La circulation ferroviaire a triplé en Gaspésie depuis 2015 et elle pourrait tripler encore quand le tronçon sera rouvert jusqu’à Gaspé.

Tronçon ferroviaire Matapédia-Gaspé: «le budget de la continuité»

NEW RICHMOND — Les défenseurs de la réfection du chemin de fer en Gaspésie accueillent favorablement la continuité et ce qu’il est maintenant convenu d’appeler l’accélération des travaux d’amélioration du tronçon Matapédia-Gaspé, tel que présenté dans le budget québécois de jeudi.

Le gouvernement caquiste a inscrit 85 millions $ dans l’enveloppe budgétaire liée au chemin de fer gaspésien, une somme qui est en fait le solde des 100 millions $ annoncés en mai 2017 par l’ex-premier ministre libéral Philippe Couillard.

Le maire de Gaspé, Daniel Côté, sait bien que les usagers de sa ville ne reverront pas les trains rouler cette année ou même l’an prochain, parce que des études doivent être faites avant que cette éventualité puisse être envisagée, mais il voit les choses débloquer depuis 2018.

«C’est le budget de la continuité. Les 85 millions $ équivalent aux 100 millions $ moins les 15 millions $ investis l’an passé. Pour le retour du train à Gaspé, c’est sur papier, mais il faut mettre à jour le papier afin d’avoir l’argent pour que les travaux aient lieu. Ce qu’on voit, c’est que ça accélère, avec le nouveau gouvernement», précise M. Côté.

En 2015, lors de l’achat du tronçon par le ministère des Transports du Québec, le gouvernement Couillard a décrété la mise en dormance de la portion Caplan-

Gaspé, soit sur 200 des 325 kilomètres de l’axe Matapédia-Gaspé.

Pourtant, la cimenterie de Port-Daniel était en construction à l’époque, et l’usine LM Wind Power de Gaspé était en négociation pour d’importants contrats d’exportation de pales pour les États-Unis.

Le résultat, c’est que les pales de Gaspé et le ciment de Port-Daniel doivent actuellement parcourir d’assez longues distances en camion pour atteindre des points de transbordement sur le rail, à New Richmond principalement, malgré la présence du chemin près des usines d’origine.

Le président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie, Éric Dubé, voit aussi une accélération de la réfection de la voie ferrée sur laquelle sa firme, sous contrôle municipal, évolue en tant qu’exploitant des trains de marchandises.

Deux déblocages

«L’argent ayant été placé sous la responsabilité du Bureau québécois des infrastructures, il n’est pas soumis à des contraintes budgétaires annuelles, il est là pour servir à mesure que les projets débloquent», souligne M. Dubé.

Au moins deux déblocages majeurs verront le jour en 2019. Le remplacement des deux ponts ferroviaires de Cascapédia-Saint-Jules devrait recevoir sous peu son approbation environnementale, puisqu’ils passent au-dessus d’une rivière à saumons. Ces deux ponts pourraient coûter entre 20 et 30 millions $, peut-être plus.

«En construisant les nouveaux ponts à côté des deux vieux, le coût est diminué parce que la circulation ferroviaire n’aura pas à être interrompue. Il n’y a pas de besoin de faire ces ponts en six semaines», signale M. Dubé.

Présentement, ces deux ponts constituent un goulot d’étranglement parce que Transports Québec limite à 10 unités par semaine le nombre de wagons de ciment chargés à la limite permise de 268 000 livres. Le problème est en partie résolu en chargeant ces wagons aux deux tiers de leur capacité et en complétant le chargement à l’ouest des ponts, à Nouvelle. Il n’y a pas de limite pour les wagons de pales parce qu’ils sont légers, même chargés. 

Appel d’offres

Deuxième déblocage, Transports Québec a lancé le 20 mars un appel d’offres d’au plus 10 millions $ pour le remplacement de 30 000 à 40 000 traverses de bois entre Matapédia et Port-Daniel.

La réouverture du chemin de fer sur les 72 kilomètres séparant Caplan et Port-Daniel pourrait se concrétiser avant la fin de 2020, dans le meilleur des scénarios. Le maire Daniel Côté croit que la réouverture du chemin de fer entre Port-Daniel et Gaspé arrivera en 2022.

Le trafic de marchandises a presque triplé entre Matapédia et Caplan entre 2015 et 2018, de 1624 à 4323 wagons, une hausse attribuable essentiellement aux marchandises venant de la portion en dormance et rejoignant le rail par camion. Ce trafic pourrait tripler encore quand la voie sera ouverte jusqu’à Gaspé.