Donald Trump a affirmé que les coupes annoncées par GM avaient ranimé l’idée d’imposer des tarifs douaniers sur les importations de véhicules automobiles.

Trump veut taxer les autos importées

WASHINGTON — Donald Trump a signalé mercredi son intention d'imposer effectivement des taxes douanières sur les importations de voitures aux États-Unis pour protéger l'industrie automobile américaine.

Une menace particulièrement redoutée en Allemagne, où l'automobile est un secteur clé de l'économie.

Prenant pour prétexte l'annonce de plan social du constructeur américain General Motors (GM), le président républicain a justifié l'existence de telles mesures protectionnistes soulignant qu'elles avaient fait leur preuve pour prémunir les camionnettes à plateaux (ou pick up) de la concurrence étrangère.

«Si nous avions fait de même avec les voitures venant ici, bien plus de voitures auraient été fabriquées ici», a-t-il écrit dans un tweet. «... et GM ne fermerait pas ses usines dans l'Ohio, le Michigan et le Maryland», a-t-il ajouté dans un deuxième tweet.

Donald Trump a par ailleurs missionné son représentant au Commerce (USTR) Robert Lighthizer «d’examiner tous les outils à disposition pour égaliser les tarifs douaniers (chinois) imposés à l’automobile» américaine, a annoncé l’USTR dans un communiqué.

Les taxes douanières chinoises imposées aux voitures américaines s’élèvent à 40 %, a-t-il indiqué. «C’est plus que le taux de 15 % que la Chine impose à ses autres partenaires commerciaux», a-t-il dénoncé.

Le président a été en partie élu grâce à sa promesse de faire renaître les emplois industriels.

Voitures européennes bientôt taxées?

La Maison-Blanche avait annoncé fin mai son intention d'imposer des tarifs douaniers de l'ordre de 25 % sur les importations automobiles pour défendre ce secteur, symbole de l'industrie manufacturière des États-Unis.

Celui-ci illustre aussi à lui seul les déséquilibres commerciaux que le président républicain ne cesse de dénoncer.

En 2017, un peu moins de la moitié (8,3 millions) des quelque 17 millions de voitures vendues aux États-Unis avaient été importées.

Les voitures importées du Canada et du Mexique, qui viennent de conclure un nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis (AEUMC), seront exemptées.

Ces deux pays produisent une majorité des voitures importées aux États-Unis (4,27 millions) devant le Japon (21 % des importations), l'Allemagne (11 %) et la Corée du Sud (8 %).

Fin mai, Donald Trump avait chargé le département au Commerce de mener une enquête approfondie pour établir la pertinence et l'ampleur potentielle de telles taxes.

Puis durant l'été, l'administration Trump avait mené des auditions des principaux acteurs américains et étrangers. Elle avait aussi passé au crible les centaines de commentaires par écrit, pour la plupart hostiles, à de telles taxes.

Le département au Commerce n'a pas encore remis de rapport finalisé à la Maison-Blanche, a indiqué à l'AFP un porte-parole. Mais un rapport préliminaire circule contenant son diagnostic, ses recommandations en terme de montant des taxes et les pays ciblés.

C'est in fine Donald Trump qui prendra une décision.

«Le président dispose d'un grand pouvoir sur cette problématique», a également souligné Donald Trump, allusion au fait qu'il peut aller au-delà des recommandations de son secrétaire au Commerce Wilbur Ross.

Des représailles européennes déjà prêtes

Selon la presse allemande, l'Union européenne serait visée par ces taxes qui pourraient être annoncées la semaine prochaine après le sommet du G20 en Argentine.

Si tel était le cas, cela mettrait fin à la trêve conclue, fin juillet, entre Donald Trump et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

À Washington, la délégation européenne s'est contentée de rappeler les propos tenus récemment par la Commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström.

«L'Union européenne a une liste de taxes douanières prête si les Américains imposaient des taxes sur les voitures», avait-elle déclaré lors d'une visite dans la capitale fédérale tout en rappelant que selon les termes de l'accord de juillet, l'imposition de nouvelles taxes est suspendue tant que les discussions se poursuivent.

Mme Malmström avait toutefois reconnu que l'Europe n'avait «reçu aucune assurance» qu'elle serait exemptée en cas de nouvelles taxes automobiles.

À Bruxelles, on indique qu'aucune rencontre bilatérale n'est pour l'instant prévue au G20 entre Jean-Claude Juncker et Donald Trump, même s'«il n'est pas exclu qu'ils se croisent en marge du sommet».

En France, le ministère de l'Économie a affirmé ne pas disposer «d'information sur ce qui est sur la table ou pas du président des États-Unis».

«Par principe, ce sont des mesures que nous réprouvons. Nous estimons qu'elles sont dépourvues de légitimité et même de base juridique», a-t-on poursuivi.

Les économistes mettent, eux, en garde contre des mesures protectionnistes pour un secteur jugé stratégique.

Les constructeurs américains eux-mêmes n'ont pas manqué de faire part publiquement de leurs craintes pour l'emploi américain.

Les États-Unis imposent des droits de douane très faibles à l'importation de voitures. L'Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, la Chine sont bien plus restrictifs.

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LE PRÉSIDENT D’UNIFOR SOUHAITE QUE TRUDEAU SOIT AUSSI FERME QUE TRUMP AVEC GM

WASHINGTON — Le dirigeant du plus important syndicat de travailleurs de l’automobile au Canada souhaite que le premier ministre Justin Trudeau soit aussi ferme avec General Motors que l’a été le président américain Donald Trump cette semaine.

