Le pdg de Pétrolia, Alexandre Gagnon, montre des carottes provenant du sol de l'île d'Anticosti.

Tout tombe en place pour Pétrolia

À son arrivée, en novembre 2011, chez Pétrolia à titre de vice-président aux finances, Alexandre Gagnon pensait qu'il n'avait qu'à claquer des doigts pour que ses vieilles connaissances du secteur financier se précipitent pour soutenir les ambitieux projets de la société d'exploration pétrolière et gazière de Québec.
«Ce ne fut pas le cas», raconte au Soleil l'ancien gestionnaire de portefeuille qui est devenu, à la fin du mois de mai, le nouveau pdg de Petrolia au terme de la mise en oeuvre d'un plan de relève initié par les administrateurs de la société à la suite du départ du fondateur de la compagnie, André Proulx.
Replaçons-nous dans le contexte.
Il y avait pratiquement un moratoire sur le gaz de schiste au Québec. «Il n'y avait plus de compagnies qui étaient actives. De gros joueurs comme Talisman Energy quittaient la province. Le marché financier recevait alors le message que le Québec était désormais fermé pour les affaires.»
Alexandre Gagnon en arrive alors à un constat implacable. «Sans un nouvel alignement politique, aucun de nos projets, notamment ceux de l'île d'Anticosti et Haldimand à Gaspé, n'allait pouvoir débloquer.»
Ce n'est donc pas seulement les financiers que le jeune vice-président aux finances du plus important détenteur de permis d'exploration au Québec - les permis de Pétrolia couvrent plus de 16 000 kilomètres carrés, principalement dans la péninsule gaspésienne et à Anticosti - doit convaincre, mais aussi les politiciens.
Les obstacles sont tombés
Sans crier mission accomplie, il affirme aujourd'hui que la «machine est bel et bien repartie». Les uns après les autres, les obstacles sont tombés.
La semaine dernière, la publication du Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques venait dénouer l'impasse qui perdurait entre Pétrolia et la Ville de Gaspé au sujet de la distance minimale entre un forage et un site de prélèvement d'eau souterraine. 
«Il doit être de 500 mètres», a tranché le Ministère, rendant ainsi caduque la réglementation municipale qui avait déjà été invalidée par la Cour supérieure. La localisation du puits Haldimand 4 respecte donc les distances séparatrices prévues par le nouveau règlement.
Par ailleurs, en mai dernier, une étude de caractérisation hydrogéologique du secteur Haldimand menée par l'INRS concluait que les activités pétrolières n'avaient pas eu d'impact sur la qualité de l'eau à Gaspé et que le risque de contamination est peu élevé.
«Haldimand est notre projet le plus près de la production», indique M. Gagnon. Pétrolia et Québénergie, son partenaire appartenant à la famille Bouygues, y ont investi près de 16 millions $ au cours des cinq dernières années. 
«Nous estimons à 7,7 millions le nombre de barils de pétrole récupérables», informe-t-il.
À compter du mois d'octobre, Pétrolia et Québénergie procéderont au forage du puits Haldimand 4 - un investissement de 7,5 millions $ - pour mesurer le potentiel économique de la découverte et éventuellement soumettre une demande de permis de production.
La «machine est repartie» à Anticosti
À l'île d'Anticosti, la «machine est repartie» également.
«Là-bas, on sait qu'il y a du pétrole de schiste. Cet été, nous réaliserons entre 15 et 18 sondages stratigraphiques pour déterminer les meilleurs endroits pour forer, en 2015, trois puits horizontaux avec facturation», explique Alexandre Gagnon. Parallèlement à ces travaux, le gouvernement du Québec a commandé deux études environnementales stratégiques : l'une pour évaluer la rentabilité du projet de développement du pétrole de schiste à l'île d'Anticosti et l'autre pour évaluer globalement la filière des hydrocarbures en prévision du dépôt d'une loi cadre à la fin de 2015. 
Avec ses partenaires au sein d'Hydrocarbures Anticosti - Corridor Ressources, Ressources Québec et Saint-Aubin E&P, une filiale de la société pétrolière française Maurel et Prom -, Pétrolia y consacrera entre 50 et 60 millions $ en 2014 et 2015. Rappelons que le gouvernement du Québec et Maurel & Prom ont annoncé, en février dernier, qu'ils allaient financer des travaux d'exploration pouvant atteindre 100 millions $ à l'île d'Anticosti au cours des prochaines années.
Les 20 puits forés ces dernières années, les 855 km de données sismiques recueillis et les 900 échantillons de roches prélevés et analysés ont démontré qu'il pourrait y avoir entre 21 400 et 53 900 milliards de barils de pétrole dans le sol de l'île d'Anticosti. La meilleure estimation est de l'ordre de 33 900 milliards de barils.
«Il faut maintenant vérifier quel pourcentage d'hydrocarbures pourrons-nous récupérer. Si nous réussissons à en récupérer 5 %, c'est quand même l'équivalent de 1,5 milliard de barils. Ça correspond entre 10 et 15 ans de consommation de pétrole au Québec. Et 45 milliards $ dans les coffres de l'État.»