Les investissements chez Desjardins dans les énergies fossiles sont de l’ordre d’environ 6,5 milliards $.

Trans Mountain: une offre qui tombe à point pour Desjardins

La promesse d’Ottawa d’acquérir pour 4,5 milliards $ le pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan tombe à point pour le Mouvement Desjardins qui faisait face aux critiques pour son financement dans ce projet.

Au cours des dernières semaines, plusieurs membres de la coopérative n’ont pas hésité lors des assemblées générales annuelles à dénoncer la participation de l’institution financière dans la construction du pipeline qui devrait transporter 325 millions de barils de pétrole annuellement.

D’ailleurs, près d’une trentaine de caisses sur environ 300 ont adopté une résolution exigeant que Desjardins retire son prêt de 145 millions $ accordé en 2017 à la pétrolière texane. Précisons que d’autres banques canadiennes sont aussi de l’aventure.

«Nous demandons à la direction de notre Mouvement coopératif Desjardins de mettre fin à ses investissements dans les pipelines de l’industrie des sables bitumineux et de transférer ses investissements dans les énergies qui respecteront la philosophie et l’éthique de notre Mouvement», pouvait-on entre autres lire dans la résolution de Ghislain Théberge, présentée à l’assemblée de la Caisse Piedmont Laurentien.

L’organisation Greenpeace avait aussi mis de la pression sur la coopérative de Lévis afin que cette dernière modifie entre autres les critères de son portefeuille d’investissements.

Aujourd’hui, grâce à l’offre du gouvernement fédéral, dont la transaction devra avant tout être conclue, Desjardins pourrait voir son prêt être remboursé par Ottawa.

Transition

La direction de l’institution financière refuse toutefois pour le moment d’élaborer sur cette possibilité. «On ne peut rien confirmer», avance au Soleil la porte-parole, Chantal Corbeil, concédant que ce scénario est plausible.

Récemment, devant la controverse, le Mouvement Desjardins a enclenché dans ses rangs «une transition vers une économie sobre en carbone». Cette mesure n’affecte toutefois pas les derniers prêts effectués à des compagnies dans le domaine des énergies fossiles.

«On veut de plus en plus investir dans les énergies renouvelables. Nous avons déjà environ 1 milliard $ dans des structures d’énergies renouvelables, comme des parcs solaires ou des éoliennes», explique Mme Corbeil. «En décembre dernier, nous avons fait une stratégie qui était le défi climatique. Ce que nous avons maintenant, c’est une nouvelle grille avec des critères ESG [environnement, social et gouvernance]. Maintenant, tous nos dossiers passent à travers cette grille avant d’être approuvés», poursuit-elle.

À ce jour, les investissements chez Desjardins dans les énergies fossiles sont de l’ordre d’environ 6,5 milliards $. Cela représente 3 % de ses actifs.

«Nous avons encore beaucoup de clients dans l’Ouest canadien, en Alberta, qui sont dans l’énergie fossile. On veut toujours les accompagner. Ils sont nos clients», affirme Mme Corbeil. «On parle ici de transition. On veut que les gens transigent vers une énergie plus sobre en carbone, mais on sait que cela va prendre plusieurs années avant de se faire», conclut-elle.

Au cours des derniers jours, des partis politiques et des organisations ont dénoncé le rachat du pipeline par Ottawa. L’entreprise Kinder Morgan évaluait les coûts de construction du projet à 7,4 milliards $.