L’usine de Pêcheries Marinard décortique plusieurs millions de livres de crevettes du golfe du Saint-Laurent chaque année.

Transformation de la crevette: Pêcheries Marinard investit 7,5 millions $

CARLETON — La firme Pêcheries Marinard investit 7,5 millions $ dans un projet visant à maximiser la capacité de transformation de crevettes à son usine de Rivière-au-Renard, en Gaspésie. La compagnie compte augmenter significativement ses importations de crustacés du Groenland au cours des trois prochaines années, et y ajouter des approvisionnements du Chili.

La baisse importante des quotas de crevette du golfe du Saint-Laurent depuis 2015 et la nécessité de remplacer ces volumes afin de réduire les coûts fixes, maintenir les marchés puis offrir une période de travail plus longue aux 180 employés de l’usine constituent les principales raisons justifiant l’investissement.

«Les quotas du golfe revenant à des crevettiers québécois sont passés de 22 000 à 9000 tonnes métriques par année depuis 2015, pour quatre usines. On ne peut opérer à quatre millions de livres (un peu moins de 2000 tonnes métriques). On a fait appel à certains de nos actionnaires, les actionnaires français et danois, afin de diversifier nos approvisionnements et nous avons de la crevette du Groenland qui entre à l’usine», explique le président de Pêcheries Marinard, Benoit Reeves.

Cette année, l’approvisionnement à Rivière-au-Renard s’est établi à sept millions de livres, quatre millions venant du golfe du Saint-Laurent, et trois millions de livres venant du Groenland. Avant cette année, les importations livrées à cette usine étaient minimes, note M. Reeves.

«En 2009-2010, il était entré 16,5 millions de livres de crevettes à l’usine, et seulement de la crevette du golfe. Depuis, la capacité de l’usine a doublé. Nous pouvons maintenant transformer 40 millions de livres. Pour prendre de gros volumes de crevettes importées, il fallait refaire le système de maturation de la crevette, c’est-à-dire le système de décongélation. Il y a une grande différence entre de la crevette fraîche qui arrive du golfe et la crevette congelée qui entre du Groenland», explique-t-il.

Deux employés de Pêcheries Marinard montrent le dégrilleur qui sert à extraire l’eau des carapaces de crevettes, une première étape avant la production de poudre.

Importations

Des 7,5 millions $ investis entre le début de cette année et le printemps 2020, 4 M$ ont déjà été consacrés à un entrepôt de réception de la crevette importée. Le solde sera essentiellement injecté dans le système de maturation, qui sera prêt à fonctionner le 1er avril. Pêcheries Marinard a obtenu un prêt avec intérêts de 2,7 M$ d’Investissement Québec dans ce cas.

Des approvisionnements en provenance du Chili, où une crevette d’eau froide est aussi pêchée, s’ajouteront éventuellement aux livraisons du Groenland et du golfe du Saint-Laurent. «Nous avons déjà fait des contacts avec le Chili (…) Nous nous donnons trois ans pour arriver à un approvisionnement de 40 millions de livres, mais si nous atteignons 30 millions, ce sera ça de gagné», note Benoit Reeves.

L’augmentation du volume haussera le temps de travail de la main-d’œuvre actuelle de Pêcheries Marinard, en plus de mener à l’embauche éventuelle de 75 travailleurs additionnels, à raison de 25 de plus par an pendant trois ans. Les 25 premiers travailleurs viendront du Mexique, en raison de la pénurie de main-d’œuvre en Gaspésie.

Même si les quotas de crevette du golfe Saint-Laurent ont chuté de 2015 à 2018, pour se stabiliser en 2019, l’effort de pêche pour capturer une quantité donnée s’est beaucoup amélioré, cette année, a remarqué Benoit Reeves.

Effort de pêche

Cette réalité est confirmée par Patrice Élément, directeur de l’Office des pêcheurs de crevette de la ville de Gaspé, qui représente les crevettiers livrant leurs prises à Pêcheries Marinard et à Crevette du Nord Atlantique, de L’Anse-au-Griffon. Ces pêcheurs ont débarqué 10 millions de livres de crevettes en 2019.

«Les taux de capture se sont beaucoup améliorés entre 2018 et 2019. Je n’ai pas encore les chiffres, mais si on utilise comme mesure le nombre de livres par jour capturées par les pêcheurs, c’est important. Il y a six ou sept ans, c’était courant pour un pêcheur de prendre 10 000 à 12 000 livres par jour. C’était devenu l’exception au cours des deux dernières années. C’est redevenu courant de capturer 10 000 livres par jour, pas aussi souvent qu’avant, mais assez souvent. C’est un très bon signe», précise M. Élément.

Les crevettiers ont de plus profité d’un prix moyen record en 2019, à 1,80 $ la livre, comparativement à 1,37 $ il y a un an. «À l’échelle mondiale, il y a de moins en moins de crevettes nordiques sur les marchés et la demande ne diminue pas. On peut presque parler d’un produit de niche. Les gens sont prêts à payer pour un produit de qualité exceptionnelle», ajoute-t-il.

Un prix pour une firme

D’autre part, la firme Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, a gagné un prix national lié à ses exportations mercredi, lors du Gala MercadOr, organisé par Commerce international Québec. La compagnie spécialisée dans la transformation de poissons et de homard a gagné le prix «coup de cœur» du jury pour avoir su développer de nouveaux marchés malgré l’effondrement des stocks de morue au début des années 1990.

«Quand la morue a été frappée par un moratoire, en 1993, on a diversifié nos approvisionnements, avec du turbot, du flétan, du hareng, etc. En 2012, on a débuté la transformation du homard. On a transformé 2,5 millions de livres cette année», précise le président de la compagnie, Roch Lelièvre.

L’usine emploie entre 190 et 200 personnes en période de pointe du printemps et de la fin d’été, alors qu’ils étaient quelques dizaines il y a 25 ans. Le chiffre d’affaires annuel se situe entre 20 et 30 M$ par an et les exportations sont réalisées en Europe, en Asie et dans les Amériques.