Des membres de l’équipe multidisciplinaire du nouveau Thales Design Centre, Christophe Muratet, Pierre-Emmanuel Michon, Jonathan Anctil, Noémie Lemaire, Jean-Daniel Boutin et Catherine Roy.

Thales ouvre un centre de «design thinking» (pensée design)

«Dans la plupart des industries aujourd’hui, les gens qui sont censés amener des solutions sont complètement déconnectés des utilisateurs», expose Rémi Blanchette, directeur par intérim du Centre de recherche et technologie Thales. Une situation que la multinationale spécialisée dans les solutions technologiques en défense, en sécurité et en transport cherche à contrecarrer en ouvrant dans la capitale son premier centre de «design thinking» (pensée design ou conceptuelle) en Amérique du Nord.

Le Thales Design Centre de Québec a été inauguré officiellement lundi, après quelques mois d’activités. M. Blanchette indique que les entreprises et leurs clients ont de plus en plus de processus, de départements, de règles. Des cadres rigides qui ont fini par créer un mur entre eux.

«On espère que l’approche du design thinking va nous permettre de donner un bon coup de masse dans ce mur-là, qui nous isole de nos clients. On veut que les ingénieurs, les designers, les programmeurs, qu’ils refocusent leur attention sur la personne qui est d’intérêt dans cette histoire, qui est notre utilisateur», fait valoir M. Blanchette.

«On espère aussi à terme que ça permette aux grandes compagnies de compétitionner les petites compagnies, ou les petites start-ups», qui elles, ont beaucoup moins de contraintes et sont ainsi plus proches des besoins de leurs clients, dit-il. Et en faisant évoluer les travailleurs dans un environnement «hyper régulé, hyper contrôlé», fait-il valoir, «on étouffe leur créativité et c’est ça qu’il faut réussir à attaquer dans les grandes compagnies».

L’utilisateur au cœur

Qu’est-ce le design thinking, traduit par les termes pensée conceptuelle, pensée design ou esprit design? «C’est une manière de penser différente, beaucoup plus tournée vers le problème que la solution, et surtout beaucoup plus tournée vers l’utilisateur», résume Christophe Muratet, directeur Innovation pour Thales Recherche et Technologie.

Noémie Lemaire, responsable en design pour l’Unité mixte de recherches en sciences urbaines (UMRsu), en a expliqué les grandes lignes. L’UMRsu, qui compte comme partenaires fondateurs Thales, la Ville de Québec, l’INRS et l’Université Laval, est partie prenante du nouveau centre.

D’ailleurs, avoir des équipes multidisciplinaires est l’une des clés de cette philosophie. On cherche la collaboration plutôt que le travail en silo. À Thales et l’UMRsu s’ajouteront «au gré des besoins des gens qui vont compléter l’expertise», précise-t-elle.

Dans un modèle traditionnel, l’entreprise identifie le marché et développe une technologie, explique Mme Lemaire. Elle crée ensuite un concept qu’elle tente finalement de vendre aux clients. Avec la pensée conceptuelle, on inverse le processus. On commence par comprendre les besoins des clients, on crée le concept et finalement on construit le marché et on développe la technologie, a détaillé Mme Lemaire. Les utilisateurs sont sollicités pour donner leur avis et pour tester le produit beaucoup plus tôt que dans un processus conventionnel.

Le design thinking cherche à combiner la désirabilité (demande pour un produit), la viabilité économique et la faisabilité avec la technologie existante.

Thales s’intéresse à cette façon de penser depuis 2009. C’est le neuvième centre que la multinationale française met sur pied à travers le monde, mais seulement le deuxième qui s’ouvre à une clientèle extérieure, explique M. Muratet. Ainsi, en plus de servir Thales elle-même, le centre pourra aider l’UMRsu et les organisations qui travaillent avec elle, comme les villes, les institutions académiques, des PME et des jeunes pousses.

D’autres entreprises de différentes tailles pourront aussi profiter de ses services de consultation et de formation. Les forfaits proposés s’étalent sur un à cinq jours jusqu’à quelques mois. Les citoyens seront aussi interpellés pour certains événements.

Un exemple concret? M. Muratet reste discret sur les projets en cours à Québec. Mais il donne le cas d’une montre pour les forces policières qui a été conçue avec cette démarche en France.

On voulait répondre au besoin des policiers d’être connectés, mais sans que ça soit trop encombrant ou trop visible. Après des entrevues avec des agents et des observations sur le terrain, une montre, une veste par balle et des lunettes ont été imaginées. Finalement, en testant les idées, il est apparu clair que la montre était la meilleure option et c’est celle qui a été choisie, puis testée encore pendant son élaboration.