L’entreprise Texel est spécialisée dans la fabrication de matériaux non tissés à usage technique déborde.

Travailler 32 heures et en être payé 40

Et si l’on vous proposait de travailler 32 heures par semaine la nuit et que l’on vous payait pour 40 heures, ça vous allumerait?

Si oui, courez vite chez Texel à Saint-Elzéar près de Sainte-Marie en Beauce.

La directrice des ressources humaines, Valérie Martin, a 10 postes à pourvoir. Principalement des opérateurs.

«Des lignes de production sont actuellement silencieuses, car nous n’avons pas la main-d’œuvre nécessaire pour les faire fonctionner», expose Mme Martin en précisant que le carnet de commandes de l’entreprise spécialisée dans la fabrication de matériaux non tissés à usage technique déborde.

Texel fait travailler entre 350 et 375 personnes dans ses usines à Saint-Elzéar, à Sainte-Marie et à Sherbrooke ainsi qu’à son centre de distribution à Boucherville.

Fondée en 1967, l’entreprise fabriquait, à l’origine, des couvertures de lit. Acquise en 2016 par la société américaine Lydall pour 96 millions $US, la compagnie est présente dans plusieurs marchés dont ceux de l’automobile, de l’horticulture et des matériaux géotextiles, notamment pour la stabilisation, la protection et le renforcement des aménagements routiers et le contrôle de l’érosion.

Texel ne manque pas d’ouvrage. 

«Nos dernières mises à pied temporaires remontent à 2007», fait remarquer Valérie Martin.

Son défi est de trouver les bras et les cerveaux nécessaires.

«Jusqu’à maintenant, ça va bien. Nous réussissons à trouver du personnel dans la région. Nous ne sentons pas le besoin d’aller recruter à l’étranger», explique Mme Martin.

Le programme de référencement interne fait mouche chez Texel. Un employé qui recrute un membre de sa famille, un ami ou une connaissance peut empocher jusqu’à 1000 $.

Ces dernières semaines, l’entreprise a eu recours aux médias régionaux pour faire connaître ses besoins de main-d’oeuvre. «J’ai même coanimé une émission de radio pendant deux heures pour parler de Texel!» mentionne-t-elle.

Du temps, s’il vous plaît

De l’activité, dans les usines de Texel, il y en a 24 heures par jour, sept jours par semaine.

L’une des difficultés rencontrées par Valérie Martin et son équipe est de dénicher des opérateurs pour les quarts de travail de nuit de semaine (40 heures du dimanche au vendredi de 23h à 7h) et de fin de semaine (32 heures du vendredi au dimanche). 

«Il y a beaucoup de mouvements de personnel de ce côté-là. Travailler la nuit, ce n’est pas évident. C’est travailler alors que tout le monde dort», indique la directrice des ressources humaines. 

«La rétention des salariés est difficile. Dès qu’un poste de jour s’ouvre, un employé de nuit pose sa candidature. Nous nous retrouvons donc, la nuit, avec beaucoup de personnel inexpérimenté. Il faut prendre le temps de le former. Avec le roulement de main-d’oeuvre, la formation, c’est toujours à recommencer.»

En collaboration avec le syndicat local, la direction de Texel a pris le pouls de sa trentaine d’employés de nuit pour déterminer la stratégie à adopter pour faire en sorte que le travail en dehors des heures normales soit plus attrayant.

«L’argent, oui, est un facteur important. Avoir 2 $ ou 3 $ de l’heure de plus dans ses poches, ce n’est pas déplaisant. À long terme, par contre, ce n’est pas un incitatif gagnant, nous ont dit nos salariés qui, pour la plupart, sont de jeunes parents. Ce dont ils ont besoin, c’est du temps. Du temps afin de pouvoir mieux concilier le boulot et la vie personnelle. Du temps de qualité pour accompagner les enfants dans leurs activités sportives et aussi pour faire l’épicerie et pour passer la balayeuse !» 

Une entente est finalement intervenue — et adoptée à 99 % par les travailleurs — en faveur de l’introduction d’un horaire de travail de nuit allégé sans aucune pénalité salariale. La nouvelle mesure est en vigueur depuis la mi-mars.

Une semaine sur deux, l’horaire de travail d’un salarié en poste la nuit du dimanche au vendredi passera de 40 à 32 heures. Son salaire, lui, ne bouge pas. L’employé travaillant 32 heures une semaine sur deux continuera d’être rémunéré pour une période de 40 heures.

Il bénéficiera d’un dimanche de congé sur deux. Sa semaine de travail commencera le lundi à 23h.

Dans le cas d’un travailleur de fin de semaine, la présence à l’usine est de 32 heures une semaine, 24 heures l’autre. Il continue d’être rémunéré pour une période de 40 heures.

Excluant les primes applicables (de soir, de nuit ou celle pour la formation des recrues), les heures de repas et les pauses payées par l’entreprise, le salaire d’un opérateur peut atteindre 30,49 $ l’heure, note Valérie Martin.