Cara a payé 200 millions $ pour la chaîne «The Keg Steakhouse & Bar»

Trois joueurs possèdent 17 % des ventes de restaurants au Canada

L’acquisition des restaurants The Keg par les Entreprises Cara n’est que la plus récente étape de la consolidation d’une industrie entre les mains de trois grands joueurs qui, ensemble, contrôlent un sixième des ventes des restaurants canadiens.

Cara, MTY Food Group et Restaurant Brands International ont encaissé environ 10 milliards $ des 60 milliards $ dépensés dans les restaurants canadiens l’an dernier, selon une analyse de la firme NPD Group.

Des experts s’attendent maintenant à une poursuite de la consolidation et à une expansion de la part de marché du trio - ce dont pourraient profiter les consommateurs, mais qui pourrait aussi entraîner la disparition de certains restaurants indépendants.

«Ce sont les trois plus grands intégrateurs de l’industrie de la restauration», a dit un dirigeant de NPD, Roger Carter.

Ils possèdent ensemble des milliers de restaurants à travers le Canada, sous une multitude de bannières.

Cara - qui est maintenant la plus grande chaîne de restaurants à service complet du pays - compte quelque 1200 emplacements, dont Harvey’s et St-Hubert.

Le roi des aires de restauration, MTY, a pignon sur rue à quelque 2450 endroits, avec des bannières comme Sushi Shop, La Crémière, Jugo Juice et Franx Supreme.

RBI - la société mère de Burger King, Tim Hortons et Popeyes Louisiana Kitchen - dispose d’environ 4100 restaurants d’un bout à l’autre du pays.

Puisque le marché de la restauration est plutôt stagnant, explique M. Carter, les grandes chaînes prennent de l’expansion en achetant des bannières bien établies. L’an dernier, les ventes des restaurants à service complet ont glissé de 2 pour cent à 21 milliards $, mais celle des établissements de restauration rapide ont avancé de 3 pour cent à 27 milliards $, selon NPD.

L’acquisition de The Keg par Cara «respecte le modus operandi de Cara depuis quelques années», explique Sylvain Charlebois, le doyen de la faculté de gestion de l’université Dalhousie.

Cara avait acheté Pickle Barrel à la fin de l’an dernier et les rôtisseries St-Hubert en 2016.

RBI, qui est issu d’un regroupement entre Burger King et Tim Hortons, a pris de l’ampleur l’an dernier en mettant la main sur Popeyes.

De son côté, MTY a clôturé l’année 2017 en achetant le groupe Imvescor et ses cinq bannières: Bâton Rouge, Pizza Delight, Scores, Toujours Mikes et Ben & Florentine.

«La stratégie est d’acheter des parts de marché», a dit M. Carter.

De plus, les intégrateurs ne s’intéressent qu’à ces bannières qui vont bien et qui peuvent engraisser leurs profits, a-t-il ajouté. The Keg, par exemple, connaît une croissance intéressante de son achalandage et de ses ventes, selon NPD.

Avec une écurie de plusieurs bannières, les compagnies peuvent diversifier leurs stratégies, par exemple en offrant une carte cadeau qui pourra être utilisée dans différents restaurants - une manière d’attirer des consommateurs dont ne disposent pas les plus petits joueurs, explique M. Carter.

Les consommateurs pourraient profiter de cette consolidation si les compagnies leur refilent les économies engendrées par les regroupements, poursuit-il, mais on pourrait aussi assister à la disparition des restaurateurs indépendants.

«Je pense, ultimement, que ça intensifie la concurrence sur le marché en donnant plus de forces aux petites chaînes ou aux acteurs régionaux», a dit M. Carter.

Plus de 60 pour cent des quelque 72 000 restaurants du Canada sont des chaînes régionales ou des acteurs individuels, selon NPD. M. Carter croit qu’ils souffriront de ne pas avoir les mêmes ressources de marketing que les grands joueurs, et qu’ils devront faire preuve de stratégie pour témoigner de leur différence.

«Je pense que c’est une situation qui verra les plus forts survivre et évoluer, conclut-il. Ceux qui n’évoluent pas et ne s’adaptent pas aux changements du marché (...) vont disparaître.»