Terres agricoles: le modèle d'affaires Pangea préoccupe le gouvernement du Québec

MONTRÉAL - Même si le modèle d’affaires de Pangea peut être «intéressant» pour certains agriculteurs, le gouvernement Couillard se dit préoccupé par la place prépondérante qu’occupent les fonds d’investissement dans cette société.

En dévoilant le rapport «Analyse du modèle d’affaires de Pangea», jeudi, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Laurent Lessard, a insisté sur l’importance de poursuivre l’étude de manière approfondie.

«(Cela) permettra de déterminer si les fonds d’investissement tels que Pangea ont un effet à la hausse sur la valeur des terres agricoles», a-t-il fait valoir par voie de communiqué.

Mise sur pied en 2012 par les hommes d’affaires Serge Fortin et Charles Sirois, cette société achète des terres agricoles et s’associe à des producteurs pour les développer. Elle compte, entre autres, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), le Fonds de solidarité FTQ et la Banque Nationale parmi ses commanditaires.

Ce modèle d’affaires est critiqué par l’Union des producteurs agricoles (UPA), qui reproche notamment à la société d’investissement de faire grimper le prix des terres agricoles dans la province, freinant ainsi l’accès aux terres pour la relève.

Satisfait de voir que le ministre Lessard est préoccupé, le président de l’UPA, Marcel Groleau, s’est toutefois désolé de constater que le rapport ne se penchait pas véritablement sur cette question et que le document s’inspirait de plusieurs articles publiés dans les médias.

«Nous nous attendions à ce que l’analyse se penche sur les conséquences des engagements de la CDPQ et du Fonds, a-t-il dit au cours d’un entretien téléphonique. Cela confère un avantage à Pangea pour l’acquisition des terres par rapport aux agriculteurs qui ne disposent pas de ces outils.»

Selon le rapport de 27 pages, rien ne permet de déterminer avec exactitude que l’arrivée de ce nouveau joueur dans le paysage agricole a provoqué une hausse du prix de terres.

Pour 2017, les données publiées cette semaine par Financement agricole Canada font état d’une hausse moyenne de 8,2% au Québec, ce qui est attribué en partie à la faiblesse des taux d’intérêt.

«Il est impossible que l’on puisse faire monter le prix des terres quand notre politique est de retenir les services de deux évaluateurs indépendants et de payer le prix de la moyenne suggérée», a affirmé le cofondateur de Pangea, Serge Fortin, dans le cadre d’une entrevue téléphonique.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean représente 60% de la superficie détenue par Pangea, soit 3553 hectares. D’après l’analyse, le prix des terres a grimpé de 16,5% dans cette région au cours des trois dernières années, comparativement à 15,3% pour l’ensemble du Québec.

M. Groleau a toutefois voulu relativiser cette donnée, qui est trompeuse à son avis.

«Pangea a surtout acheté pendant une année, a dit le président de l’UPA. Pendant ce temps, les prix ont bondi de 40%. C’est certain que sur trois ans, l’impact paraît insignifiant. On a camouflé une situation dramatique.»

Bien que le modèle ne convienne pas à tous les agriculteurs, Québec estime qu’il présente certains avantages dans des régions où la valeur des terres est relativement faible et pour des «cultures particulières» qui permettent de générer des économies d’échelle.

En cinq ans, Pangea est devenue le deuxième propriétaire agricole en ce qui a trait à la superficie des terres et tout laisse croire que la société convoite la première place dans un avenir rapproché.

Dans plusieurs cas, en évaluant les critiques visant la société, le rapport souligne ne pas avoir relevé d’éléments démontrant clairement que l’arrivée de ce joueur dans le paysage agricole avait eu une incidence négative sur les projets d’établissement de relève, de l’occupation des territoires, le nombre de fermes québécoises.

Actuellement, l’entreprise possède près de 6000 hectares de terres réparties dans six régions - Saguenay-Lac Saint-Jean, Lanaudière, l’Estrie, le Bas-Saint-Laurent, le Centre-du-Québec et Chaudière-Appalaches.

Des partenariats ont été créés avec huit entreprises. L’objectif est d’en conclure avec une vingtaine de partenaires.