Capucine Bénier (France), Ibrahima Ba (Sénégal), Massinissa Djerroud (Algérie), Félix Wu (Chine), et Toufik Zidelmal (Algérie) sont tous employés par Frontmatec, à Saint-Anselme.

Travailleurs étrangers: des entreprises réclament une voie rapide et simplifiée

Chez Frontmatec, faute de main-d’œuvre, on doit délocaliser des tâches dans d’autres régions ou d’autres pays. Chez TMS Système, on refuse des contrats. Chez Exceldor, on paie du temps supplémentaire pour suffire à la demande. C’est pourquoi une quinzaine d’entreprises de Bellechasse ont interpellé jeudi les politiciens pour demander de faciliter et d’accélérer les processus d’embauche de travailleurs étrangers.

«L’immigration est une solution à la rareté de main-d’œuvre et a une valeur ajoutée dont aujourd’hui nos organisations ne peuvent pas se passer», a fait valoir Marie-Pier Cloutier, directrice des ressources humaines pour Frontmatec, à Saint-Anselme.

Elle s’est faite la porte-parole d’un regroupement d’entreprises de Bellechasse, parmi lesquelles Creaform, IPL et Groupe P. Bolduc. Ensemble, elles ont un chiffre d’affaires d’environ 2 milliards $ et embauchent quelque 400 travailleurs immigrants et en attendent 154 autres. Mais elles ont quelque 800 postes à pourvoir pour l’année 2019. Toutes sont dans le même bateau et s’arrachent les candidats. Elles ont voulu se faire entendre alors que l’immigration fait les manchettes en pleine campagne électorale.

Mme Cloutier indique que les entreprises font preuve de beaucoup d’ingéniosité pour attirer les travailleurs. Aucun effort n’est ménagé : promotion dans les écoles, foires d’emploi, prime quand on réfère un employé, formation de travailleurs non qualifiés. Les salaires ont grimpé, surtout pour certains métiers en pénurie.

«Les entreprises se sont adaptées à cette réalité-là déjà. Mais je pense que ce n’est plus suffisant parce qu’on reste quand même dans un même bassin de main-d’œuvre», explique-t-elle. «Il faut maintenir et même accroître l’accueil de travailleurs étrangers pour assurer un maintien et une croissance de nos organisations.»

Chez Frontmatec, anciennement SFK Leblanc, qui se spécialise dans la conception et la fabrication d’équipements pour les usines de transformation de viande, la croissance a été de 150 % dans les trois dernières années. On embauche quelque 300 personnes, dont 15 à 20 travailleurs étrangers. La pénurie se fait sentir pour tous les postes : programmeur, ingénieur, machiniste, soudeur, même si les salaires oscillent entre 40 000 $ et 100 000 $.

Marie-Pier Cloutier, de Frontmatec, s’est fait la voix d’une quinzaine d’entreprises de Bellechasse qui demandent des processus moins complexes et plus rapides pour l’embauche d’immigrants.

Actuellement, il faut entre six et huit mois avant d’accueillir un travailleur étranger, avec une facture d’environ 5000 $, note Mme Cloutier. «L’ensemble des démarches, c’est compliqué», confirme le travailleur Massinissa Djerroud, d’Algérie.

Délais et sélection

Le regroupement demande en priorité que les politiciens s’attaquent aux délais et à la complexité des démarches. À plus long terme, il souhaite aussi que la grille de sélection pour les résidents permanents soit revue pour mieux prendre en compte des variables comme le type d’emploi et la région du travailleur. On voudrait qu’une région avec un taux de chômage très faible, comme Chaudière-Appalaches (2,6 %), soit privilégiée.

La Coalition avenir Québec, bien qu’elle veuille diminuer le seuil d’immigration d’un peu plus de 50 000 à environ 40 000, indiquait cette semaine que les candidats étrangers voulant s’implanter à Québec et en Chaudière-Appalaches seraient traités en priorité s’il était élu. Le parti n’a toutefois pas indiqué comment il comptait s’y prendre pour ce «projet-pilote».

«Peu importe le parti politique, ce qu’on veut, c’est que ça réponde à nos besoins. C’est clair pour nous que d’accélérer le processus, ça fait partie des solutions», a commenté Mme Cloutier, en indiquant que c’était «extrêmement positif pour nous» que la région ait été ciblée.

Le Parti québécois se basera sur les recommandations de la vérificatrice générale pour établir le seuil d’immigration.

Il s’est engagé à revoir la grille de sélection et à choisir des candidats à l’immigration qui peuvent immédiatement combler les besoins, notamment en région. Il exigerait que les immigrants aient une connaissance suffisante du français avant d’arriver.

Le Parti libéral injecterait 15 millions $ pour favoriser l’intégration et la rétention des travailleurs. Le PLQ maintiendra les seuils d’immigration, tout comme Québec solidaire.