Le président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie, Éric Dubé, à droite, entend poursuivre ses démarches afin de convaincre François Bonnardel et François Legault que son tronçon ferroviaire peut être réparé en totalité avant 2026.

Tronçon ferroviaire matapédia-gaspé: un délai de sept ans critiqué

NEW RICHMOND — Selon le premier ministre François Legault, il faudra sept ans de plus pour terminer la remise en état du tronçon ferroviaire entre Matapédia et Gaspé. Ce délai est jugé trop long par un nombre important d’acteurs de la scène économique et municipale gaspésienne.

Depuis 2015, ce tronçon de 325 kilomètres est en dormance sur les 200 kilomètres de son extrémité est. Toutefois, près des deux-tiers de son trafic de marchandises est généré par des clients situés sur la portion en dormance. 

Cette situation génère d’importants frais de transbordement par camion des pales éoliennes de LM Windpower à Gaspé et d’une partie de la production de Ciment McInnis à Port-Daniel pour se rendre au rail à New Richmond.

En confirmant une fois de plus la réfection du tronçon gaspésien jeudi à New Richmond, le premier ministre Legault a indiqué que «pendant notre peak [sommet des travaux] dans un an, 170 nouveaux emplois seront créés […] des emplois payants, qui vont durer sept ans».

Il s’agit de la première fois qu’un échéancier de réfection est évoqué par le gouvernement québécois depuis que son prédécesseur Philippe Couillard avait annoncé le 5 mai 2017 une somme de 100 millions M$ pour réparer la voie ferrée entre Matapédia et Gaspé. Il reste 85 M$ de cette somme.

Appelé à préciser comment un projet de 6,3 milliards $ comme le Réseau express métropolitain peut être réalisé en trois ans et quart à Montréal alors qu’il faudra sept ans pour réparer avec 100 M$ un chemin de fer qui existe déjà en Gaspésie, François Legault a fait valoir que les 170 emplois en construction dureraient plus longtemps.

Emplois permanents

À ce sujet, le député de Bonaventure à l’Assemblée nationale, Sylvain Roy souligne que «la création d’emplois de qualité associée à la consolidation de l’économie par l’utilisation du rail serait porteuse de prospérité plus durable. L’accès à la mobilité et au transport sont des déterminants de la prospérité d’une région plus que la mise en place des infrastructures de transport. Les délais pourraient être plus courts, c’est évident, et chaque année d’attente peut signifier des pertes d’occasions d’investissement pour des entrepreneurs dont les plans d’affaire nécessitent l’accès au rail».

Le ministre des Transports, François Bonnardel, qui accompagnait le premier ministre, a justifié le délai de sept ans en précisant qu’il reste «beaucoup, beaucoup de travail» pour compléter la réfection. «Je sais qu’on aimerait ramener ça à trois-quatre ans, mais c’est impossible».

Le maire de Gaspé, Daniel Côté, trouve exagéré le temps de retour du train dans sa ville. Il visait 2022, pas 2026. «Je m’attendais à un délai bien plus court que ça […] C’est beau, les 170 emplois dans la réfection, mais les 500 emplois de LM Windpower qui dépendent du transport de pales par rail vers le Texas sont beaucoup plus importants. Ils sont permanents».

Alexandre Boulay, directeur de LM Windpower, croit «qu’il faut accélérer le pas. Il faut penser à des travaux d’hiver. Il y a moins de travaux l’hiver et les entrepreneurs sont plus disponibles. En novembre 2016, nous avons amorcé l’expansion de l’usine de Gaspé à la fin de novembre et les travaux ont été faits en hiver. Il faut aussi penser à des devis de performance, une méthode qui permet la livraison de projets dans des délais plus courts».

Geneviève Braconnier, conseillère municipale de New Richmond, croit qu’il est crucial d’assurer la capacité concurrentielle de LM Windpower en rétablissant le chemin de fer à Gaspé. Les pales parcourent 200 kilomètres en camion, un mode plus coûteux, pour rejoindre le rail. «On est ici dans le maintien de l’expertise. LM est un leader mondial», dit-elle.

La mairesse de Chandler, Louisette Langlois, trouve aussi très long le délai de sept ans évoqué par François Legault. «Quatre ans, oui, mais sept ans? C’est mon port de mer que je tente de relancer. On a du tonnage qui viendra de Ciment McInnis. Par rail, les coûts de transport sont inférieurs».

Réduire le délai

Éric Dubé, maire de New Richmond et président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG), croit qu’il y aura moyen de réduire le délai. «On va discuter avec M. Legault et M. Bonnardel pour tenter d’aller plus vite». 

La SCFG, l’exploitant des trains, est une société sous contrôle municipal, alors que la voie ferrée est la propriété depuis mai 2015 du ministère québécois des Transports.

En 2018, la SCFG a transporté 4323 wagons entre New Richmond et Matapédia, presque trois fois plus qu’en 2015. Cette croissance se poursuivra en 2019 mais son rythme pourrait ralentir parce que Ciment McInnis n’a pas accès directement au rail passant dans son usine.