Dès les premiers jours du printemps, Sarah Bédard, à gauche, peut compter sur l'aide de deux vaillantes retraitées, Michèle-Odette Lepage et Louise Lebel.

Travailler dans une jardinerie, le petit bonheur des retraités

«Avant de prendre ma retraite, l'an dernier, je travaillais en psychiatrie dans le réseau de la santé. Un milieu difficile. Ici, je file le parfait bonheur!» Michèle-Odette Lepage raconte au Soleil qu'il lui a fallu huit mois après avoir pris sa retraite pour se rendre compte qu'il lui «fallait voir du monde».
Son «retour» sur le marché du travail, elle ne le voyait nulle part ailleurs que dans une jardinerie inondée de couleurs. Et pourquoi pas à la Ferme Bédard et Blouin de l'arrondissement de Beauport? La jardinerie est située à quelques coins de rue de sa résidence et elle connaît bien l'entreprise familiale puisqu'il y achète tous ses végétaux depuis longtemps.
Et l'horticulture ornementale, c'est sa passion. Simultanément à son travail dans le réseau de la santé, Michèle-Odette Lepage a complété, en 1982, une formation en fleuristerie. «Je travaillais le jour. J'étudiais le soir. Tout ça pour mon plaisir.»
Michèle-Odette Lepage représente un cadeau du ciel pour Sarah Bédard, qui doit s'assurer, jour après jour, que la jardinerie puisse toujours compter sur du personnel compétent en nombre suffisant pour servir et conseiller la clientèle.
Le tiers des 25 employés de la Ferme Bédard et Blouin est composé de retraités provenant principalement de la fonction publique et des réseaux de la santé et de l'éducation. Sarah Bédard affirme pouvoir compter sur une banque de candidatures intéressante. «À Québec, il y a beaucoup d'employés du gouvernement qui prennent leur retraite et il y a beaucoup de nouveaux retraités qui viennent se porter candidats.»
Pour une jardinerie, le défi est de trouver la main-d'oeuvre saisonnière nécessaire pour couvrir la forte période de pointe comprise entre la mi-avril et la fin du mois de juin. Pour aider les entreprises à recruter le personnel nécessaire, HortiCompétences - le comité sectoriel de main-d'oeuvre en horticulture ornementale - a mis sur pied, il y a quelques années, un projet d'intégration en jardinerie pour les travailleurs âgés de 50 ans et plus appelé Vivre de sa passion pour l'horticulture.
«Avec les jardineries, nous identifions les retraités et les préretraités qui ont développé au fil des ans, en raison de leur passion pour les végétaux, des compétences et des connaissances horticoles transférables en milieu de travail et qui pourraient être intéressés à retourner sur le marché du travail pendant quelques mois par année», explique Catherine Lamothe, chargée de projets chez HortiCompétences. Une fois sélectionnées, ces personnes reçoivent une formation préparatoire de trois jours offerte par l'Institut québécois du développement de l'horticulture ornementale à Saint-Hyacinthe pour peaufiner leurs connaissances et apprendre le b.a.-ba du service à la clientèle. Cette année, HortiCompétences a reçu un nombre record d'inscriptions. Le comité sectoriel de main-d'oeuvre n'a malheureusement pas pu compter sur un nombre suffisant d'entreprises pour réussir à placer tous les candidats intéressés.
La Ferme Bédard et Blouin participe à ce projet depuis deux ans. Sur les six participants présentement à l'emploi, quatre en sont à leur deuxième année. Dont Michèle-Odette Lepage.
«Le travail saisonnier, ça fait mon bonheur étant donné que je consacre beaucoup de temps au vélo durant la saison estivale. Dans la forte période de pointe, comme c'est le cas actuellement, je peux faire jusqu'à 30 heures par semaine. Ça va ensuite diminuer à 20 heures, puis à une quinzaine d'heures en juillet. Vous savez, je ne fais pas ça pour la paie. C'est le salaire minimum. Seulement et uniquement pour ma passion pour les plantes et pour le monde.»