Troisième phase plus ambitieuse pour Aluminerie Alouette

Le scénario de la troisième phase d'expansion d'Aluminerie Alouette prend de l'ampleur. L'ambitieux projet sur la planche à dessin a été revu à la hausse, dépassant maintenant le cap du 2 milliards $ d'investissements, a appris Le Soleil.
«On évalue aujourd'hui que la phase 3 coûterait entre 2 et 3 milliards $», a confirmé le président et chef de la direction, Claude Boulanger. L'estimation précédente oscillait entre 1,5 et 2 milliards $. «La troisième phase sera plus grosse que ce qu'on a dit au départ [...] en termes de coûts et de tonnage», a poursuivi le grand patron.
C'est que l'aluminerie vient de mettre la touche finale à son étude de préfaisabilité, un travail qui s'est échelonné sur 10 mois. Le volumineux document de quelque 700 pages examinant le projet d'expansion, qui prévoit la construction d'une nouvelle salle de cuves à l'usine de Sept-Îles, a été transmis vendredi, aux propriétaires de l'aluminerie. 
«C'est très complet», assure M. Boulanger. On apprend notamment que l'entreprise aurait à construire environ 240 cuves pour produire 400 000 tonnes supplémentaires de métal gris par année. C'est 25 % de plus que ce qui était prévu. Au total, les installations de Sept-Îles en viendraient donc à une production de plus d'un million de tonnes par an.
<p>Le président et chef de la direction d'Aluminerie Alouette, Claude Boulanger</p>
«Ça nous positionnerait dans le top 10 mondial», lance le pdg. La technologie des futures cuves a aussi été ciblée. L'aluminerie opterait pour l'AP60, qui existe à l'usine pilote de Rio Tinto Alcan au Saguenay. «C'est la plus récente qu'on connaît», souligne M. Boulanger, qui rappelle que le secteur est en constante évolution. 
«Il y a trois ans par exemple, l'AP60 n'était pas tout à fait née», dit-il. Une cuve à l'AP60 (Aluminium Pechiney) opère à 600 000 ampères, ce qui en fait une cuve «très productive», explique M. Boulanger. Pour l'heure, la presque totalité des cuves actuelles de l'aluminerie de Sept-Îles fonctionne à la technologie AP40LE (Low Energy). 
«Étape incontournable»
Bien que l'étude, qui a coûté plus de 6 millions $ à produire, ne scelle pas le sort de la phase 3, elle constitue «une étape incontournable et essentielle», dont les conclusions peuvent «encore évoluer». «C'est une base étoffée» pour que les propriétaires puissent «au moment opportun» réfléchir aux décisions à prendre, explique la direction. 
«Ils [les actionnaires] vont voir si c'est un projet qui rencontre leur besoin de rentabilité. Évidemment, le contexte du marché est extrêmement important pour la suite», indique M. Boulanger. La tonne de métal gris se transige autour de 1600 $. «La demande est là, mais les inventaires sont élevés [...] Le prix a de la difficulté à monter.» 
À ce stade, la «fenêtre d'opportunité» pour lancer la phase 3 se situe toujours entre décembre 2017 et 2019. L'aluminerie devra avant tout mener l'ingénierie de détails, mais l'entreprise «n'a pas d'idée, pour le moment» quand cette prochaine étape pourrait être franchie. Une étude conceptuelle et des solutions de rechange ont déjà été complétées. 
Bloc d'énergie garanti
En septembre, Québec a offert un tarif d'électricité plus compétitif à Alouette pour ses phases 1 et 2, qui doit être en vigueur de janvier 2017 à 2029. La modification a d'ailleurs été adoptée par décret, le 6 juillet. Pour la phase 3, les tarifs n'ont pas encore été discutés, mais un bloc d'énergie de 500 mégawatts a été garanti en 2011, par l'État. 
Aluminerie Alouette embauche un millier de travailleurs à Sept-Îles et prévoit produire 610 000 tonnes d'aluminium en 2016. L'expansion créerait entre 250 et 300 emplois de plus. L'aluminerie est un consortium de cinq propriétaires, dont le plus important est Rio Tinto Alcan avec 40 %. Investissement Québec détient aussi 6,67 % de l'entreprise.
La phase 3 en chiffres
• Investissements entre 2 et 3 milliards $
• Entre 250 et 300 emplois
• Production de 400 000 tonnes d'aluminium