Le président d’Unifor, Jerry Dias, a également exhorté les deux hommes à ne pas signer le nouvel accord commercial entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, et à faire front commun pour imposer des droits de douane de 40 % sur les véhicules GM construits au Mexique.

M. Dias souhaite que le constructeur renonce à supprimer plus de 14 000 emplois aux États-Unis et au Canada, dont 2500 à l’usine d’Oshawa, en Ontario. Il était à Washington mercredi pour rencontrer des responsables afin de discuter de la suite des choses. Selon lui, il est temps que le Canada et les États-Unis unissent leurs efforts et maintiennent un front uni contre l’entreprise, qui supprime également 3300 emplois sur les chaînes de montage américaines. Près de 8100 employés des services administratifs devraient accepter une indemnité de départ volontaire, et d’autres seront remerciés.

Pour le syndicaliste, il est clair que GM délocalise ses activités de fabrication à l’extérieur du Canada et des États-Unis, et que les pertes d’emplois se poursuivront si les deux gouvernements n’imposent pas des tarifs douaniers sur les exportations étrangères - nommément du Mexique et de la Chine.

M. Trump a déjà averti GM que la Maison-Blanche retirerait toutes les subventions américaines si le constructeur ne renonçait pas aux coupes annoncées, mais le président n’a pas fourni beaucoup de détails sur ces mesures de rétorsion.

Selon M. Dias, le nouvel accord commercial entre les États-Unis, le Canada et le Mexique (AEUMC), qui doit être signé par les trois partenaires cette semaine lors du sommet du G20 en Argentine, pourrait être compromis par ces coupes massives chez GM.

«Je pense que le Canada et les États-Unis devraient appliquer les freins immédiatement», a déclaré le président d’Unifor à son arrivée à l’ambassade du Canada à Washington, mercredi. «L’encre n’est même pas sèche et General Motors a déjà violé complètement ce que nous essayons d’accomplir. Je pense donc que le Canada et les États-Unis devraient dire à General Motors : «Écoutez, vous retardez la signature de cette entente, vous en portez le poids. C’est vous qui retardez tout le processus.»»

Délocalisations au Mexique

Outre la fermeture de l’usine d’Oshawa, les réductions annoncées par GM impliquent la fin de la production dans quatre autres usines aux États-Unis, notamment en Ohio et au Michigan, dans un Midwest qui a voté Trump. GM prévoit de supprimer 3300 emplois dans le secteur de la production au sud de la frontière, et de supprimer 8000 emplois salariés dans les services administratifs, ce qui représente une économie de 6 milliards $ US d’ici 2020.

M. Dias estime que GM souhaite résolument délocaliser ses activités de fabrication, notamment au Mexique et en Chine, ce qui signifie que les pertes d’emplois se poursuivront à moins que le Canada et les États-Unis n’augmentent la pression, selon lui.

Le syndicaliste estime que l’imposition d’importants tarifs douaniers sur les produits mexicains «attirerait immédiatement leur attention» - même si cette position peut sembler contradictoire, puisque le syndicat lutte contre les tarifs douaniers imposés par la Maison-Blanche sur l’acier et l’aluminium.

«Cela peut sembler audacieux, musclé, contre-productif, admet-il, mais nous avons affaire à une entreprise qui s’en fiche éperdument. Ils ont regardé (les négociations sur l’AEUMC) se dérouler, ils ont écouté pendant 15 mois et aujourd’hui, ils s’en moquent. Tout tourne autour de leurs actionnaires, du conseil d’administration : ça n’a rien à voir avec les gens.»

Flavio Volpe, président de l’Association canadienne des fabricants de pièces d’automobile, comprend les frustrations du leader syndical. Mais il croit que le Canada commettrait une grave erreur en empruntant l’attitude intransigeante du président Trump, à l’heure où Ottawa tente justement de négocier sa propre sortie de crise sur les exportations d’acier et d’aluminium.

«Vous ne pouvez pas espérer profiter des avantages de l’AEUMC en luttant simultanément contre des tarifs et en approuvant d’autres tarifs qui visent en particulier une entreprise», a déclaré M. Volpe en entrevue. «Jerry (Dias) est un joueur très important et positif dans la lutte pour le secteur automobile canadien, mais cette idée de tarifs douaniers est mauvaise.»

«Make America Great Again»

La victoire du président Trump aux élections de 2016 a été remportée en grande partie grâce à une base de cols bleus dans le Midwest, qui ont été séduits par sa promesse de ramener des emplois dans le secteur manufacturier américain, durement touché. Il a menacé mardi de retirer son soutien à GM si l’entreprise ne revenait pas sur sa décision.

M. Trump en a rajouté mercredi en affirmant que les coupes annoncées par GM avaient ranimé l’idée d’imposer des tarifs douaniers sur les importations de véhicules automobiles. «Le président dispose d’un important pouvoir en cette matière», a écrit le président sur Twitter. «À cause de l’affaire GM, c’est à l’étude présentement!»

General Motors a expliqué lundi que les coupes annoncées faisaient partie d’un important virage destiné à positionner l’entreprise face à la domination future des véhicules électriques et autonomes.

Pour le syndicaliste Dias, rien n’empêche que ce travail se fasse aussi au Canada. «On ne parle pas de transformer des voitures en vaisseaux spatiaux! C’est toujours une voiture; c’est exactement la même voiture, elle intègre simplement une technologie différente», a-t-il estimé.

L’entreprise a d’ailleurs ouvert un centre de recherche de haute technologie l’an dernier à Markham, en Ontario, non loin de l’usine d’Oshawa, ajoute M. Dias. «Ils peuvent certainement y développer cette technologie puis l’appliquer dans une voiture qu’ils assembleront cinq milles plus loin.»  La Presse canadienne