Devant un achalandage «extraordinaire», James Monti et Amado Hector Saucedo Grimaldo, l'un propriétaire et l'autre chef du restaurant L'Atelier, attendent avec impatience l'arrivée de leur nouvel employé Grégory Piquet qui débarquera de France dans les prochains jours.

Travailleurs étrangers temporaires: le cuisinier français tant attendu en route!

Mieux vaut tard que jamais. Son cuisinier français, James Monti l'attend d'un jour à l'autre.
«Nous attendons impatiemment la confirmation de son vol en direction de Québec», se réjouit le propriétaire du bistro L'Atelier, de la Grande Allée. «En espérant de tout coeur qu'il n'y aura pas, cette fois, un nouvel imbroglio.»
Grégory Piquet était attendu les bras ouverts au mois de mai dernier. Son nouvel employeur comptait sur lui pour venir donner un précieux coup de pouce derrière les fourneaux en prévision de la saison estivale qui approchait à grands pas. L'été n'est pas toujours de tout repos pour les restaurateurs qui, comme jamais durant l'année, doivent affronter la cruelle réalité de la pénurie de main-d'oeuvre dans leur secteur d'activité.
Le moratoire décrété par le gouvernement fédéral sur l'accès au programme des travailleurs étrangers temporaires dans le secteur de la restauration est venu bousiller les plans de James Monti et de Grégory Piquet, et ce, même si ce dernier avait préalablement reçu le feu vert des autorités canadiennes pour venir gagner sa croûte à Québec.
Arrivé à Québec le 17 mai, M. Piquet avait été forcé de rebrousser chemin le même jour, car son permis de travail n'avait pas été délivré en raison du moratoire. Il aurait pu rester à Québec et bénéficier du statut de touriste en attendant la levée du moratoire, mais James Monti et Grégory Piquet ont préféré jouer franc jeu avec les autorités canadiennes de l'immigration. Le chef français était donc reparti aussi vite qu'il était arrivé.
Au cours des derniers jours, Grégory Piquet a finalement pu obtenir la bénédiction de Citoyenneté et Immigration Canada pour venir pratiquer son art culinaire de la capitale pendant une année. «C'est maintenant une question de jours ou de semaines avant qu'il ne se pointe chez nous», affirme James Monti qui, une nouvelle fois, va payer de sa poche le billet d'avion de son futur employé.
Son arrivée est grandement attendue dans les cuisines du bistro L'Atelier. Depuis le début de la saison estivale, les cuisiniers ont de la broue dans le toupet. Les semaines de travail de 60 heures et plus sont devenues la norme. La relève étant pratiquement inexistante, les professionnels de fourneaux doivent redoubler d'ardeur pour servir les clients qui envahissent les établissements ces temps-ci. «Nous connaissons un été extraordinaire au plan de l'achalandage», signale M. Monti. Il parle d'une hausse de 20 % à 30 % des affaires. Des résultats qui approchent ceux de 2008, l'année du 400e anniversaire de la ville de Québec.
«Je n'aime pas surtaxer mon personnel. Je ne veux pas le brûler. Il y a des risques à leur demander continuellement de faire des heures supplémentaires. À la longue, ils finissent par se tanner et ils s'en vont. Et nous, les restaurateurs, nous nous retrouvons avec moins de ressources dans nos cuisines. Nous jouons un jeu dangereux. C'est pourquoi nous devons pouvoir compter sur des travailleurs étrangers temporaires», plaide-t-il.
Accessibilité restreinte
Au moment de la levée du moratoire en juin dernier, il y avait 300 dossiers en attente au Québec, selon l'Association des restaurateurs du Québec.
«J'imagine que le traitement de ces dossiers progresse normalement puisque nous n'avons pas reçu de plainte de la part de nos membres», signale François Meunier, le vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l'association. Selon ce dernier, la révision en profondeur apportée en juin par le ministre fédéral de l'Emploi, Jason Kenney, au programme de travailleurs étrangers temporaires dans le but d'en limiter le nombre n'aidera pas la cause des restaurateurs aux prises avec des pénuries de personnel. 
Seuls ceux provenant de régions affichant un taux de chômage de moins de 6 % pourront recourir au programme. Actuellement, les restaurateurs de Québec peuvent le faire. Ce n'est pas le cas pour ceux de Montréal, car le taux de chômage y dépasse 8 %. De plus, les frais d'ouverture de dossier passent de 275 $ à 1000 $. «Rien pour en améliorer l'accessibilité», tranche M. Meunier.
La semaine dernière, au terme d'une rencontre avec ses homologues provinciaux à Charlottetown, le ministre Kenney mentionnait qu'il pourrait permettre des exemptions à la récente réforme du programme des travailleurs étrangers temporaires, notamment pour les secteurs présentant de très faibles taux de chômage situés dans des régions comptant un plus grand nombre de sans-emploi. Il a toutefois insisté pour dire qu'il ne fera aucun compromis quant à l'objectif principal de la réforme, soit de s'assurer que le programme ne soit pas utilisé pour embaucher de la main-d'oeuvre à bon marché au lieu de faire appel à des Canadiens sans gagne-pain. 
Avec La Presse Canadienne