Toys \"R\" Us s'est placé à l'abri de ses créanciers. Il s'agit d'une troisième restructuration annoncée par un géant du commerce de détail en l'espace de quelques mois.

Toys "R" Us: quand le modèle s'effrite

Toys "R" Us doit refaire ses devoirs. Devant une montagne de dettes, le détaillant américain s'est placé à l'abri de ses créanciers. Il s'agit d'une troisième restructuration annoncée par un géant du commerce de détail en l'espace de quelques mois. Sears Canada s'est également tourné vers les tribunaux et la Compagnie de la Baie d'Hudson a annoncé la mise à pied de 2000 travailleurs en Amérique du Nord.
Est-ce la fin d'une époque? Les magasins spécialisés ont-ils encore leur place? Quel est l'impact de l'envol de sites comme Amazon? L'agressivité de Walmart et de Costco augmente-t-elle la pression sur les autres détaillants? Yan Cimon, professeur agrégé à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, répond à nos questions.
Q Est-ce la fin des gros joueurs spécialisés dans le monde du commerce de détail?
R Non, ce n'est pas la fin. C'est toutefois la fin pour les compagnies qui n'ont pas été en mesure de s'adapter à la réalité d'aujourd'hui avec Internet. Dans sa formule, Toys "R" Us n'avait pas davantage clair à l'intérieur de la niche des jouets, soit au niveau des prix ou de ses produits. Souvent, les détaillants Internet peuvent offrir de meilleurs rabais, car ils ont des charges d'exploitation plus faibles. Ils ne détiennent pas un parc immobilier de magasins avec plusieurs employés. Ils ont aussi l'avantage de pouvoir connecter ensemble plusieurs joueurs indépendants et offrir l'impression d'une plus grande profondeur d'inventaire.
Q Quelle est l'erreur du détaillant de jouets qui s'est placé lundi en soirée sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites aux États-Unis? La compagnie a confié mardi avoir obtenu 3 milliards $US de financement afin de maintenir ses activités à travers le monde.
R Les autres ont été meilleurs. Cela ne veut pas dire que Toys "R" Us disparaîtra. Il y a de l'espoir pour ce type de chaîne, mais c'est clair qu'il y a beaucoup de travail à faire. La manière de vendre des produits n'est pas la même aujourd'hui qu'il y a 10 ou 15 ans. Toys "R" Us avait une formule qui fonctionnait très bien au départ. La période des Fêtes était essentiellement la locomotive pour le reste de l'année. Ce type de modèle est difficile à gérer dans un environnement où les marges sont toujours sous pression. Toys "R" Us a su devenir un incontournable dans le monde du jouet, mais l'entreprise a édulcoré la recette. Elle n'a pas pris suffisamment le virage du commerce électronique. La chaîne n'a pas été en mesure d'évoluer avec la demande de ses clients.
Q Récemment, le géant du commerce en ligne Amazon a fait les manchettes de plusieurs médias, notamment car il ne paie pas de taxes de vente au Québec et au Canada. La compagnie est-elle néfaste pour le commerce de détail?
R S'il y a des fermetures, ce n'est pas nécessairement et seulement la faute d'Amazon. Oui, c'est un concurrent et oui, il y a un impact. Toutefois, c'est le devoir d'une entreprise de réagir à l'action de ses concurrents. Pour le client, cette concurrence amène de meilleurs prix et permet de bonifier l'offre.
Q Les détaillants Walmart et Costco prennent de plus en plus de place dans le marché avec leur inventaire très diversifié, notamment dans les secteurs de l'alimentation, de l'électronique, des décorations et du vêtement. Les magasins spécialisés sont-ils encore pertinents? 
R Oui. Pour les jeux et les jouets, si on regarde Castello, Club Jouet, ou Benjo, il est encore possible de se différencier dans un milieu précis. Il y a des catégories que les généralistes ne sont pas en mesure de bien servir. Il faut toutefois savoir connaître son marché et bien se positionner pour réussir. Il faut que le consommateur trouve un avantage à acheter chez un détaillant. Dans le cas de Toys "R" Us, ce n'était pas toujours évident. La même recette pour tous, cela ne fonctionne pas bien dans tous les marchés.
Q Avec la lourdeur de certains baux, est-il toujours pertinent de posséder une grande surface pour servir sa clientèle?
R Il y a encore des segments de consommateurs qui se présentent en magasin et ils souhaitent avoir le produit sur les tablettes. Cela force les détaillants à maintenir des inventaires. Ce consommateur-là est cependant de moins en moins présent. Le commerce mobile est de plus en plus populaire.