représentants de Terre-Neuve, aucun document n'a été rédigé en anglais et l'Agence fédérale n'a rien pu faire dans les deux cas.
Le rapport d'évaluation qui statuera sur les impacts du projet La Romaine doit être remis à Québec et à Ottawa, le 27 février. Ils auront 60 jours pour le rendre public.
Pas de répliques
À Ottawa, comme à Québec ou comme chez Hydro, les porte-parole n'ont pas voulu dire si la sortie des Terre-Neuviens pourrait retarder le lancement des travaux, souhaité pour 2009. Aucun n'a voulu répliquer aux arguments soulevés dans le mémoire.
En haut lieu, à Québec, on se borne à dire que la centrale La Romaine la plus au nord se trouve à une dizaine de kilomètres de la frontière revendiquée par Terre-Neuve-et-Labrador. Hydro a repris le même point de vue. «La zone d'influence des aménagements hydro-électriques et de ses composantes est entièrement située au Québec.»
Des sources québécoises soutiennent que Terre-Neuve-et-Labrador tente de faire obstacle à La Romaine pour préserver les minces chances de lancer son propre projet, la construction d'installations sur le Bas-Churchill, au Labrador. Selon ces informations, les 1500 mégawatts que produira le complexe La Romaine monopoliseront ce qui reste de capacité de transport sur les lignes à haute tension d'Hydro.
Dans une telle éventualité, l'aménagement du Bas-Churchill nécessiterait des longues discussions pour construire une nouvelle ligne de transport. Terre-Neuve-et-Labrador rêve depuis des décennies de produire de l'électricité sur cette rivière. Le mémoire déposé en novembre fait allusion à ce projet «le plus prometteur en Amérique du Nord». Le gouvernement a même examiné des plans pour faire passer sous le golfe Saint-Laurent des lignes à haute tension pour vendre l'énergie dans le nord-est des États-Unis.